Actualisé 18.03.2015 à 11:18

Genève«Ces salons de massage ont fait fuir des locataires»

Des résidents se plaignent des nuisances liées à la présence de prostituées dans leur immeuble. Les règles en la matière sont floues.

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Deux appartements sont actuellement à louer dans l'immeuble.

Deux appartements sont actuellement à louer dans l'immeuble.

«Ras le bol.» C'est l'expression qui revient le plus souvent à la bouche des habitants d'un bâtiment de l'avenue Pictet-de-Rochemont quand on évoque leur voisinage. Depuis juillet dernier, deux salons de massage sont venus s'y installer. Ils s'ajoutent à celui présent depuis 2010.

«Trois établissements sur les douze appartements que compte l'immeuble, c'en est trop, tonne une locataire. Il y a un va-et-vient incessant et inquiétant de clients. Les filles se douchent, alors on n'a plus d'eau chaude. Et leurs écrans géants et leurs jacuzzis causent des coupures d'électricité.»

Des excréments humains auraient aussi été retrouvés dans la cage d'escalier. «Des expatriés ont résilié leur bail, ils n'en pouvaient plus de ces problèmes, enchaîne une jeune voisine. Quand je rentre le soir, je demande à mon père de venir me chercher en bas de l'immeuble tellement j'ai peur.»

Excédés, les locataires ont alerté la régie en décembre. La gérance dit avoir appris la présence d'une activité commerciale avec leur plainte. Elle a résilié le bail d'un salon et a exigé de l'autre qu'il cesse son business. Le propriétaire du bâtiment est resté injoignable.

Les habitants échaudés ont aussi demandé aux autorités d'agir, la présence d'une activité commerciale étant illégale dans les logements. L'Etat n'a pas encore traité leur requête, mais rappelle que «des tolérances peuvent être admises pour des activités effectuées à domicile, lorsqu'elles sont limitées».

Les responsables s'exposent à des sanctions

Illégale, l'activité commerciale dans un appartement est parfois tolérée, comme pour certains médecins ou avocats. Mais si l'Etat constate un abus, il peut exiger que le responsable, le propriétaire ou le locataire exploitant les lieux, compense la surface utilisée. Il s'expose aussi à une amende. La Chambre genevoise immobilière note que les faibles augmentations de loyer autorisées par la loi du bail poussent certains à accueillir chez eux un commerce, quand un appartement se libère, afin de mieux rentabiliser les lieux. Une attitude qui reste «marginale».

Assouplir la loi

L'association Aspasie de soutien aux travailleurs du sexe estime à environ 160 les salons de massage implantés dans des immeubles locatifs du canton. «Dans la grande majorité, la cohabitation se passe bien», relève Sylvain Thévoz, membre du comité. L'Aspasie aimerait aussi assouplir les règles en matière de logement pour permettre à un maximum de deux prostituées de cohabiter et d'exercer dans leur appartement. Solution sécurisante, retenue par la Cour des Comptes.

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