Tennis: C’est le Jour J: le retour du «Maître» en quatre questions
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TennisC’est le Jour J: le retour du «Maître» en quatre questions

Le monde entier aura tout à l’heure les yeux rivés sur Doha (16 h) pour le retour au jeu de Roger Federer, après 405 jours d’absence et deux opérations. Voici les enjeux de l’événement.

par
Mathieu Aeschmann
Le monde aura les yeux rivés sur Roger Federer et Doha, ce mercredi.

Le monde aura les yeux rivés sur Roger Federer et Doha, ce mercredi.

AFP

Roger Federer revient. Et derrière ces trois mots se cachent pas mal de nos fantasmes plus ou moins refoulés. Roger Federer revient. Il retrouve la lumière à Doha cet après-midi (16h), après deux opérations, six mois d’inactivité totale, 405 jours sans match; un interminable tunnel pour n’importe quel athlète, une éternité lorsque celui-ci approche la quarantaine, fût-il parmi les plus grands du sport moderne. Roger Federer revient donc. Et ce retour donne envie de s’accrocher à l’espoir d’un jour sans fin, au mythe d’un temps cyclique, suspendu. Tout à l’heure face à Dan Evans (ATP 28), «le Maître» va remettre un peu de fiction dans notre réalité. Sans doute ne s’en rendra-t-il pas compte, trop affairé à maîtriser sa nouvelle réalité et les nombreuses questions qu’elle suscite. On en a choisi quatre.

Comment va-t-il bouger?

C’est évidemment la question centrale. Roger Federer a construit sa formidable carrière sur un jeu de jambes aussi précis qu’explosif. Son style offensif implique de la précision. Venir couper une trajectoire pour décocher un coup droit dans la foulée en direction du filet est a priori moins «violent» physiquement qu’une énorme séquence en défense. C’est vrai. Mais l’exigence de précision et de réactivité est plus importante. Or, à bientôt 40 ans, c’est cette faculté à «jaillir» vite et juste que tout le monde guettera. Les premiers extraits d’entraînement semblent prometteurs. Mais il ne faut pas leur donner trop d’importance. Car le match amène de la tension tout en réduisant la marge d’erreur: seule la compétition peut révéler si un athlète est affûté.

«Si vous le regardez s’entraîner, vous vous dites: tout va bien, il n’est pas blessé. Mais nous ne pouvons retravailler que depuis peu de temps sur la réactivité en état de préfatigue, expliquait Pierre Paganini, la semaine dernière, au Tages-Anzeiger. Ce n’est qu’à partir de cette étape que tu peux voir si les pièces du puzzle sont en place. (…) En matière de rapidité, quand un joueur cède vingt centimètres sur quelques mètres, cela peut faire de grosses différences dans le jeu. Mais nous parlons ici d’endurance de la réactivité. Roger ne doit pas battre un record, il doit être vif et intelligent au niveau de sa coordination sur la durée. Un domaine dans lequel il peut compter sur son œil, son intelligence de jeu, son expérience.» Le déplacement de «RF» sera donc à observer sur la durée (du match, du tournoi, des semaines à venir) et toujours en relation avec ses choix de frappe.

Sera-t-il compétitif?

La réponse la plus évidente serait: «Peu importe!» Mais le sport de haut niveau ne fonctionne pas ainsi. Ni Roger Federer ni tous les regards qui se poseront sur lui ne pourront se détacher du résultat. Pourtant, le but n’est pas de bien jouer à Doha, encore moins de gagner. «Mon objectif est d’arriver en pleine possession de mes moyens pour les tournois de Halle puis de Wimbledon, a-t-il expliqué dimanche, lors de sa rentrée médiatique. Ensuite je regarderai vers l’avant, les Jeux olympiques et la tournée américaine.»

Le calendrier est clair, l’objectif annoncé. Tout ce qui sépare ce premier match à Doha de la seconde quinzaine de juin n’a qu’un seul but: arriver à Wimbledon en position de jouer le titre. Est-ce important dans cette optique de gagner un ou quelques matches au Qatar? «Les résultats ont toujours un sens mais, pour moi, ils sont pour l’instant secondaires.» C’est le paradoxe de ce plan. Si perdre vite à Doha ne préjugera de rien, gagner plusieurs matches (son tableau s’est dégagé en cas de victoire aujourd’hui) renforcerait son aura. Or, l’épopée de 2017 est là pour rappeler que «le mythe Federer» peut parfois être utile au «joueur Federer».

Comment va-t-il jouer?

Offensif, léger, décomplexé, le Roger Federer de 2017 – celui de son premier retour de blessure – avait séduit par des options tactiques très offensives. La pause avait eu sur lui un effet «retour aux origines». En sera-t-il de même cette semaine? «Tout va dépendre de son niveau d’explosivité, s’interrogeait son ami Yves Allegro, dans la Tribune de Genève de lundi. Cela va être intéressant de voir s’il est plutôt le Roger calculateur qui gère tout, ou s’il revient avec cette fougue qui l’avait animé lors de son retour sur le circuit il y a quatre ans. Si je devais me risquer à un pronostic, je pense qu’il sera plutôt prudent au début.»

Au moins deux arguments plaident en effet pour la prudence. D’abord, son léger retard de préparation physique, alors que fin 2016, il avait pu réaliser tous ses blocs fonciers dans les temps avant d’enchaîner un nombre incalculable de sets d’entraînement. Ensuite, le degré de créativité auquel il avait élevé son jeu avant sa blessure. Rappelons-nous par exemple de sa victoire face à Novak Djokovic en «round robin» du Masters 2019. Est-ce possible d’être plus offensif, plus agressif? Dans les années 1990, lorsque les surfaces permettaient d’enchaîner service-volée sur première et deuxième balles: oui. Mais cela semble difficile aujourd’hui. Tactiquement, Roger Federer risque donc de revenir à peu près au jeu qu’il avait laissé début 2020.

Peut-il avoir mal?

C’est la question la plus inquiétante, celle que l’on aimerait esquiver. Normalement, Roger Federer est guéri. Il a passé avec succès toutes les étapes de sa rééducation. Mais il ne faut pas oublier trois informations qui invitent à la réserve. 1. Ce genou droit l’embêtait depuis quelques années déjà avant que la douleur ne devienne ingérable que début 2020. 2. Il a rechuté après la première opération sans raison – «le genou s’est rebellé, juste en marchant et en faisant du vélo». 3. L’intensité de la compétition est un révélateur parfois violent; souvenons-nous de ses rechutes durant le printemps 2016 (après son opération au genou gauche), lorsque son articulation se gorgeait de liquide et l’empêchait de bouger normalement.

«La douleur est désormais totalement sous contrôle, rassurait-il dimanche. Et si je compare aux derniers mois, je ne me lève plus le matin comme un homme cassé en morceaux. Je suis heureux de pouvoir à nouveau jouer cinq à six jours de suite au tennis pendant deux heures et demie. (…) Alors bien sûr qu’après la rechute, je me suis posé des questions. Est-ce que j’étais prêt à refaire une rééducation complète? Est-ce que j’avais envie de revenir? J’ai assez vite compris que je ne voulais pas arrêter comme ça et que, de toute manière, je voulais pouvoir faire du ski et du foot avec les enfants après ma carrière. Au fond de moi, je sens que mon histoire n’est pas terminée.» Il reste à Roger Federer un chapitre à écrire. Il commence cet après-midi à Doha.

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132 commentaires
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Bizarre58

10.03.2021, 12:09

Accepter de faire une publicité barilla sachant que la musique est le sirtaki sans en faire la remarque démontre soit une inculture ou une envie incontrôlée et convulsive du billet vert à tout prix 🤔

Kevin 13 ans

10.03.2021, 12:04

Je vous ai parlé de Clarisse ? Elle est TROP BIEN, Clarisse. Si je l'invite à regarder le match de Federer à la tèlè cet aprèm' vous pensez que ça le fait ? 🏆🏆🏆

GoFederer

10.03.2021, 11:59

on se réjouit! on verra si l autre tête de boulon tiendra aussi longtemps, en tout cas le mal aimé il le restera c est comme ça les jaloux.