Bélonéphobie – «C’est l’enfer, on voit des aiguilles partout»
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Bélonéphobie«C’est l’enfer, on voit des aiguilles partout»

En cette période de vaccination contre le Covid, des ateliers de désensibilisation ont été proposés par le Canton de Neuchâtel à ceux qui craignent les piqûres. Reportage.

par
Lauren von Beust

«Elle me tétanise», lâche Claudia dans un sanglot. Une seringue est posée au coin de sa table, la quinquagénaire ose à peine la regarder. C’est pour affronter le plus sereinement possible sa future troisième dose contre le Covid que cette phobique des aiguilles est venue mardi participer à un atelier gratuit de désensibilisation à Neuchâtel. Les cours ont été proposés par le Canton, en collaboration avec la Haute École Arc Santé.

«J’ai pleuré, tremblé et transpiré pour les deux vaccins. Les médecins m’ont couchée avant que je ne verse», relate Claudia, venue dominer sa peur. De la bouche sèche aux étourdissements en passant par la nausée, voire la diarrhée, la liste des symptômes peut être longue, selon les bélénophobes. Selon les chiffres, ces derniers représenteraient 10% de la population mondiale.

S’exposer afin de s’acclimater

«Si cette peur vous handicape, il faut la traiter, conseille Marielle Mancuso, infirmière en santé mentale. Également maître d’enseignement à la Haute École Arc Santé, cette dernière mobilise l’approche cognitivo-comportementale pour soulager les esprits: «C’est physiologique. Au bout de soixante minutes, la personne s’acclimate à la situation. Au fil des exercices, les symptômes deviennent moins importants et s’estompent plus rapidement aussi.»

La spécialiste répète d’abord plusieurs fois et à haute voix, le mot «aiguille». Même sous les masques, les inspirations et expirations profondes de certains participants sont perceptibles. Et pourtant ce n’est que la première étape de cette opération de désensibilisation. «Si les degrés de peur diffèrent d’un individu à l’autre, chacun évite ces symptômes considérés comme suffisamment désagréables et insupportables», note Marielle Mancuso.

Pour la deuxième étape, elle place trois images, face cachée, sur la table: la première montre une seringue, la seconde représente une aiguille s’approchant de la chair et sur la troisième c’est la piqûre. Vient le moment de retourner les photos pour voir ce qu’elles cachent. Pour Juliette, 27 ans, c’est déjà trop. Ses mains deviennent moites et ses jambes tremblent.

Dans la salle, certains regards se détournent. Manon, 18 ans, ne peut retenir ses larmes. L’adolescente raconte avoir fait une crise d’angoisse au moment de recevoir ses piqûres contre le Covid à l’hôpital, puis des cauchemars les nuits qui ont suivi.

Une «grosse préparation psychologique»

«Pour réguler sa peur, la clé, c’est une bonne respiration», souligne Sonia Lopez, infirmière et collaboratrice au sein de la même haute école. Le conseil a aussi servi à Lucas*. «En cette période de vaccination, c’est l’enfer parce qu’on voit des aiguilles partout à la télé», ajoute ce trentenaire, venu de La Chaux-de-Fonds. Il confie avoir entrepris une «grosse préparation psychologique» plusieurs semaines avant de se faire vacciner. «Je trouve que c’est dommage de se détruire la santé pour trois secondes que dure la piqûre. Aujourd’hui, j’ai été écouté, aidé et surtout pas jugé.» Comme la majorité des participants, Lucas parviendra à manipuler l’aguille et à la voir s’approcher de son bras.

Au total, trois cours ont permis à une vingtaine de personnes de tout âge de faire face à leur peur et de la maîtriser. Après deux heures d’atelier, mardi, Juliette avoue avoir voulu fuir plus d’une fois. «Ça ne guérit pas, mais ça aide», glisse une participante en quittant la salle. Et l’enseignante de répondre: «D’où l’importance de refaire ses exercices chez vous et aussi souvent que vous le pouvez.» Jusqu’à ce que les symptômes soient maîtrisables et que l’anxiété diminue.

* Prénom d’emprunt

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