01.08.2020 à 05:14

Covid-19 à Genève

«C’est un bon sacrifice, même si ça bousille nos soirées»

Les nouvelles mesures du Canton pour limiter la propagation du coronavirus sont généralement bien perçues par les jeunes. Pour les discothèques, qui sont toutes fermées, la pilule est plus amère.

de
Léonard Boissonnas
L’Etat de Genève a annoncé vendredi la fermeture immédiate des dancings, jusqu’au 23 août au moins.(KEYSTONE/Martin Ruetschi)

L’Etat de Genève a annoncé vendredi la fermeture immédiate des dancings, jusqu’au 23 août au moins.(KEYSTONE/Martin Ruetschi)

VQH

Boîtes de nuit fermées, bars où l’on doit porter le masque lorsqu’on se déplace et laisser ses coordonnées pour faciliter le traçage: si les mesures annoncées vendredi par le Conseil d’Etat genevois ont été un choc ou ont surpris certains professionnels, elles sont plutôt bien accueillies par les premiers visés, les jeunes.

Pour la plupart de ceux interrogés durant la soirée, ces décisions sont «logiques» et « raisonnables». «Je suis surpris qu’on ait rouvert les discothèques si tôt, la pandémie est encore là», réagit Gaël, 26 ans, étudiant en médecine, installé sur un banc de la Plaine de Plainpalais. Pour son pote David, le masque n’est «pas encore un réflexe, mais ça devrait, je vais essayer de prendre l’habitude.»

«On se sent visés, mais on trouve ça juste»

Non loin, Xavier, Lucas, Basile et Fabio, âgés de 22 et 23 ans, estiment, eux, que «c’est un bon sacrifice que les jeunes peuvent se permettre de faire, même si ça bousille nos soirées»: «On se sent visés, mais on trouve ça juste, affirment-ils. Nous, les jeunes, on est un peu ceux qui s’en foutent du virus, mais c’est nous qui allons dans les boîtes, et c’est là qu’il y a le plus de contamination, donc c’est un bon choix. En plus, ça rappelle que c’est dangereux. On ne comprend pas les demi-mesures, il faut que ce soit concret et bien clair.»

Fermer les boîtes, «c’est une très bonne idée, même si, au niveau économique, c’est triste, reconnaissent trois amies, âgées d’une trentaine d’années. De toute façon, avec le contexte, on n’avait pas envie d’y aller.» «On le vit bien, il fait chaud, on est de toute manière dehors», rappelle un Genevois de 27 ans. Même son de cloche du côté de Chuks, Wael et Mohamed, dans la vingtaine: «Ce n’est pas la fin du monde», relativisent-ils, soulignant également que «le problème avec les boîtes de nuit est que les gens sont alcoolisés.»

Les clients des bistrots doivent consommer assis, même sur les terrasses (ici l’Eléphant dans la Canette)

Les clients des bistrots doivent consommer assis, même sur les terrasses (ici l’Eléphant dans la Canette)

leo

«Respectueux vis-à-vis des barmen»

Sur les terrasses de la rue de l’Ecole-de-Médecine, célèbre pour ses nombreux débits de boisson, les nouvelles mesures semblent bien perçues par la clientèle. «Laisser ses coordonnées pour le traçage, c’est bien, et on voit que les gens sont là, donc ce ne doit pas être si problématique que ça», déclare une bande de copines âgées de 20 ans. Le masque, «c’est respectueux surtout vis-à-vis des barmen, jugent trois jeunes dans la vingtaine. C’est contraignant mais utile.» Micha, Cyril et Julien, trentenaires, ne voient non plus aucun inconvénient à se munir d’un masque ou à devoir laisser ses coordonnées: «C’est raisonnable, pas intrusif, trouvent-ils. La vraie contrainte, c’est pour les employés des bars, pas pour la clientèle. Par contre, le jour où il faudra mettre des masques dans la rue, alors là, ce sera autre chose.»

Deux heures pour réagir

Du côté des exploitants des bistrots, on regrette d’avoir dû agir en très peu de temps, comme l’explique Yoan Lomet, propriétaire de l’Eléphant dans la Canette: «Le gros point noir n’est pas la décision, mais la rapidité avec laquelle on a dû réagir, on n’a eu que deux heures, déplore-t-il. Pour les entreprises, au niveau de l’organisation, c’est costaud, je plains tout le monde dans le métier. Je pense que c’était précipité et qu’il y aurait dû y avoir des consultations avec la profession.» Le patron relate qu’il a dû vite acheter des masques pour ses clients: «Heureusement, car tous n’étaient pas au courant.»

«Je suis inquiet pour septembre»

«Ces mesures sont nécessaires, mais je trouve que c’était trop rapide pour notre profession», juge aussi Ismael, responsable de salle au Café du Lys, entre deux «Excuse-moi, masque obligatoire» lancés à des clients. «Il faut tout le temps le répéter aux gens, c’est usant, surtout vers la fin de soirée. Mais pour le moment, ça a bien joué.» «Les gens n’ont pas encore pris l’habitude de prendre des masques, mais ils sont assez compréhensifs en général, il n’y a pas trop de souci», constate également Mathis, barman au Volt. «On a de la chance que cela se fasse ce week-end, ajoute Yoan Lomet. Avec le croisement des vacanciers, il n’y a pas énormément de monde. En août non plus. Mais je suis inquiet pour septembre.»

«Pour certains, ça va être le coup de grâce»

Responsable du Java Club, discothèque de la rive droite, Arnaud Daviaud ne comprend pas la décision des autorités: «Au bord du Rhône, par exemple, il y a plein de monde, mais ils ne ciblent que les clubs, le virus ne doit être que nocturne», ironise-t-il, soulignant que ses employés étaient tous masqués. Après l’annonce de l’Etat, son personnel et lui sont «tous sous le choc»: «On avait un week-end de prévu, notamment avec le 1er août, poursuit-il. Je vais devoir à nouveau mettre une vingtaine d’employés fixes en RHT.» Pour les discothèques, cette nouvelle fermeture forcée est une «catastrophe financière» qui pourrait avoir de lourdes conséquences, prévient Arnaud Daviaud: «Nous ne sommes pas les plus à risque, mais pour certains collègues, ça va être le coup de grâce, indique-t-il. Sur sept mois, cela fera quatre mois de fermeture complète», rappelle-t-il.

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218 commentaires
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NomoreJavatime

02.08.2020 à 17:29

Il est intéressant d'aller faire un tour sur le site web du Java pour constater que la distanciation et une notion absent du dictionnaire de ce Club....il n'y a qu'a voir les photos...alors venir pleurnicher dans les médias...ne changera rien et on peut dire ...il était temps!!!!!!

Mamyrose

02.08.2020 à 12:36

C'était le moment, mais ce qui n'empêche pas tous ces jeunes à continuer de faire la fête et des monstres attroupements sur les quais. A quand la surveillance ou l'interdiction? Une telle irresponsabilité est choquante!

ruedu

02.08.2020 à 12:18

lieu ou l'on fête et boit, parfois (régulièrement plus que de mesures) pas les us a risque??? alors que depuis leurs ouverture, les chiffres ont commencés amonter??? faudra revoir leurs dires...