Vaud: «C’est uniquement pour ton bien que je te touche»
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Vaud«C’est uniquement pour ton bien que je te touche»

Un magnétiseur est accusé d’abus sexuels sur ses clientes. Depuis lundi, les plaignantes défilent devant la barre du Tribunal criminel du Nord vaudois et parlent de l’emprise que le gourou avait sur elles.

par
Abdoulaye Penda Ndiaye
L’audience prévue au Tribunal d’Yverdon-les-Bains (VD) a été délocalisée au Tribunal cantonal vaudois pour cause de capacité d’accueil.

L’audience prévue au Tribunal d’Yverdon-les-Bains (VD) a été délocalisée au Tribunal cantonal vaudois pour cause de capacité d’accueil.

La Cour criminelle du Nord vaudois siège depuis lundi dans les murs du Tribunal cantonal, à Lausanne, pour une affaire d’abus sexuels d’un magnétiseur-médium de 66 ans. Selon l’enquête, le nombre de victimes du gourou au physique désavantageux devrait atteindre, voire dépasser, une trentaine de personnes. Mais seules 18 femmes ont accepté de déposer plainte. Poursuivi notamment pour viol, acte d’ordre sexuel avec des personnes dépendantes ou incapables de discernement, escroquerie, extorsion, usure, abus de détresse et pornographie, l’accusé soutient avoir toujours respecté ses clientes. «Quand elle m’a dit qu’elle ne voulait pas de bisou, j’ai aussitôt arrêté», a-t-il déclaré, en allusion à sa relation avec une des plaignantes.

Mais les récits des accusatrices convergent sur le stratagème du gourou suisse à l’accent français. Entre pratiques cabalistiques, galimatias inaccessible à tout esprit cartésien, allusion à de mauvais sort à conjurer, l’homme semble avoir savamment tissé sa toile. Face à lui, des femmes candides qui, à l’époque des faits, vivaient un profond mal-être lié notamment à des carences affectives.

«Si tu parles, la thérapie ne fonctionnera pas»

Depuis lundi, le ballet des victimes se poursuit. «Il m’a dit que le seul moyen de sauver mon compagnon était de faire «ça.» J’avais envie de résister mais je n’y arrivais pas», a déclaré avec pudeur une belle infirmière qui avait consulté le médium pour sortir son conjoint de la toxicomanie. Elle a fini «en transes» devant cet homme qu’elle a accepté dans son lit conjugal. «Si tu parles, la thérapie ne fonctionnera pas», aurait menacé le gourou, qui selon les plaignantes, imposait le tutoiement dès la première séance. Interrogée sur son époustouflante crédulité, cette femme est revenue sur son état d’esprit au moment des faits, en 2014. «Il avait une telle emprise sur moi que j’en avais perdu la notion du bien et du mal, du juste et du faux. Je pense qu’il y avait une forme d’hypnose car il me murmurait des choses à l’oreille. J’étais dans une voie sans issue. Maintenant, je n’ai plus honte», a-t-elle déclaré. Mais, suprême humiliation pour la victime, l’accusé dit «ne même pas se souvenir» de ses rapports intimes avec l’accusatrice. Il a ensuite affirmé que le rendez-vous avec la femme n’était pas thérapeutique. «Pourquoi alors vous lui avez facturé 800 fr.», a répliqué Me Coralie Devaud, avocate de la plaignante. «Pour les énergies du passé en lien avec sa filiation», a mystérieusement répondu l’accusé. Le sexagénaire a ensuite essayé de se ressaisir en disant qu’il ne savait plus où il en était après 19 mois de détention préventive, une agression en prison et le décès de son papa. «Vous êtes surtout perdu dans vos mensonges», a enchaîné l’avocate.

Il m’a dit qu’il n’était ni un homme ni une femme. Qu’il était mon ange gardien. Pour moi, je pouvais avoir confiance en lui.

Une plaignante

Une autre victime, mal dans sa peau après des accouchements difficiles, un avortement, des problèmes de couple et du surpoids («J’ai pris 30 kg en peu de temps»), a vu son monde s’écrouler après avoir connu le vendeur d’illusions, qui perd un peu de son bagout au fur et à mesure que le procès se poursuit. Comme la plupart des clientes du prévenu, la plaignante d’une trentaine d’années a elle aussi fini par se séparer de son conjoint. D’après elle, dès le premier rendez-vous, la main du sexagénaire très «porté sur la chose» se serait retrouvée dans sa culotte. «Il a introduit ses doigts et m’a demandé de faire des mouvements du bassin. J’étais incapable de réagir. J’ai senti l’orgasme arriver. Il m’a dit: «C’est uniquement pour ton bien que je te touche». Je suis retournée le voir deux ou trois fois après. Je ne comprenais pas pourquoi j’y allais.»

Le procès se poursuit toute la semaine avec les auditions des plaignantes et des témoins. Le réquisitoire du procureur Laurent Contat et les plaidoiries des avocats sont prévus vendredi. Lundi après-midi, probablement sous l’effet conjugué de la chaleur et des émotions, une plaignante a perdu connaissance à deux reprises alors qu’elle était entendue par la Cour.

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