Genève - Cet immeuble n’acceptera que des locataires femmes
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GenèveCet immeuble n’acceptera que des locataires femmes

Une association réserve 29 logements HLM à des locataires féminines en difficulté financière, seules ou avec enfants.

par
Maria Pineiro
L’immeuble, qui est encore en chantier, accueillera ses locataires en septembre.

L’immeuble, qui est encore en chantier, accueillera ses locataires en septembre.

mpo

«Comme maman célibataire, j’avais du mal à trouver un appartement. Ici, j’ai fait la demande et j’ai emménagé rapidement», relate Sonia dans l’entrée de son immeuble aux Acacias. La jeune femme relève qu’elle paie un loyer proportionnel à ses revenus. «C’est une bonne chose.» Sonia, comme des dizaines d’autres femmes, habite un des trois bâtiments gérés à Genève par l’Association Les Vernets d’Arve (AVA). Particularité: seules des femmes sont logées. «Cela ne me dérange pas», spécifie-t-elle.

Aider un maximum de femmes

Dès le 1er septembre prochain, si le chantier avance comme prévu, 29 nouvelles femmes, seules ou avec enfants, s’installeront dans un quatrième immeuble flambant neuf à Lancy. Les cinq étages sur rez qui se construisent aux Palettes, au sein d’une zone villa en densification, visent à élargir le nombre de bénéficiaires de l’association. «Notre but est de venir en aide à un maximum de femmes en situation de précarité afin de les aider à rebondir», explique la présidente d’AVA Sheila Buemi-Moore.

Les futures locataires de ces logements de 2 à 4,5 pièces bénéficieront de baux à durée indéterminée pour des loyers allant de 470 à 1200 fr.. Depuis 2014, dans les trois autres bâtiments, les baux des nouvelles habitantes sont limités à trois ans. «Le mot-clé du projet, c’est passerelle. On espère qu’avec un logement stable, elles pourront s’en sortir plus rapidement. Les contrats plus courts permettent un roulement maximal et une réponse à la forte demande, souligne Sheila Buemi-Moore. Aux Palettes, nous pensons également accueillir des femmes à la retraite. Leur séjour est prévu à long terme.»

Mixité sociale

Le profil des locataires sera varié: femmes en grande difficultés financières, divorces difficiles, doctorantes, retraitées, victimes de violences conjugales. «Il y aura une grande mixité sociale», souligne Khadidja Masker Bersenev, membre du comité. Une mixité qui peut parfois occasionner des désagréments. Danièle, habitante des Acacias depuis des années, dit être ravie de son logement et du montant de son loyer, mais avoir «des problèmes de voisinage».

AVA ne propose pas de soutien social ou autre. «Notre but, c’est de loger des femmes qui, sur le marché privé, ne trouvent pas d’habitation», insiste la présidente. Des liens sont noués avec des associations qui prennent en charge des problématiques spécifiques. Quid des locataires victimes de violences? Comment les protéger alors que les bâtiments ne sont pas gardiennés? «Les allées sont sécurisées via des codes d’entrée. Nos immeubles sont situés dans des zones urbaines, les locataires ne sont pas isolées de la vie de quartier ni, évidemment, de leurs voisines, explique Khadidja Masker Bersenev. Cela offre une certaine sécurité.»

Favoriser la coopération entre femmes

Quant à la non-mixité de genre, qui n’inclut pas les enfants, elle fait partie intégrante de l’association depuis sa création. «Il y a une multitude d’associations qui viennent en aide à tous ou à des catégories particulières de personnes, insiste Sheila Buemi-Moore. Nous, nous aidons les femmes.» Un choix bénéfique selon Khadidja Masker Bersenev, pour qui cela permet de «favoriser la solidarité et la coopération entre les locataires». Les hommes ne sont pas pour autant persona non grata. Ils peuvent venir en visite, voir leur famille ou leurs compagnes. Mais pas question de poser ses valises. «Cela se passe généralement très bien, souligne Sheila Buemi-Moore. Elles jouent le jeu.»

Pour ce projet aux Palettes, AVA a bénéficié du soutien de la Société privée de Gérance et obtenu un droit de superficie de l’Etat de Genève. «Le logement, c’est le point de départ, s’est exclamée la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet, jeudi, lors de l’inauguration. Sans logement, il n’y a pas d’autonomie.» La magistrate, chargée notamment du Bureau de promotion de l'égalité et de prévention des violences, a par ailleurs rappelé que les logements de transition, comme ceux offerts par l’association, doivent être développés en priorité.

Association féministe

Crée en 1960, l’Association les Vernets d’Arve possède aujourd’hui quatre immeubles, dont un en construction. Près de 150 sont actuellement logées et 600 personnes ont bénéficié d’un appartement depuis la création d’AVA. L’association fonctionne sur le principe du bénévolat, il n’y a aucun salarié afin de diminuer les coûts. Les revenus des Vernets d’Arve sont issus de legs et de dons.

Un bâti de qualité

L’immeuble de Lancy constitue la partie centrale d’une barre de trois allées. Si les appartements gérés pas l’association AVA seront au régime HLM, l’entrée voisine sera constituée de propriétés par étages. La dernière offrira des logements en loyer libre. «Dès le départ, nous nous sommes entendus avec les promoteurs afin de construire un bâtiment unique, souligne Khadidja Masker Bersenev. Il était important pour nous de ne pas différencier notre immeuble des deux autres.» Locataires comme propriétaires se partageront un jardin commun et pourront profiter des aménagements du quartier. La façade comprend des balcons sur tous les pans. Ceux situés côté Jura sont de taille particulièrement généreuse. «Il y a un kilomètre de garde-corps, décompte Federico Neder, l’architecte qui insiste sur le fait qu’il s’agit d’un bâtiment à très haute performance énergétique avec des panneaux solaires sur le toit et du chauffage à distance. «Nous avons souhaité un immeuble agréable, les parties communes sont spacieuses et la cage d’escaliers bénéficie d’un puits de lumière, souligne Khadidja Masker Bersenev.

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