Genève – Le procès de plusieurs footballeurs amateurs s'est ouvert, suite à de graves violences
Publié

Genève«Cette baston m’a fait perdre le plaisir de jouer au foot»

Des joueurs amateurs comparaissent en justice, après avoir fait pleuvoir les coups sur leurs adversaires. Un des protagonistes est accusé de tentative de meurtre.

par
David Ramseyer
1 / 5
Le 10 juin 2018, la fin du match de 4e ligue genevoise entre le FC Versoix 2 et le FC Kosova 2 avait dégénéré. 

Le 10 juin 2018, la fin du match de 4e ligue genevoise entre le FC Versoix 2 et le FC Kosova 2 avait dégénéré.

Lecteur reporter
Un joueur versoisien avait perdu connaissance sur le terrain, l'os orbital fracturé. Un autre, roué de coups, avait été hospitalisé avec des côtes cassées et un hémopneumothorax.

Un joueur versoisien avait perdu connaissance sur le terrain, l'os orbital fracturé. Un autre, roué de coups, avait été hospitalisé avec des côtes cassées et un hémopneumothorax.

Lecteur reporter
Une insulte raciste aurait fusé contre un Versoisien (au centre, en bleu), qui a répondu par un coup de boule. L’auteur présumé de l’injure nie.

Une insulte raciste aurait fusé contre un Versoisien (au centre, en bleu), qui a répondu par un coup de boule. L’auteur présumé de l’injure nie.

Lecteur reporter

«J’ai repris conscience dans le vestiaire. Je ne voyais plus d’un oeil, ma tête sonnait et j’avais mal partout.» Devant le Tribunal correctionnel, lundi, P. a rembobiné la fin de match qui lui a fait perdre «l’envie, le plaisir et la motivation de jouer au football». Le 10 juin 2018, la rencontre de 4e ligue genevoise FC Versoix 2- FC Kosova 2 s’était achevée dans la confusion et la violence (cf. vidéo et encadré). Trois joueurs et un spectateur albanophones ont comparu aujourd’hui sur le banc des accusés. L’un d’eux est poursuivi pour tentative de meurtre. Les autres footballeurs et le supporter doivent notamment répondre de rixe et lésions corporelles simples.

«Je sentais mes os cassés»

Victime d’une présumée injure raciste, à laquelle il a répondu par un coup de boule, un joueur versoisien s’était ensuite écroulé sur les coups, comme son coéquipier. Visiblement marqué, il a lui aussi avoué «avoir peur, désormais, de retrouver le terrain». Cet éducateur diplômé a raconté son après-match: «Je sentais mes os cassés, j’avais du mal à respirer et je me suis dit que j’allais mourir.»

La finale du championnat genevois de 4e ligue opposant le FC Versoix 2 au FC Kosova 2 a gravement dégénéré, le 11 juin 2018.

dr

Perte de contrôle

Auteur d’un geste qui s’est apparenté à «un pénalty ou une reprise de volée à la tête» d’un homme à terre – ce qui démontre «l’intention de tuer» ou à tout le moins de s’en accommoder, dixit l’acte d’accusation – l’homme prévenu de tentative de meurtre a reconnu les coups; mais «je ne peux pas les expliquer, a-t-il affirmé à la Cour. J’ai paniqué, j’ai eu peur d’être attaqué. Je ne me rappelle pas. Pardon...» Il a par contre nié avoir insulté un adversaire.

Un de ses coéquipiers, accusé d’avoir sauté pieds en avant sur ses adversaires, a lui aussi évoqué une «perte de contrôle. Je voulais séparer les gens. En voyant par la suite les photos et les vidéos, j'admets que mon geste était très dangereux. Je suis désolé, je demande pardon aux joueurs à qui j’ai fait du mal.»

Mardi, le procès se poursuivra avec l’audition des témoins et, en principe, les plaidoiries. Le verdict sera rendu ultérieurement.

Un pénalty dans la tête

Plutôt correct, le match entre le FC Versoix 2 et le FC Kosova 2 a basculé à la 88e minute, ce 10 juin 2018. Un but, une insulte («sale nègre!», a priori), et c’est un déchaînement de violences qui a gagné le terrain. Des spectateurs albanophones ont aussi envahi la pelouse. Au terme de quelques minutes de folie furieuse, un joueur versoisien gisait à terre, évanoui, le plancher orbital brisé par un coup de pied en pleine tête, tandis qu’un de ses équipiers regagnait les vestiaires avec plusieurs côtes fracturées, entre autres blessures. L’Association cantonale de football a prononcé d’importantes suspensions contre les fautifs. Le Ministère public s’est emparé de l’affaire le lendemain de la rixe. Il a déjà condamné plusieurs protagonistes par ordonnances pénales.

Ton opinion