Actualisé 07.01.2020 à 14:00

Justice vaudoise«Cette cause mérite plus qu'un procès amputé»

Lors du procès, à Renens (VD), des militants pro-climat étaient accusés de violation de domicile au Credit Suisse. Les premiers témoins ont été entendus mardi matin.

de
Frédéric Nejad Toulami

Des sympathisants des activistes jugés ce mardi à Renens (VD).

Avocate d'un des jeunes (la plupart étudiants) sur les bancs des accusés, Me Irène Wettstein a comme ses douze autres confrères tenté mardi matin à l'ouverture du procès des militants d'Action Climat, de convaincre le président du Tribunal de police de prendre le temps d'entendre tous leurs témoins sur la cause climatique: «Cette cause mérite plus qu'un procès amputé», a-t-elle affirmé.

L'enjeu de ce procès, pour les avocats et les prévenus: ne pas juger les faits reprochés uniquement à l'aune d'une violation de domicile des locaux d'une succursale du Credit Suisse ni du règlement de police de Lausanne, mais par rapport au mobile des jeunes activistes déjà condamnés par le ministère public. La défense évoque l'état de nécessité licite, en raison de l'état de la planète. Cela a donc justifié une action non violente dans la banque. Le 22 novembre 2018: ils avaient improvisé une partie de tennis dans les locaux sans autorisation puis avaient refusé de quitter les lieux.

Il s'agissait pour eux d'alerter la population et les médias sur le rôle néfaste de la place financière, dont Credit Suisse, dans l'exploitation et l'usage des énergies fossiles tel le charbon, responsables du réchauffement climatique selon l'écrasante majorité des climatologues dans le monde. Et aussi de réagir face à «l'apathie des politiques», décrit Me Aline Bonnard: «La justice doit trancher en connaissance de cause, après avoir entendu nos témoins, tous experts et spécialistes.»

Le juge déclare sa sympathie à la cause

Président du Tribunal, Philippe Colelough a rejeté de nouveau la demande commune d'entendre une dizaine d'experts. «Mais je suis sensible à la problématique du climat et je suis personnellement convaincu du réchauffement climatique et de l'urgence à agir, a-t-il tenu à préciser publiquement. Et je suis favorable aux mouvements auxquels les prévenus ont adhéré.»

Sonia Seneviratne est la première témoin auditionnée ce mardi matin. Professeur en climatologie à l'EPFZ et coauteur d'un rapport du GIEC (Groupe d'expert intergouvernemental sur l'évolution du climat), elle atteste de la quasi unanimité du monde scientifique pour pointer la responsabilité de l'activité humaine sur le réchauffement climatique actuel. Et de l'urgence à réduire les émissions de CO2.

Puis, c'est au tour du professeur et Prix Nobel Jacques Dubochet de venir témoigner de l'importance de l'engagement citoyen sur le terrain. Face à «la situation dramatique actuelle, nous allons vers un futur habité par un chaos social et politique», déclare-t-il. Le juge lui demande si, à sa connaissance, la célèbre militante écologiste suédoise Greta Thunberg avait déjà participé à des actes de désobéissance civile? Non, admet Jacques Dubochet, mais il demande de la bienveillance envers ces jeunes adeptes de la non-violence dans un monde très violent: «Ils n'ont fait que jouer au tennis dans une banque.»

Après ce «témoignage citoyen» sympathique mais dénué d'aspect prépondérant, la défense revient à la charge pour demander l'audition de quelques autres experts présents aujourd'hui et demain mercredi. Et ce afin, notamment, de pouvoir vérifier les déclarations récentes du Credit Suisse sur la situation de sa politique financière dans le monde qui a conduit à l'action du 22 novembre 2018. Sinon, la Cour n'aura aucun éclairage financier sur la problématique, insiste une des avocates. Le juge a partiellement accédé à cette requête.

De son côté, Credit Suisse n'a pas souhaité être représenté à ce procès. Le Ministère public est aussi absent, en raison de la faible gravité des faits.

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