Placements abusifs: «Cette décision est une grande satisfaction»
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Placements abusifs«Cette décision est une grande satisfaction»

L'Etat dédommagera les victimes de placements abusifs. Le Conseil des Etats a donné son feu vert au contre-projet du Conseil fédéral. L'ex-sénateur vaudois Luc Recordon est ravi.

par
Christine Talos
Luc Recordon a retrouvé avec plaisir pour l'occasion les fauteuils du Conseil des Etats à Berne.

Luc Recordon a retrouvé avec plaisir pour l'occasion les fauteuils du Conseil des Etats à Berne.

photo: Kein Anbieter/Christine Talos

C'est une journée «historique» de l'avis des initiants et de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Les victimes de placements abusifs seront indemnisées à hauteur maximale de 25'000 francs par personne. Après le National, le Conseil des Etats a approuvé ce jeudipar 36 voix contre une le contre-projet indirect à l'initiative populaire sur la réparation. Les initiants, heureux de cette décision, ont annoncé immédiatement leur intention de retirer leur texte. Parmi eux, l'ancien conseiller aux Etats Luc Recordon (Verts/VD), n'a pas caché sa satisfaction. Interview.

20 minutes: Monsieur Recordon, votre première réaction après ce vote

Luc Recordon: Je suis évidemment content. Le processus parlementaire est très satisfaisant. Tout ce que l'initiative demandait a été accepté. Seule différence: le montant alloué aux victimes qui est moindre dans le contre-projet du Conseil fédéral. (ndlr. 300 millions au lieu des 500 demandés) avec une somme maximale de 25'000 francs par personne ce qui n'est pas très généreux, mais dans la moyenne suisse en ce qui concerne le tort moral. Un montant qui a été raboté car Berne estime, et je pense que c'est assez juste, que tout le monde ne demandera pas réparation.

Et le principal, c'est aussi d'être reconnu comme victime et d'être indemnisé en tant que telle?

Évidemment. Mais il y a déjà toute une partie du processus qui a été atteint lors du traitement de l'initiative. Avec les excuses officielles notamment de Simonetta Sommaruga, et celles sur le plan vaudois, de Pierre-Yves Maillard. Et puis il y a un travail de mémoire, qui va maintenant pouvoir débuter, notamment par la gestion des archives afin qu'elles ne disparaissent pas et que l'on puisse faire des études qui sont quand même aussi une manière de rendre justice aux victimes.

Et l'avantage du contre-projet c'est que cela va aller vite désormais pour les victimes

C'est vrai. Le facteur temps est un élément essentiel. Pas mal de victimes sont déjà âgées, certaines en mauvaise santé. Si on veut qu'elles puissent bénéficier de cette réparation et ne pas malheureusement décéder avant de l'avoir reçue, il fallait agir vite.

Il y a quand même eu ce jeudi une demande de non-entrée en matière d'un sénateur UDC qui jugeait que les enfants placés de force auraient sans doute eu une vie encore pire s'ils n'avaient pas été placés et qu'en plus ils n'étaient, à cette époque pas les seules victimes de mauvais traitements. Que pensez-vous de ces arguments?

Ces arguments ne tiennent pas la route. Certes, avancer que les enfants placés auraient eu une moindre qualité de vie sans cela, on peut discuter de cas en cas. Mais la question est surtout de comment on les a placés, sans surveiller ce qui leur arrivait ni les conditions dans lesquelles ils vivaient. C'est ça qui est le plus choquant. D'autant qu'ils ont souvent été privés de tout lien réel avec leurs familles alors que cela aurait été dans biens des cas possible.

Ce sénateur estimait aussi qu'il fallait laisser le peuple décider, plutôt qu'élaborer un contre-projet

Pourquoi faudrait-il faire voter le peuple à tout prix si les Chambres arrivent à se mettre d'accord? On pourrait sortir cet argument pour toutes sortes de choses! Et si cela ne lui plaît pas, que ce Monsieur lance un référendum.

C'est donc une page sombre de l'histoire suisse qui se tourne ?

Oui. Mais pour l'instant elle se tourne à moitié. Il faut quand même attendre que les montants soient demandés, calculés, versés et que les études aient lieu. Mais ce vote aujourd'hui est une très grande satisfaction surtout qu'on a l'impression que c'est un sujet qui n'a pas divisé le monde politique selon des lignes partisanes.

«Je suis plus que fier de ce pays»

L'initiative, déposée en décembre 2014 avec plus de 110'000 signatures, émane d'un comité interpartis réuni autour de l'entrepreneur Guido Fluri. Les initiants ont confirmé leur intention de retirer leur texte, estimant le contre-projet «acceptable» même si moins d'argent est proposé.

«Ces trois dernières années ont été très hautes en émotion», a déclaré devant la presse Guido Fluri. «Pendant des années, les victimes de placements abusifs ont tenté en vain de faire valoir leurs droits. Personne ne voulait les écouter, ni la société ni la politique. Je suis persuadé désormais qu'aujourd'hui, ce chapitre sombre de l'Histoire est enfin derrière nous», a-t-il souligné tout se félicitant de l'initiative et du contre-projet du Conseil fédéral.

Ce contre-projet a été approuvé par le National d'abord puis par le Conseil des Etats aujourd'hui après une immense campagne d'explications, a-t-il noté. «C'est désormais une étape importante et c'est surtout un gros fardeau en moins sur nos épaules», a lancé l'entrepreneur. «Maintenant le chemin est libre pour la réparation et la solidarité. C'est une journée historique. Pas seulement pour les anciens enfants victimes de ces placements abusifs mais aussi pour toute la Suisse. De ce point de vue, les victimes ont attendu ce moment pendant des dizaines d'années. Et je suis aujourd'hui un citoyen suisse plus que fier de ce pays», at-il conclu en remerciant tous ceux qui ont contribué à faire passer son initiative.

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