CONTRE LES KEKES: Cette femme se bat pour rétablir la bonne réputation du tuning
Les kékés qui veulent rouler des mécaniques ne sont pas les bienvenus chez Melanie Fankhauser.

Les kékés qui veulent rouler des mécaniques ne sont pas les bienvenus chez Melanie Fankhauser.

M. Fankhauser
Publié

CONTRE LES KÉKÉSCette femme se bat pour rétablir la bonne réputation du tuning

En Suisse aussi, les tuneurs automobiles pâtissent de la mauvaise image que renvoient les «jackys» qui roulent des mécaniques. Melanie Fankhauser organise désormais des meetings de tuneurs où il est interdit de faire hurler le moteur.

par
Fabio Simeon

Bruyants, imprudents, les jackys qui font le kéké perturbent le paysage urbain. Généralement jeunes et de sexe masculin, leur seul but est rouler des mécaniques en mode racing au volant de leurs voitures de sport de 500 ch dans les centres-villes, souvent en toute légalité. En dehors de l’interdiction de grands rassemblements non autorisés, les autorités n’ont donc souvent d’autre choix que d’assister à la scène et de subir le brouhaha. À coups de campagnes publicitaires et de contrôles toujours plus nombreux aux points stratégiques, la police appelle à un comportement raisonnable au volant et peut désormais compter sur le soutien du milieu du tuning dans cette démarche.

Les pots d’échappement bruyants ne sont pas les bienvenus

Parce qu’ils ont mauvaise presse, les tuneurs suisses défendent depuis longtemps leur réputation, à l’instar de Melanie Fankhauser.  «Il y a environ un an, quand j’ai proposé aux membres de notre club de participer à un meeting de tuning, je ne m’attendais pas à un refus», explique la fondatrice de Lexuscrew Switzerland. Nombre d’entre eux ne voulaient tout simplement plus être associés à des manifestations chaotiques, dominées par des pots d’échappement bruyants et des burn-outs (technique qui consiste à faire patiner les pneus arrière jusqu’à la formation de fumée). «Quand on arrive à un point où des gens, qui ont de l’essence qui coule dans les veines, n’ont plus le cœur à participer à des meetings automobiles, rien ne va plus», ajoute la Soleuroise de 34 ans.

De Nissan à Lexus, les marques automobiles japonaises semblent être particulièrement appréciées par les tuneurs.

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F. Simeon
Même sans queue de renard (ou justement parce qu’elle n’en a pas), l’Opel Manta fait bonne figure.

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F. Simeon
Ce regard endormi en met plein la vue aux amateurs de tuning.

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F. Simeon

Avec l’aide de deux amis (Tom Linder et Andreas Imboden), elle a fondé sur les réseaux sociaux le groupe «no.autoposer.treff» dont l’objectif est d’organiser des meetings intermarques pour les amateurs de tuning. «Tout le monde est bienvenu, à condition de savoir se tenir», déclare la jeune femme. En clair, ceux qui veulent y participer s’engagent à ne pas faire hurler leur moteur à l’arrivée et au départ. Les burn-outs et les sound checks y sont également bannis. Enfin, l’accent est mis sur les déchets: «Ceux qui produisent des déchets doivent aussi se charger de les débarrasser», explique la fan de tuning. Ceux qui ne respectent pas les règles seront signalés à la police qui enregistre leur plaque d’immatriculation.

Cette photo est parfaite en guise de fond d’écran!

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J.G. Pixel Couture
Le camouflage de l’«Interceptor RS 3» attire tous les regards.

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J.G. Pixel Couture
Avec la Mazda RX-8, un moteur rotatif est également de la partie.

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J.G. Pixel Couture

Les forces de l’ordre étaient aussi présentes sur les lieux du dernier meeting «anti-kékés», organisé en collaboration avec le lieu événementiel Drift de Kerns. Pour que les voitures, parfois élargies de manière spectaculaire, aient suffisamment de place, de nombreuses entreprises voisines avaient d’ailleurs mis leurs parkings à disposition pour l’occasion. «Une fois que nous avons trouvé un lieu approprié et obtenu le feu vert du propriétaire du terrain, nous informons toujours la police locale de notre programme», explique Melanie Fankhauser. Après une courte patrouille devant la centaine de voitures tunées, la Volvo à gyrophares a fait demi-tour. Si les participants avaient largement de quoi parler et admirer, ils avaient en revanche tous renoncé aux ajouts sonores sur leurs bolides. Et si malgré toute cette gomme, ces spoilers et ces prises d’air, les tuners au pied lourd avaient encore des envies irrépressibles d’appuyer à fond sur l’accélérateur, l’occasion de montrer leurs talents de pilotes leur était donnée dans l’un des simulateurs de course full motion du local voisin de Simracing. 

Quand le tuning coûte plus cher que les voitures

Et les talents de bidouilleurs mécaniques sautent aux yeux sur de nombreux véhicules. «Le tuning sur certaines voitures que l’on peut voir ici coûte plus cher que la voiture elle-même. Mais dans ce milieu, comme dans le reste de la Suisse, on ne parle guère d’argent. Ce qui compte ici, ce sont les heures de travail investies, le savoir-faire et la passion. Rien que ça montre que les propriétaires sont généralement plus préoccupés par le fait de bidouiller que de frimer avec leur véhicule», explique un visiteur. À croire qu’il dit vrai, car contrairement aux grands passionnés automobiles, aucun tuneur kéké n’y a été aperçu ou entendu.

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