Actualisé 26.09.2018 à 04:51

Suisse

«Cette initiative de l'UDC exclut la population»

Simonetta Sommaruga combat aux côtés de Johann Schneider-Ammann l'initiative populaire sur les juges étrangers. Un texte «dangereux», selon elle. Interview.

de
Christine Talos

Preuve de l'importance de la votation, deux Conseillers fédéraux, Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann, sont descendus ce mardi dans l'arène pour combattre l'initiative populaire de l'UDC sur les juges étrangers dite «d'autodétermination».

Le texte sera soumis aux Suisses le 25 novembre. Pour rappel, il veut que le droit suisse l'emporte sur le droit international. Les traités internationaux en conflit avec la Constitution devraient être renégociés et, si nécessaire, abrogés. Les initiatives populaires seraient mises en oeuvre, même si elles violent le droit international. Ce texte fait frémir Simonetta Sommaurga. La ministre de la justice s'en explique.

20 minutes: Vous estimez que cette initiative est dangereuse. Pourquoi?

Simonetta Sommaruga: Elle est dangereuse car elle remet en question tous les traités internationaux que la Suisse a conclus. Elle risque de provoquer une insécurité qui peut être très grave pour notre pays. Car chaque fois qu'il y aura un conflit avec un traité, le texte de l'UDC demande de renégocier l'accord et, si ce n'est pas possible, de le dénoncer. Et cela ce n'est pas bon pour notre sécurité car nous fonctionnons avec de nombreux traités internationaux.

Que risque-t-on si l'initiative est acceptée?

Il nous manquera cette sécurité et cette fiabilité qui font partie de notre pays. Je rappelle que la Suisse est un pays d'exportations et a donc besoin de traités internationaux. En outre, nous ne concluons que des traités qui sont dans notre intérêt. Alors pourquoi devrait-on tout le temps dénoncer des accords conclus pour le bien de notre pays? Cette insécurité pose un problème pour la Suisse mais aussi pour notre secteur économique.

Il y a les traités commerciaux, mais il y a aussi les traités sur les droits humains. Que va-t-il se passer si le peuple accepte le texte?

Ce serait très grave. Car cette initiative n'exclut même pas que la Suisse doive dénoncer un jour la Convention européenne des droits de l'homme. Or cette Convention est très importante pour nos citoyens qui n'arrivent pas se faire entendre par la justice suisse. Ils peuvent faire appel à la Cour de Strasbourg. Je pense par exemple aux victimes de l'amiante. C'est seulement grâce à Strasbourg qu'ils ont pu avoir gain de cause en Suisse.Le fait que l'initiative n'exclut pas de dénoncer cette convention est très grave.

Vous dites que l'initiative est l'ennemie de la démocratie. De quelle manière?

Dans cette initiative, rien n'est vraiment clair. On sait qu'elle veut dénoncer un traité en cas de conflit. Mais on ne définit pas ce qu'est un conflit, s'il porte aussi bien sur un petit point que sur quelque chose de grave. Et qui va décider s'il y a conflit ou non? Et s'il faut dénoncer ou pas un accord international? En outre, cette initiative exclut la population car si la Suisse est obligée de dénoncer un traité international, cela veut dire que les citoyens n'auront plus rien dire.

Le début de la campagne commence dans un contexte très particulier, avec la démission de Johann Schneider-Ammann...

J'ai beaucoup apprécié que Johann Schneider-Ammann soit là aujourd'hui pour défendre la position du Conseil fédéral. Cela montre à quel point l'économie en Suisse est intéressée à ce que cette initiative ne passe pas car elle peut nuire gravement à ce secteur qui se porte très bien. Il a dit très clairement qu'il continuera à s'engager contre ce texte et je pense que c'est important que la population entende aussi ses arguments.

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