Femmes en politique - «Cette interview était sexiste et élitiste!»
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Femmes en politique«Cette interview était sexiste et élitiste!»

La façon dont la conseillère aux États valaisanne Marianne Maret a été interrogée sur son passé de mère au foyer au «19:30» de la RTS déplaît aussi à gauche. Géraldine Savary se dit choquée.

par
Frédéric Nejad Toulami

L’interview de Marianne Maret qui provoque des critiques et une lettre ouverte d’élus romands.

RTS

«Vous avez une histoire de vie plutôt traditionnelle, vous avez été mère au foyer pendant dix-neuf ans. Est-ce que vous avez vraiment le bon profil pour faire avancer la cause des femmes à Berne?» Face à la jeune journaliste du service public qui l’interrogeait dimanche, la PDC Marianne Maret lui a d’abord rétorqué «Ça, c’est une question assez moche», avant de sourire et de lui répondre.

«On n’attend jamais d’un homme qu’il représente tous les hommes»

L’interview de la première Valaisanne élue au Conseil des États, en novembre 2019, continue de faire réagir négativement. Marianne Maret a de nouveau dû se justifier sur son parcours de vie et le fait que des femmes de gauche en Valais auraient préféré être représentées par le socialiste Mathias Reynard. «En politique, on n’attend jamais d’un homme qu’il représente tous les hommes. De moi, on a attendu que je représente toutes les Valaisannes, et ce n’est pas possible, c’est un leurre», a-t-elle rappelé.

Des questions «dévalorisantes»

Ancienne élue à Berne, au Conseil national puis au Conseil des États, la socialiste vaudoise Géraldine Savary déclare ce mercredi à 20minutes.ch avoir été «choquée» par ces questions mâtinées d’un jugement de valeur posées à la politicienne PDC. Sa réaction fait écho à la lettre ouverte à la RTS que trois élus romands PLR à Berne ont diffusée mardi, dont la Fribourgeoise Johanna Gapany, afin de dénoncer des questions «dévalorisantes» et le fait que «la rédaction de la RTS se fait porte-parole d’une minorité qui désavoue l’élue sur des sujets féministes».

«Le profil de Mme Maret est intéressant. Il témoigne d’une réalité que de nombreuses femmes vivent encore en Suisse»

Géraldine Savary, rédactrice en chef de <em>Femina</em>.

Désormais rédactrice en chef d’un magazine féminin, Géraldine Savary estime que si l’on veut interroger Marianne Maret, il faut alors se pencher sur ses prises de position politiques sur certains dossiers, comme l’élévation de l’âge de la retraite pour les femmes, et non sur son parcours de vie. «Je trouve au contraire que son profil est intéressant, original, et témoigne d’une réalité que de nombreuses femmes vivent encore en Suisse, relève-t-elle. Le fait qu’elles choisissent de réduire leur temps de travail pour s’occuper de leurs enfants, voire qu’elles cessent momentanément leurs activités professionnelles ne doit amener à aucun jugement de valeur sur leurs choix de vie. Et pourquoi seraient-elles moins dignes de représenter la population?» s’indigne Géraldine Savary.

Compétente et légitime parce que mère au foyer

La socialiste, qui a siégé au Conseil des États pendant environ douze ans, décrit cette Chambre du Parlement fédéral comme une «monoculture» plutôt composée d’hommes ayant suivi des études de droit. «Y avoir une femme qui a été mère au foyer? Mais tant mieux!» déclare-t-elle, avant de regretter la connotation «sexiste et élitiste» de la question posée à Marianne Maret à ce sujet, «comme si elle ne pouvait pas être compétente et légitime parce qu’elle a été mère de famille au foyer».

La formulation était maladroite, reconnaît la RTS

Sollicité à ce sujet, le rédacteur en chef ad interim de l’actu TV à la RTS, Pierre-Olivier Volet, déclare que les questions posées à Marianne Maret n’étaient pas connotées, mais faisaient écho à un débat soulevé par le profil conservateur, notamment lors de la campagne pour les élections fédérales. «Indépendamment des réactions qu’elle a pu susciter, la formulation de la question sur l’expérience de mère au foyer de Mme Maret était à l’évidence maladroite et nous comprenons qu’elle ait pu heurter, concède Pierre-Olivier Volet. Notre journaliste Fanny Zürcher n’a jamais eu l’intention de blesser qui que ce soit et nous le regrettons si tel a été le cas.» Il souligne aussi que les journalistes de la RTS «ne sont pas là pour mettre en avant tel ou tel courant de pensée, mais sont au service de l’information et du public».

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