Crise migratoire - Ceuta submergée: Madrid hausse le ton contre Rabat

Publié

Crise migratoireCeuta submergée: Madrid hausse le ton contre Rabat

Plus de 8000 personnes sont arrivées depuis lundi dans l’enclave espagnole au Maroc, un afflux massif qui provoque la colère du gouvernement espagnol.

Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez (à gauche) est arrivé mardi à 17 h à Ceuta, où il a été accueilli par Juan Jesus Vivas, président du gouvernement de l’enclave espagnole.

Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez (à gauche) est arrivé mardi à 17 h à Ceuta, où il a été accueilli par Juan Jesus Vivas, président du gouvernement de l’enclave espagnole.

AFP PHOTO/LA MONCLOA/FERNANDO CALVO

Le gouvernement espagnol a tapé du poing sur la table mardi en convoquant l’ambassadrice marocaine pour lui exprimer son «mécontentement» face à l’arrivée de plus de 8000 migrants à Ceuta depuis lundi en provenance du Maroc, sur fond de crise diplomatique majeure entre les deux pays.

«Je lui ai rappelé que le contrôle des frontières a été et doit rester de la responsabilité partagée de l’Espagne et du Maroc», a déclaré la ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya, à la presse.

À Rabat, le Ministère des affaires étrangères marocain a annoncé le rappel immédiat «pour consultation» de son ambassadrice.

Face à la gravité de la situation, le premier ministre espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, est arrivé vers 17 h à Ceuta, où il a été accueilli par les huées de quelques dizaines de résidents, selon des images mises en ligne par le journal local.

Pedro Sanchez devait ensuite se rendre à Melilla, l’autre enclave espagnole située sur la côte méditerranéenne du Maroc. «Nous allons rétablir l’ordre dans (la) ville et à nos frontières le plus rapidement possible», avait-il déclaré plus tôt lors d’une brève allocution télévisée depuis Madrid.

«Cet afflux soudain de migrants irréguliers est une grave crise pour l’Espagne et pour l’Europe», avait-il ajouté, alors que Ceuta et Melilla sont les seules frontières terrestres entre l’Afrique et l’Union européenne.

Bruxelles a exprimé à l’Espagne sa solidarité et appelé le Maroc, par la voix de la commissaire européenne Ylva Johansson, à empêcher les «départs irréguliers» depuis son territoire.

Selon un journaliste local à Ceuta, les arrivées de migrants, qui s’étaient ralenties à la mi-journée, se sont poursuivies dans l’après-midi. Sur la plage, où ces migrants arrivent à la nage, les forces de l’ordre espagnoles, qui ont déployé des blindés et utilisé des gaz lacrymogènes, ont mis en place un cordon de sécurité pour les empêcher d’aller plus loin que la rive.

Un journaliste de l’AFP du côté marocain de la frontière a vu des groupes composés de jeunes Marocains, avec des femmes et des enfants, tenter de nouvelles percées à travers le grillage frontalier avant d’être interceptés et chassés par les autorités marocaines.

Près de 8000 migrants sont arrivés depuis lundi matin dans l’enclave espagnole de Ceuta, dont 4000 ont été renvoyés au Maroc, selon les chiffres actualisés publiés mardi par le ministère espagnol de l’Intérieur. Le ministère a annoncé l’envoi de nouveaux renforts des forces de l’ordre sur place pour faire face à cet afflux massif.

Cinquante agents supplémentaires vont être déployés en plus des 200 déjà envoyés mardi tandis que 150 autres seront en stand-by, toujours dans le cadre de cette crise migratoire avec en toile de fond des tensions diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc.

«La mort ne me fait pas peur»

Les migrants voient dans cette traversée leur unique chance de subsister. Comme Amal, une jeune déscolarisée de 18 ans qui a veillé toute la nuit avant d’être refoulée mardi à l’aube par les autorités marocaines à Fnideq, ville frontalière de Ceuta. «La mort ne me fait pas peur, ce dont j’ai peur, c’est de mourir pauvre ici», dit-elle.

«Je suis venue pour traverser clandestinement et assurer l’avenir de mes enfants, car ici, il n’y a rien. Nous nous aventurons pour traverser: ou je meurs ou je passe», explique pour sa part Ouarda, une mère de deux enfants âgée de 26 ans, divorcée et au chômage, venue de Tétouan (nord).

Lundi, un homme s’est noyé alors qu’il tentait de rallier l’enclave par la mer, selon la préfecture de Ceuta.

La question du Sahara occidental en toile de fond

Cette crise migratoire, sans précédent pour l’Espagne, dont le Maroc est un allié clé dans la lutte contre l’immigration clandestine, intervient alors que les relations diplomatiques entre les deux pays se sont envenimées depuis l’accueil, fin avril, par l’Espagne du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, Brahim Ghali, pour y être soigné du Covid-19.

Le Maroc avait convoqué fin avril l’ambassadeur espagnol à Rabat pour lui signifier son «exaspération» et exiger des «explications» après l’hospitalisation du chef du Polisario, un mouvement soutenu par l’Algérie qui revendique l’indépendance du Sahara occidental, ancienne colonie espagnole que le Maroc considère comme partie intégrante de son territoire.

Si à Rabat, les plus hautes autorités gardent le silence depuis lundi, le directeur central de la police judiciaire, Mohamed Dkhissi, a affirmé dimanche sur la télévision publique marocaine que l’Espagne était «perdante» dans cette brouille et souligné que le Maroc, «qui est une puissance régionale (…) n’est le serviteur d’aucun pays».

()

Ton opinion