Actualisé 27.07.2011 à 16:00

Super LeagueChagaev prévoit un budget de 30 millions

Au coeur de la polémique depuis avril, le nouveau propriétaire de Xamax Bulat Chagaev voit grand et écorne au passage l'ancien président Sylvio Bernasconi et son équipe dirigeante.

«Il ne serait pas déraisonnable d'envisager un budget de 30 millions de francs pour la 1ère équipe.»

«Il ne serait pas déraisonnable d'envisager un budget de 30 millions de francs pour la 1ère équipe.»

Bulat Chagaev, on a beaucoup parlé ces derniers temps de sponsoring. Pourquoi avoir résilié les contrats avec vos principaux parraineurs ?

Je précise tout d'abord qu'aucun sponsor n'est parti de son propre gré et ceux qui affirment le contraire le font sûrement pour ne pas heurter leurs investisseurs. Les sponsors de Xamax doivent s'intéresser au football. Si ce n'est pas le cas, le club n'a pas besoin d'eux.

Vous dites que le Groupe Bernasconi, qui appartient à votre prédécesseur à la tête de Xamax Sylvio Bernasconi, ne s'intéresse pas véritablement au football ?

Je ne veux pas avancer de telles choses sans preuve. Mais j'ai une question pour M. Bernasconi: pourquoi pendant plusieurs années le club a-t-il été proche de la relégation et de la faillite sportive et que personne dans la direction et le management sportif n'en a payé les conséquences ? Peut-être que le Groupe Bernasconi avait d'autres intérêts que le football. Mais ma critique s'adresse à l'équipe dirigeante mise en place par M. Bernasconi, pas à lui directement. Je ne sais pas quel était son but, il voulait probablement aider. Mais le management en place était très loin de répondre aux minima en matière de gestion des intérêts du club.

Alors quelle est la suite sur le front du sponsoring ?

Quand j'ai tout arrêté avec nos sponsors, j'ai immédiatement reçu beaucoup d'appels de compagnies suisses et européennes très sérieuses. Mais nous n'en avons pas vraiment besoin actuellement. Je veux que les sponsors prennent part à toutes les activités du club. Un club, ce n'est pas un supermarché où l'on vient, paie puis repart avec un produit.

Pas besoin de sponsors ? Plutôt rare dans le football. A combien s'élève le budget de Xamax pour cette saison ?

Il n'est pas encore fixé, puisque nous devons encore engager de nouveaux joueurs et qu'il va dépendre des ambitions.

Mais pouvez-vous nous donner un ordre d'idée ?

J'estime, en fonction des ambitions que j'aie pour ce club, qu'il ne serait pas déraisonnable d'envisager un budget de 30 millions de francs.

Quelle part pour la première équipe ?

Je ne parle là que de la première équipe ! Pour le reste, j'ai d'autres projets, comme la création d'une académie pour les juniors de toute la Suisse. Car ce pays, qui brille dans les sports individuels comme le tennis, la course ou le ski, peine en sports collectifs. C'est un peu «chacun travaille dans son coin». J'espère contribuer à faire évoluer les mentalités dans ce domaine.

Votre arrivée à la tête de Xamax a fait peur à beaucoup de monde. Le comprenez-vous ?

Cela m'a fait mal, je ne suis pas fait d'acier. Je comprends qu'étant étranger, j'ai pu provoquer des inquiétudes. Je n'ai cependant qu'une seule ambition: l'avenir de Neuchâtel Xamax. Je souhaite que le public, progressivement, le comprenne. Depuis une dizaine d'années, je n'ai pas l'impression que l'on ait fait suffisamment pour ce club.

Avez-vous le sentiment que c'est votre nationalité qui inquiète avant tout ?

Cela a pu jouer un rôle, mais avouez que si tel est le cas cela est regrettable. Je suis en Suisse depuis 24 ans, il n'y a aucune raison d'avoir peur de moi. Mon ambition coïncide avec les intérêts de Neuchâtel Xamax; je vais y injecter beaucoup d'argent et je n'ai pas vu beaucoup de Suisses faire le même genre de proposition.

On ne peut pas dire que votre communication soit faite pour apaiser les craintes.

Le football est un art dont les créateurs sont les entraîneurs et les joueurs. J'attends que ces artistes s'expriment sur le terrain et non dans les médias. Mais je n'ai pas fini de réorganiser cette maison; je suis écoeuré par le désordre que j'y ai trouvé.

Le désordre ?

Nos prédécesseurs nous ont laissé un désordre administratif considérable. C'est comme s'ils n'avaient pas aimé ce club. Au moment de la reprise, nous ne savions pas où se trouvaient les documents les plus importants, nous n'avions pas accès aux éléments essentiels de la comptabilité. Nous recevons encore des factures datant de 2008, dont certaines ne sont pas même réglées. Cela a fortement compliqué notre mission auprès de la Ligue. Nous avons dû travailler dans l'urgence pour préparer le début de saison.

Il ne fallait pas renvoyer tout le monde...

La confiance était clairement rompue.

C'est justement cette méthode musclée, peu habituelle en Suisse, qui heurte les sensibilités. Pour votre premier match à domicile, un clip de danse tchétchène, un slogan en russe et des ballons aux couleurs du drapeau russe dans le stade. Xamax perd-il son identité ?

Le slogan était en français et en tchétchène, c'est normal que je le dise dans les deux langues. Les ballons n'étaient pas aux couleurs russes, c'étaient les seuls disponibles sous 48 heures pour décorer le stade.

Mais vous avez quand même essayé de changer le nom du club en 'Xamax Wainach'.

Wainach signifie, en tchétchène, notre peuple, c'est tout, c'est symbolique. Et je l'ai fait pour détourner l'attention.

Vous n'allez pas refaire une demande dans ce sens l'année prochaine ?

Non. Neuchâtel Xamax, c'est une histoire. Et personne ne peut la changer.

Mais au fait, de quoi vouliez-vous détourner l'attention ? Que vouliez-vous cacher ?

Dès mon arrivée, on a essayé de me mettre des bâtons dans les roues et de m'imposer des gens, comme des politiciens, qui devaient garantir ma réussite. On me disait: 'prends celui-ci, c'est le fils de ou le frère de, et tu seras tranquille'. Mais je n'ai pas besoin de politiciens ni de gens qui sont extérieurs au football. Je n'ai pas repris ce club pour me prostituer mais pour présenter du spectacle et du beau jeu!

Combien de temps resterez-vous si l'équipe n'atteint pas les objectifs fixés ?

Je ne vais pas quitter le club pour quelques matches perdus. Je veux faire de Xamax une bonne équipe de Suisse et tant mieux si j'arrive aussi à en faire un bon club en Europe. Deux choses seulement pourraient me faire partir: que les Neuchâtelois me disent qu'ils n'ont pas besoin de moi ou qu'absolument rien du tout ne fonctionne comme je le veux. Je respecte énormément ce que j'ai acheté, je vous l'assure.

Une dernière question, sous forme de blague, mais qui traduit assez bien le fantasme né autour de la personne de Bulat Chagaev en Suisse: êtes-vous mêlé à la mafia russe ou avez-vous déjà participé à des activités criminelles ?

Je répondrai aussi par une blague. S'il existait une mafia des gens biens, j'aimerais en être membre. Ce que je fais n'a aucun lien avec la mafia, qui a des buts précis. Moi, je n'ai jamais eu de mauvais buts dans la vie. Si tel était le cas, je ne serais pas venu en Suisse. (si)

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