Suisse: Changement de cap pour les centres commerciaux
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SuisseChangement de cap pour les centres commerciaux

Les nouvelles habitudes de consommation obligent le commerce de détail à modifier sa stratégie.

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Il n'est pas rare de se promener dans les centres commerciaux et de voir des rideaux fermés. Les raisons sont à chercher dans l'évolution du commerce de détail, entre impératifs économiques, habitudes de consommation et volonté politique.

Une grande famille, une grosse voiture, un porte-monnaie bien garni, une liste de courses à rallonge, un gigantesque centre commercial à quelques kilomètres de la maison et le samedi après-midi devant soi: à l'époque, un rêve.

Offre trop importante

Les années après les Trente Glorieuses voient fleurir une grande partie de ces centres commerciaux à l'architecture «utile». Pour une partie d'entre eux, ils poussent dans des champs et permettent de regrouper une offre commerciale importante. En Suisse, une cinquantaine de centres ont été inaugurés entre 1976 et 1999. Autant entre 2000 et 2010.

«En Suisse, il y a deux fois plus de surface commerciale par habitant qu'en France. C'est beaucoup trop», explique Nicolas Inglard, consultant en solution marketing pour les commerces chez Imadeo. Preuve de ce constat, les agents immobiliers responsables des surfaces commerciales dans ces centres mettent de plus en plus de temps à les louer.

Le constat tombe: les centres commerciaux tels que proposés ne répondent plus à la demande.

Chercher des solutions

Les raisons de la désertion des centres commerciaux physiques sont diverses. Il y a évidemment la question du «e-commerce». Les Suisses sont les deuxièmes plus grands consommateurs en ligne d'Europe.

Ils achètent pour 1033 euros (1165 francs au cours actuel) sur Internet par an, selon une étude de Regiodata. Autant d'argent qui n'est pas nécessairement investi dans les magasins locaux, puisqu'une partie importante de ces achats est souvent effectuée sur des sites étrangers.

En parallèle, la volonté politique prône plutôt une densification des villes: avec la nouvelle LAT (loi sur l'aménagement du territoire), la tendance est à la centralisation des activités dans les lieux à forte fréquentation. La politique de mitage qui a été menée précédemment et qui a permis ces nombreux centres commerciaux en rase campagne est dépassée.

Drainer le trafic

«Le but des nouveaux plans d'aménagement est de drainer le trafic vers les lieux qui ont les infrastructures faites pour», explique Laurent Ollivier, conseiller à la direction d'Urbaplan.

«La densification des milieux urbains et le maintien des commerces dans les centres-villes remplissent des critères écologiques et de dynamisme urbain. Je ne suis pas persuadé par contre qu'il y a des raisons économiques là-derrière», note Laurent Ollivier.

Selon Nicolas Inglard, on assiste à un «match» entre les impératifs politiques et la volonté économique de la «rentabilité pure». «En réalité, le commerce de détail aurait probablement tout à gagner à profiter des lieux de passage que sont les villes. Les implantations centralisées évitent tout un travail de fidélisation».

Economiquement, la centralisation des commerces ne semble au premier abord pas toujours rentable. Peu de commerces peuvent débourser un loyer de centre-ville.

«Les gros gestionnaires de locaux commerciaux, les banques ou les groupes alimentaires préfèrent souvent laisser leurs espaces vides plutôt que de les louer moins cher. Comme l'activité du commerce de détail est redescendue au niveau d'avant 2008, les loyers devraient aussi revenir à ces montants», relève Nicolas Inglard.

«Ce n'est pas le cas. Et c'est aussi pour cela que les petits commerces ont de la peine à survivre», explique Nicolas Inglard.

Un moment-clé

Pourtant, l'évolution révèle également de bonnes surprises. La combinaison «petit commerce stationnaire et e-commerce» peut être gagnante. Selon une étude de Credit suisse, les fournisseurs qui disposaient en 2016 d'un canal de distribution en ligne ont plus souvent atteint leurs objectifs de chiffre d'affaires et de bénéfices que les détaillants purement stationnaires.

Cette étude signale aussi de nouvelles collaborations entre des détaillants stationnaires et des acteurs du commerce en ligne afin de rendre l'offre complémentaire. «L'évolution peut aussi être vue positivement. Nous sommes dans un moment charnière qui peut aussi être porteur d'un potentiel qualitatif», commente Nicolas Inglard.

Ce serait donc peut-être cela, le futur des commerces de détail: une petite vitrine au centre-ville avec un service basé sur une plus-value qualitative. Une solution qui pourrait arranger tout le monde. A condition de trouver une place pour les nouveaux entrepôts qui verront le jour afin de stocker les produits du commerce en ligne. (nxp/ats)

(NewsXpress)

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