Conférence de Copenhague: «Changer rapidement les modes de vie, une nécessité»
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Conférence de Copenhague«Changer rapidement les modes de vie, une nécessité»

Freiner le réchauffement n'ira pas sans un changement des modes de vie dans les pays développés.

Or, si les Suisses placent l'environnement en tête de leurs préoccupations dans les sondages, ils peinent à modifier leurs habitudes. Pour Martine Rebetez et Isabelle Chevalley, une incitation du politique est indispensable.

«Nous sommes confrontés à un problème de rapidité», explique la climatologue Martine Rebetez: «Dix petites années, c'est le délai à disposition pour diminuer de 30 à 40% les émissions de gaz à effet de serre dans les pays développés, et parvenir à limiter le réchauffement à deux degrés».

Un laps de temps redoutablement court pour délaisser les énergies fossiles productrices de CO2 au profit des renouvelables, et réaliser l'»efficacité énergétique» - isolation des bâtiments, véhicules et appareils moins gourmands.

C'est aussi un délai très bref pour changer les habitudes de consommation dans les pays développés, autre élément incontournable pour freiner la hausse du mercure, même si son importance est «difficile à quantifier», dit Isabelle Chevalley, présidente d'Ecologie libérale.

Force est de constater qu'on n'en prend pas le chemin. Les statistiques le montrent: les Suisses produisent de plus en plus de déchets - donc consomment de plus en plus -, mangent toujours plus de viande et avalent des surfaces croissantes de bitume au volant de leur voiture, sans parler des voyages en avion.

L'«hyperdémocratie »suisse, un frein

Il faut certes informer. Concernant la viande, par exemple, expliquer que 70% des terres agricoles mondiales sont dévolues à la production de fourrage pour le bétail - contre seulement un tiers pour l'alimentation humaine et 1% pour les biocarburants -, qu'il faut dix calories végétales pour produire une calorie animale et qu'une vache produit autant de méthane que 10'000 km en voiture.

Mais ni Martine Rebetez ni Isabelle Chevalley ne croient à un changement suffisamment rapide des habitudes sans incitation du politique.

«Or, dans une hyperdémocratie comme la Suisse, c'est très dur de prendre des mesures efficaces et rapides, avec toujours la menace du référendum», souligne Mme Chevalley. Sans parler d'»un manque de volonté politique hallucinant». Résultat, on ne prend que des «mesurettes».

Un exemple: le bonus-malus

«A un moment, les seuls pays qui seront capables de prendre des mesures assez vite seront les régimes dictatoriaux» ou du moins «dirigistes», estime la présidente d'Ecologie libérale, désabusée.

Un exemple: «en 2004, j'avais proposé avec le conseiller national Luc Recordon (Verts/VD) un système de bonus-malus sur les voitures neuves. Jugée trop compliquée à appliquer à l'époque, l'idée a pourtant été reprise par le Conseil fédéral en 2008. Mais elle n'est toujours pas concrétisée».

En France, ce système de bonus-malus, évoqué par Nicolas Sarkozy durant sa campagne pour la présidence en mai 2008, a été introduit en moins d'un an, en janvier 2009.

Quota de CO2 individuel

Dans la même ligne, Isabelle Chevalley n'imagine une possible concrétisation de son idée d'»établir un quota de CO2 par personne» que «dans vingt ans».

Renchérir le prix des produits litigieux «avec une bonne explication» permettrait de parvenir à des changements plus rapides que la simple «pédagogie», considère Martine Rebetez.

Concernant la consommation de produits carnés - près d'un tiers de l'empreinte énergétique des Suisses -, il ne serait pas exclu de décider d'importer moins de viande, ou de fourrage sous forme de soja qui détruit la forêt tropicale. Mais une telle proposition n'a «aucune chance de passer», répond Isabelle Chevalley.

Taxer les appareils non réparables, ou les marchandises provenant de pays non signataires du protocole de Kyoto, comme la Chine, sont d'autres pistes possibles qui peineraient à passer le système helvétique.

A l'instar de l'étiquette de CO2 sur les produits, une idée lancée en Suisse, mais qui sera une réalité d'ici 2011 ou 2012 en... France. (ats)

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