Chasseur jugé à Fribourg: Chanvrier pris pour un sanglier: procès en appel
Actualisé

Chasseur jugé à FribourgChanvrier pris pour un sanglier: procès en appel

Un individu est jugé en 2e instance par la justice fribourgeoise pour avoir grièvement blessé un cultivateur de chanvre lors d'une partie de chasse, en octobre 2012 près de Villeneuve.

Le drame s'était produit à cet endroit.

Le drame s'était produit à cet endroit.

DR

Le chasseur qui a tiré sur un cultivateur de chanvre en le prenant pour un sanglier comparaît ce lundi devant le Tribunal cantonal fribourgeois. Il fait appel contre sa condamnation à un an de prison avec sursis pour lésions corporelles graves par négligence.

La défense plaide l'acquittement ou, à défaut, une réduction de la peine. Le Ministère public et la partie plaignante rejettent toute diminution de la sanction. La Cour rendra son verdict dans le courant de l'après-midi.

Les faits ont eu lieu le 6 octobre 2012 lors d'une partie de chasse près d'un champ de maïs à Villeneuve (FR). Vingt minutes après les trois coups de corne signifiant la fin de la battue, le chasseur se rendait au point de rendez-vous du groupe, quand il a entendu «une sorte de grognement» et a vu bouger des plants de maïs.

Distinguant une tache sombre à environ 80 centimètres de hauteur, le quadragénaire a pensé qu'il s'agissait d'un sanglier. Il a tiré avec son fusil, et ce, après y avoir introduit une cartouche à grenaille au lieu d'une cartouche à balle comme il est d'usage.

Seize opérations

Mais sa cible s'avéra être un agriculteur sexagénaire, qui cueillait du chanvre dans une culture dissimulée dans le champ de maïs. Il a été atteint notamment à l'abdomen et s'est trouvé en danger de mort. Il a subi 16 interventions chirurgicales et a séjourné 56 jours à l'hôpital. Il a encore des séquelles physiques et psychiques.

En novembre 2013, le prévenu a été condamné par ordonnance pénale à 6 mois de prison avec un sursis de cinq ans. Il a fait recours. Mais en mai 2015, la juge de police de la Broye a multiplié sa peine par deux, et a confirmé une interdiction de chasser pendant cinq ans.

Vendredi devant les juges cantonaux, le chasseur a dit regretter tous les jours cet accident et ses conséquences sur la santé de la victime. «Je l'aurai sur ma conscience jusqu'à la fin de mes jours.»

De bonne foi

Le prévenu n'est pas de mauvaise foi, il était convaincu que c'était un sanglier, a affirmé son avocat André Clerc. «Il n'a pas tiré comme un sauvage dans le champ.» Son erreur n'est pas d'avoir tiré sans avoir identifié la cible, mais d'avoir mal identifié celle-ci.

«On ne doit pas confondre la gravité des conséquences de l'accident avec la gravité de la culpabilité», a souligné l'avocat. Selon lui, il faudrait même nuancer cette culpabilité, car il était difficile de s'attendre à ce qu'une personne sorte à quatre pattes d'un champ de maïs avec un sac noir sur le dos.

Le défenseur a aussi précisé que la fin de la battue signifie que les chasseurs se rendent au lieu de rendez-vous. Cela ne veut pas dire qu'on n'a plus le droit de tirer.

«Il a fait tout faux»

Pour le procureur Fabien Gasser, il n'est pas si étonnant que des cultures de chanvre soient parfois cachées parmi des plants de maïs: c'est selon lui un fait connu. Mais selon lui, le prévenu était «tellement fébrile d'abattre enfin une proie après une journée sans succès» qu'il a violé les règles élémentaires du bon sens.

Le procureur a rappelé que le prévenu avait fait recours contre toutes les décisions prononcées au fil de cette affaire: il «a fait tout faux» et ne veut pas l'admettre. Réduire sa peine serait lui offrir «une prime à l'entêtement».

L'avocat de la victime a dit que la présence de son client dans ce champ n'était certes «pas glorieuse», mais que le danger aurait pu concerner tout un chacun. Il aurait suffi qu'un enfant perde un ballon dans le champ, ou qu'un promeneur s'y soulage, pour devenir «une victime désignée de ce sniper». (nxp/ats)

(NewsXpress)

Ton opinion