Actualisé 20.02.2016 à 11:01

Virus ZikaCherchez le moustique mâle et neutralisez-le

Pour lutter contre le virus suspecté de provoquer des microcéphalies chez le foetus, la science se penche sur la technique de l'insecte stérile.

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Le virus du Zika, qui peut avoir des effets dévastateurs sur le développement des tissus cérébraux du foetus, pourrait devenir une arme contre le glioblastome, un cancer agressif du cerveau, révèle une étude. (Mardi 5 septembre 2017)

Le virus du Zika, qui peut avoir des effets dévastateurs sur le développement des tissus cérébraux du foetus, pourrait devenir une arme contre le glioblastome, un cancer agressif du cerveau, révèle une étude. (Mardi 5 septembre 2017)

Keystone
Des millions de moustiques porteurs d'une bactérie réduisant leur capacité à transmettre des virus ont été lâchés à Rio dans l'espoir qu'ils se reproduisent. (Mardi 29 août 2017)

Des millions de moustiques porteurs d'une bactérie réduisant leur capacité à transmettre des virus ont été lâchés à Rio dans l'espoir qu'ils se reproduisent. (Mardi 29 août 2017)

AFP
Les malformations congénitales liées au Zika sont vingt fois plus fréquentes par rapport à la période antérieure à l'épidémie, selon une étude des autorités américaines. (Jeudi 2 mars 2017)

Les malformations congénitales liées au Zika sont vingt fois plus fréquentes par rapport à la période antérieure à l'épidémie, selon une étude des autorités américaines. (Jeudi 2 mars 2017)

Keystone

De jeunes moustiques mâles croissent et prospèrent dans un laboratoire de la banlieue de Vienne, inconscients du sort qui les attend: être stérilisés en masse pour ne plus pouvoir engendrer la moindre descendance susceptible de transmettre des maladies, comme le virus Zika.

C'est l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA), plus connue pour son rôle de gendarme du nucléaire dans des dossiers à haute tension diplomatique, qui perfectionne cette technique dite de l'insecte stérile, dans ses laboratoires de Seibersdorf, à 35 km au sud de Vienne.

Extinction naturelle

Le principe semble simple: lâchés en bande sur des zones ciblées, les mâles neutralisés, mais pas chastes pour autant, ont pour mission de séduire les femelles locales. Leur accouplement n'engendrant aucune descendance, la population disparaît par extinction naturelle, à l'issue de conquêtes répétées.

La mise en oeuvre est plus complexe: il faut d'abord isoler les mâles des femelles, puis les stériliser par irradiation, lorsqu'ils sont au stade de nymphe, en recourant à l'usage du cobalt 60 ou bien des rayons X, un procédé que peaufine l'AIEA depuis de nombreuses années.

«C'est un genre de planning familial pour les insectes», résume Jorge Heindrich, chef de la section de contrôle des insectes parasites de l'organisme, à la tête d'une équipe de chercheurs internationaux.

Technique «plus propre»

Grâce à cette technique jugée «plus propre» que l'épandage d'insecticide, la mouche du melon a par exemple été localement rayée de la carte à Okinawa (Japon), la mouche tsé-tsé à Zanzibar (Tanzanie), la mouche du fruit dans certaines régions d'Argentine et d'Afrique du Sud.

Comme la dengue et le chikungunya, également transmis par les moustiques, le virus Zika est désormais dans le collimateur des scientifiques de Seibersdorf.

Leur quotidien, ce sont des milliers de moustiques vibrionnant dans des boîtes carrées couvertes d'un filet serré, sous la lumière crue des néons. La chaleur est tropicale, l'odeur nauséabonde. Un instant de panique irrationnelle saisit les journalistes en visite lorsqu'un insecte se fait la belle et vient bourdonner autour d'eux.

Danger pour le foetus

C'est surtout pour les femmes enceintes que le virus Zika représente un danger: il est soupçonné d'entraîner une grave malformation congénitale du foetus, la microcéphalie. A l'origine d'une grande épidémie en Amérique latine, le Zika provoque sinon, dans la plupart des cas, des symptômes grippaux bénins (fièvre, maux de tête, courbatures).

Ce sont les insectes femelles qui transmettent le virus: «elles ont besoin de sang pour produire des oeufs. Les mâles ne se nourrissent que du sucre des fleurs et de nectar», rappelle Rosemary Lees, l'une des chercheuses.

Séparer les mâles des femelles est l'une des principales difficultés techniques en laboratoire, explique Rosemary Lees devant des boîtes où s'affiche la provenance des moustiques: Brésil, Indonésie, Thaïlande.

Le risque est aussi de relâcher des mâles affaiblis, qui ne seront plus assez forts pour entrer en compétition avec les mâles sauvages.

Une fois sur le terrain, c'est un défi d'une toute autre ampleur encore qui attend les spécialistes: «Nous avons démontré que la technique est efficace sur une petite échelle: nous pouvons cibler la banlieue d'une ville, peut-être jusqu'à 250.000 personnes. Il nous faut maintenant augmenter l'échelle» pour ces moustiques, explique l'entomologiste.

Tests en cours

Deux expériences sont en cours, l'une au Soudan dans une région agricole affectée par un paludisme endémique ; l'autre sur l'île de La Réunion à la suite d'une épidémie virulente de chikungunya en 2005-2006.

Lancé en 2009, le projet de La Réunion n'est qu'au seuil de sa phase pilote. La production de moustiques stériles à grand échelle destinés à être lâchés sur la terrain n'a pas commencé.

Une fois terminée l'étude de l'écologie et de la biologie du moustique ciblé, encore faut-il que «les Etats aient la volonté de produire des insectes de synthèse, d'investir dans des installations et une source de rayons efficace», explique Marc Vreysen, chef du laboratoire des insectes nuisibles à la Divison mixte FAO-AIEA.

Et cette technique est surtout efficace en combinaison avec d'autres méthodes, y compris la pulvérisation d'insecticides pour réduire les populations de moustiques.

Une réunion avec les Etats membres de l'AIEA, spécifiquement les pays d'Amérique latine et des Caraïbes, se tiendra au Brésil fin février pour étudier les possibilités d'application au Zika du procédé de stérilisation des moustiques. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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