Actualisé 28.04.2017 à 09:19

ReligionChevalier de l'ordre de Malte, vocation millénaire

L'un des 56 «chevaliers profès» de l'Ordre de Malte sera choisi samedi pour prendre la tête de l'ordre après la démission de leur «Grand maître» sur ordre du pape.

La démission de Matthew Festing à la fin du mois de janvier est inhabituelle car normalement, les grands maîtres de l'Ordre de Malte restent en place jusqu'à leur mort.

La démission de Matthew Festing à la fin du mois de janvier est inhabituelle car normalement, les grands maîtres de l'Ordre de Malte restent en place jusqu'à leur mort.

AFP

«Je suis un moine qui a fait voeu de chasteté, de pauvreté et d'obéissance», dit Emmanuel Rousseau, l'un des 56 «chevaliers profès» de l'Ordre de Malte, institution hospitalière et militaire essentielle aux croisades, aujourd'hui lancée à la rescousse de l'humanité dans les zones de crises.

Cloîtré dans une communauté

L'un de ces religieux sera choisi samedi pour prendre la tête de l'ordre -probablement pour un an- après la fracassante démission de leur «Grand maître» fin janvier sur ordre du pape.

Emmanuel Rousseau, alias Fra'Emmanuel, n'a rien à voir avec l'image d'Epinal du moine en habit, cloîtré dans une communauté.

Vie active

Il vit seul dans un quartier cossu de Paris, apprécie le steak tartare et mène une prestigieuse carrière de directeur des fonds des Archives nationales françaises, arborant juste à la boutonnière une croix blanche à huit pointes entourée d'une couronne d'épines.

Une vie active, à l'instar d'un religieux américain de l'ordre, avocat à New York, ou d'un Italien médecin, chargé d'étudier les «miraculés» à Lourdes.

Pèlerinage annuel

Mais pour honorer ses voeux, le «chevalier profès» Rousseau prie beaucoup, a déjà légué son logement à des proches, prépare le petit déjeuner à des sans-abris et fait un pèlerinage annuel à Lourdes au chevet des malades.

Mise au service de l'autre

«Il s'agit d'un appel qu'on ressent pour vivre un idéal à la suite de Jésus-Christ», explique cet homme à la spiritualité profonde lorsqu'on l'interroge sur son atypique vocation. La tradition de l'ordre consiste à «vivre intensément la charité, en se mettant au service de l'autre, particulièrement des malades, et à donner sa vie en exemple».

Enfant, son père entrepreneur l'emmenait s'aérer à l'abbaye de Cîteaux en Bourgogne (est de la France). «Je passais une semaine à traire les vaches et à écouter des chants grégoriens», se souvient-il. Ses années de scoutisme ont aussi pavé son chemin de futur chevalier.

380 kilomètres d'archives

Peu enclin à devenir un prêtre sermonnant les fidèles, il choisit d'être conservateur du patrimoine après une thèse sur les cisterciens, pour au final superviser 380 kilomètres d'archives nationales françaises et 200 agents.

A 27 ans, il a un déclic en aidant des malades à Lourdes, haut lieu de l'organisation hospitalière: «Je me suis retrouvé dans une salle, en binôme avec un religieux de l'ordre, cela a été fusionnel». Après des années de bénévolat, il prononce ses voeux en 2011, à 41 ans.

Mode révolutionnaire

Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, tous les chevaliers de «l'Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte» -un nom qui retrace l'histoire mouvementée de l'ordre, chassé de ces trois lieux- faisaient voeu de chasteté, pauvreté et obéissance. Etre moine au service des malades était alors «moderne et révolutionnaire», retrace Emmanuel Rousseau.

Derniers des Mohicans

En 1798, quand Napoléon s'empare de Malte, leur dernier fief d'où ils combattaient avec bateaux et galères les pirates musulmans pour protéger le commerce méditerranéen, ils sont encore 2.500 chevaliers religieux en Europe.

Aujourd'hui, les 56 chevaliers profès font un peu figure de derniers des Mohicans, perdus au sein d'un ordre de 13'500 membres classés en fonction de leurs titres de noblesse et tenus de mener une vie chrétienne exemplaire et de s'engager dans une activité caritative au service de l'Ordre.

Noble de naissance

La famille d'Emmanuel Rousseau est d'origine paysanne, mais il a reçu un grade de «noble» pour devenir l'un des 11 membres du gouvernement, le «Souverain conseil» qui assiste le «Grand Maître». Pour l'instant, ce dernier doit en revanche être noble de naissance.

Dans la pieuse société du XIIe siècle, les dons de terres et de fermes, regroupés en commanderies, ont afflué. L'ordre est d'ailleurs encore l'un des principaux propriétaires terriens d'Italie.

Identité religieuse fondamentale

Aujourd'hui encore, cette identité religieuse reste fondamentale pour s'assurer aussi un socle de fidèles donateurs, qui alimentent des actions caritatives dans 120 pays.

Mais si l'ordre a passé des siècles à repousser sarrasins et barbaresques, il apporte désormais son aide aux migrants à travers le monde, jusque sur les navires de secours en Méditerranée. (afp)

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