Cameroun: Chevauchez une hippopotame à Garoua
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CamerounChevauchez une hippopotame à Garoua

Une hippopotame de 4 tonnes, Africa, est devenue l'animal fétiche de la ville de Garoua, au Nord-Cameroun, patiemment amadouée par un pêcheur depuis 16 ans, au point que les enfants ou les rares touristes peuvent la nourrir, la caresser et même la chevaucher.

«Ouarlé! Ouarado!» (Viens! Viens ici!), lance en Fufulde, la langue des Peuls, Liman Boucar Souaibou, 32 ans, le «grand maître» d'Africa, comme on l'appelle à Garoua, pour attirer la femelle sur la berge. Attiré par quelques kilos de patates, le mastodonte finit par sortir des eaux basses de la Bénoué, la rivière qui arrose Garoua, et s'approche de l'homme qui l'a apprivoisée depuis qu'elle est bébé. «Sa mère venait de mourir. Depuis 16 ans je m'occupe d'elle», explique Liman, traits anguleux, vêtu d'un maillot vert des «Lions Indomptables» du Cameroun et d'un chapeau de paille s'effilant sur les bords.

Ils s'entraident, puisque lui aussi vit de son extraordinaire phénomène de foire, célèbre dans tout le Cameroun. Un attroupement se forme aux pieds du pont vétuste, le seul enjambant la Benoué dans le secteur, pour voir ou revoir les scènes que tous les habitants de Garoua connaissent. Sur la route, les piétons et les nombreux motos- taxis s'arrêtent et se penchent sur la balustrade pour observer le manège d'Africa et Liman. Il va d'abord la chercher au milieu de la rivière avec sa pirogue, l'appelle, revient s'amarrer à une pile du pont, l'appelle encore. Finalement la diva s'approche.

«L'hippopotame est un animal méchant», assure Liman. «Mais Africa n'est pas dangereuse, il n'y a jamais eu d'accident. Elle a l'habitude. Maintenant, il faut juste être patient, et surtout ne pas oublier de la nourrir, sinon elle se fâche!». Elle ingurgite 80 kg de maïs salé par jour, mais les coursiers partis acheter à manger n'arrivent pas. Africa s'impatiente. «Moug-nou!» (Attends!), ordonne Liman. Elle fait mine de rentrer dans l'eau, ses naseaux se dilatent et se contractent. Un gamin, qui est allé cherché les victuailles à l'arrière d'une moto, arrive enfin avec les patates. Le rituel peut commencer. Africa ouvre la gueule, laissant voir ses deux formidables dents inférieures, sa langue rose pâle et son palais voûté qui concasse les pommes de terre dans un bruit de film d'épouvante. Après les premières pommes de terre, elle se retourne et chasse d'un violent coup de tête, dans un mugissement grondeur, un des ses quatre petits, qui ne doit pas peser plus de deux tonnes.

«Elle veut être la seule vedette et la seule sur la nourriture», interprète Liman. Au bout de quelques kilos, Africa est docile. Elle sort progressivement de l'eau, puis quelques courageux peuvent monter sur son dos dur comme un muret, couvert d'un cuir très rêche: le clou du spectacle. Même un petit enfant, vêtu lui aussi d'un maillot de la sélection nationale de football, floqué du nom de la grande vedette Samuel Eto'o, peut monter sur Africa. Puis l'animal s'en retourne au milieu du fleuve, jusqu'au lendemain. (ats)

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