Genève: Chiffres noirs pour un résultat en trompe-l'oeil
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GenèveChiffres noirs pour un résultat en trompe-l'oeil

Le Canton a retrouvé les chiffres noirs en 2013 avec un excédent de 56 millions de francs. Mais les autorités mettent en garde contre un résultat trompeur: l'excédent résulte de facteurs non récurrents.

Après un exercice déficitaire en 2012, Genève retrouve les chiffres noirs en 2013 avec un compte de fonctionnement d'Etat affichant un excédent de 56 millions de francs. Mais les autorités mettent en garde contre un résultat en trompe-l'oeil: l'excédent résulte de facteurs exceptionnels.

Avec des revenus de 9,179 milliards et des charges de 9,123 milliards, le résultat est positif à hauteur de 56 millions, alors que le budget prévoyait 32 millions de déficit, a relevé jeudi devant la presse le nouveau grand argentier genevois Serge dal Busco. Cet excédent éloigne provisoirement le spectre de l'enclenchement du mécanisme du frein au déficit.

Au chapitre des satisfactions, ce léger bonus va permettre de verser la seconde partie des annuités des fonctionnaires. Mais il est aussi trompeur, car influencé par de nombreux éléments non récurrents, a-t-il averti.

Bonnes et mauvaises surprises

La bonne surprise vient essentiellement des revenus fiscaux qui progressent de 218 millions, dont 92 millions de correctifs et de reliquats non planifiés. L'augmentation de l'âge de départ à la retraite des enseignants du primaire a elle permis la dissolution d'une provision de 50 millions, a-t-il poursuivi.

D'autres éléments non prévus ont dégradé le résultat: l'arrêt du Tribunal fédéral relatif à la redevance supplémentaire des Services industriels de Genève a engendré une perte de 88 millions. Et le non-versement par la BNS de ses bénéfices aux cantons a entraîné un manque à gagner de 39 millions.

Plus de 100 millions de déficit

Les comptes s'ils étaient expurgés des paramètres non récurrents seraient déficitaires de 103 millions, a souligné le ministre. En 2013, ces éléments sont liés à des flux liés aux caisses de retraite et à une amélioration de la méthode des estimations fiscales.

Le conseiller d'Etat s'est dit inquiet.«Nous sommes dans un cycle de conjoncture favorable avec une augmentation du PIB genevois ( 2,3% en 2013, 1,5% en 2012 et 0,3% en 2011). Et pourtant depuis trois ans, les résultats négatifs persistent. Compte tenu de cette situation, la réserve conjoncturelle de 567 millions n'a pas pu être alimentée en 2013.

Dette toujours en hausse

La dette a encore progressé de 900 millions à 12,8 milliards de francs. Une hausse due essentiellement à la recapitalisation de la caisse de pension CIA (549 millions) et à l'insuffisance de financement des investissements, a relevé M. dal Busco.

L'endettement moyen annuel en 2013 s'établit à 11,6 milliards. Il se situe encore au-dessous du plafond de 13,3 milliards qui provoque l'enclenchement du nouveau mécanisme de frein à l'endettement prévu dans la loi. La charge d'intérêt recule légèrement à 227 millions.

Beaucoup de chantiers

L'impôt courant est supérieur de 115 milions ( 1,9%) à celui prévu au budget. Les correctifs positifs seront moins élevés à l'avenir, en raison d'estimations plus fines depuis quelques années. Pour cette même raison, les charges de personnel, les dépenses générales et les subventions sont maîtrisées, a indiqué M.Dal Busco.

Concernant les investissements, les dépenses brutes se montent à 666 millions contre 718 millions en 2012 (-7%), en raison de nombreux chantiers, tels celui du CEVA. Il est important de les maintenir à un haut niveau, vu les besoins. Malheureusement bien que maîtrisés, ils ne sont pas autofinancés, a ajouté le ministre.

La seule manière de maîtriser la dette est d'augmenter le résultat de fonctionnement de l'Etat. Il faut actuellement viser un excédent de 300 millions pour autofinancer les investissements, a noté le grand argentier. Mais on ne peut plus trop compter sur les bonnes surprises, a-t-il averti.

Pas de tabou

Des choix potentiellement douloureux devront être faits. Et d'importants défis compliquent l'action des autorités, tels les effets de la réforme de la fiscalité des entreprises et les conséquences négatives du vote du 9 février, a relevé le président du Conseil d'Etat François Longchamp.

Le gouvernement examine toutes les pistes sans tabou aucun, a-t-il poursuivi. «Il mène une réflexion pour réduire la voilure depuis début janvier. Un plan de mesures sera présenté en juin en même temps que le programme de législature 2014-2018. Et ce ne sera pas un catalogue de Noël», a-t-il averti. (ats)

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