Actualisé 08.04.2020 à 04:33

Suisse

Chômage et faillites vont encore progresser

Des économistes ne pensent pas que le chômage dépasse un taux de 4% à son pic pour autant que le confinement ne s'éternise pas.

L'épidémie va laisser des traces dans le tissu économique suisse.

L'épidémie va laisser des traces dans le tissu économique suisse.

Keystone

Conséquence inévitable du Covid-19, le chômage et les faillites devraient poursuivre leur ascension en Suisse ces prochains mois, particulièrement parmi les petites et toutes petites entreprises, selon les prévisionnistes interrogés par AWP.

Tous s'accordent pour affirmer que le taux de chômage dépassera 3% d'ici fin 2020. Chez BAK Economics, le chef économiste Martin Eichler table sur une augmentation d'environ 1,2 point de pourcentage par rapport à février, soit 50'000 chômeurs de plus, ce qui porterait le taux des sans-emploi à 3,5% cet été.

Tant Gero Jung que Martin Neff, respectivement économistes en chef chez Mirabaud Asset Management et Raiffeisen, remarquent que grâce aux stabilisateurs automatiques, qui permettent le chômage partiel sur une période limitée de manière automatique, la Suisse dispose d'un coussin de protection qui n'existe pas à l'étranger ou en tous les cas pas de la même manière.

Tout dépendra de la durée

Si le confinement ne s'éternise pas, il est peu probable que le taux de chômage atteigne 4% à son pic, estime Gero Jung, alors qu'en 2009, année marquée par la plus importante récession sur le dernier demi-siècle, il avait bondi à 4,1%. Tout dépend de la durée de ce choc lié à la propagation du Covid-19.

Martin Neff précise que les stabilisateurs automatiques, qui sont normalement prévus pour une durée de trois mois, peuvent être prolongés jusqu'à 12 mois. En 2009, au pire la crise financière, le canton de Neuchâtel les avait même étendus à 20 mois. Grâce à ces stabilisateurs l'évolution de la courbe du chômage peut être considérablement atténuée.

Pour Martin Eichler, l'équation est simple: si la crise touche à sa fin cet été, le taux de chômage pourrait retomber à 2,5% une année plus tard, soit vers l'été 2021, ce qui correspond pratiquement au niveau d'avant la crise.

Pire que la crise de 2009

Il y a un risque que le nombre de faillites d'entreprises dépasse le nombre de créations de start-ups, ce qui est inhabituel, souligne le chef économiste de Raiffeisen.

Mis à part les secteurs connus comme le tourisme et la restauration, touchés de plein fouet, il y a des domaines cachés - notamment des gestionnaires de fortune indépendants, des propriétaires de petits commerces ou des entrepreneurs tournés vers le commerce international - qui seront peut-être forcés de mettre la clef sous le paillasson, expliquent les trois économistes.

La crise économique pourrait être plus importante que celle de février 2009, avertit Gero Jung.

Selon l'Institut des jeunes entreprises de la FIJ, la pandémie du coronavirus ralentit le boom des start-up en Suisse. Au total, 11'358 nouvelles sociétés ont été créées au premier trimestre, 1,9% de moins que l'année précédente.

L'envie de fonder une nouvelle entreprise a déjà sensiblement diminué en mars: bien que 3718 nouvelles firmes soient encore en cours de création en Suisse, cela représente une baisse de 6,1% sur un an.

Les PME se plaignent

Les pertes les plus importantes en pourcentage ont été subies par Schaffhouse (-23%), Appenzell-Rhodes-Extérieures (-21%) et le Tessin avec une baisse de 20%, ce qui n'est guère surprenant car ce canton est le plus touché par le Covid-19.

Une enquête similaire conduite par la société Crif indique que dans la période sous revue du côté des disparitions d'entreprises, le commerce de détail affiche le plus grand nombre de radiations (733), suivi par les secteurs de la construction (702) et de la restauration (564).

L'institut allemand Ifo a calculé que si les entreprises du Vieux continent restent fermées pendant plus d'un mois, les pertes de production atteignent rapidement des dimensions largement supérieures au ralentissement de la croissance enregistré lors des précédentes récessions ou catastrophes naturelles de l'histoire de l'Union européenne.

En Suisse, Ifo anticipe qu'une diminution partielle de deux mois de l'activité des entreprises générerait des coûts de 51 à 85 milliards de francs.

En ce sens, l'enquête menée par la plateforme de services pour PME Gryps ne constitue pas une surprise. Elle montre que 34% des PME estiment qu'elles ne sont pas suffisamment soutenues par Berne. Les travailleurs indépendants, en particulier, sont mécontents du soutien limité dont ils bénéficient et estiment que leur existence est menacée.

Les ventes s'effondrent

Il ressort aussi de l'enquête de Gryps que 6,5% des PME ont licencié des employés et que plus de 8% prévoient de le faire dans un avenir proche. Quelque 43% des PME interrogées ont déjà introduit le chômage partiel et plus de 8% envisagent de le faire prochainement, alors que près de 54% ont été forcées de geler les embauches et un peu moins de 3 % prévoient de le faire.

Gryps signale enfin que 30% des PME ont subi une perte de chiffre d'affaires de plus de 75% au mois de mars.

En raison de la montée du chômage, les présidents de l'Union patronale suisse, de Swissmem et de l'Union syndicale suisse (USS) ont demandé à l'unisson au Conseil fédéral de présenter des scénarios. «Le Conseil fédéral doit maintenant développer une stratégie dans laquelle les risques économiques et sociaux jouent également un rôle», a indiqué le président de l'USS, Pierre-Yves Maillard, dans la Sonntagszeitung. (nxp/ats)

(NewsXpress)
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