Actualisé 24.05.2007 à 16:54

Christian Prudhomme veut briser «l'omerta» du dopage

A six semaines du départ du Tour de France, son directeur Christian Prudhomme appelle à la radiation à vie des tricheurs dès la première contravention à la réglementation antidopage.

Sauf s'ils ont avoué leur faute.

«Il ne peut y avoir la même sanction pour ceux qui avouent et ceux qui n'avouent jamais. Il faut tout faire pour que les gens parlent», a-t-il déclaré dans un entretien accordé mercredi à l'Associated Press. «On peut rester à deux ans de suspension pour ceux qui ont fauté et parlé, mais pour les autres qui n'ont jamais avoué et ont été confondus, ce doit être à vie, on doit leur dire 'terminé'».

Les récents aveux d'Ivan Basso, exclu du Tour avant le départ à Strasbourg l'an dernier en raison de l'apparition de son nom dans l'affaire Puerto, ceux cette semaine d'ex-coureurs de la formation Telekom concernant les pratiques interdites dans leur équipe, ont fait plaisir à Christian Prudhomme.

Ses deux priorités sont désormais d'aller «au bout de l'affaire Puerto» -une soixantaine de coureurs associés à une clinique espagnole pratiquant le dopage sanguin- et de resserrer encore les mailles du filet pour prendre les derniers irréductibles adeptes du dopage.

A cet effet, il a obtenu l'assurance il y a 15 jours de Pat McQuaid, le président de l'Union cycliste internationale (UCI) que 160 contrôles inopinés auront lieu d'ici le départ du Tour de France de Londres le 6 juillet. Il y en avait eu seulement 30 sur toute la saison 2006.

«On voit avec les révélations des anciens coureurs de la Telekom que la loi du silence n'est pas totalement brisée, mais que le mur se lézarde drôlement. Je rêve qu'il y ait un autre 9-Novembre (NDLR: 1989 à Berlin), qu'un nouveau mur tombe. Il faut libérer la parole», dit-il.

Il estime cependant que pour «casser le système, pour avancer, on ne pourra pas se contenter de taper sur les coureurs». Et d'expliquer: «Le cyclisme est souvent moins bien traité que les autres disciplines sportives, notamment le football. Mais il y a un domaine où le cyclisme est mieux traité que le football: si un entraîneur de football perd quatre matches d'affilée, il est dehors. Un manager dans le cyclisme, avec des casseroles et parfois sans victoire, il peut rester 20 ans. Là, il y a un problème».

Selon les récentes déclarations de Jef D'Hont, ex-masseur de la Telekom, deux docteurs associés à l'équipe ont dans le passé fourni de l'EPO à deux ex-vainqueurs du Tour de France: Bjarne Riis et Jan Ullrich. Riis est l'actuel manager de la formation Team CSC.

Christian Prudhomme estime qu'un manager ne devrait pouvoir plaider l'innocence si certains de ses coureurs tombent à un contrôle antidopage. «S'il y a du dopage dans leur équipe et qu'ils ne savent rien, c'est qu'ils sont incompétents. Et comme dans n'importe quelle entreprise la sanction immédiate doit être: 'au revoir, monsieur'», dit-il.

«Ceux qui peuvent vraiment faire changer les choses sont les patrons d'équipe», ajoute-t-il. «La T-Mobile a prouvé que c'est possible avec Jan Ullrich», qui a été licencié.

Christian Prudhomme estime encore que la culture du dopage, ancienne dans le cyclisme, a été favorisée par les autorités qui gèrent ce sport.

«Pendant une quinzaine d'années, on aurait pu décerner l'Autruche d'or à l'Union cycliste internationale en ce qui concerne le dopage», dit-il. «Pendant des années, l'UCI a voulu bâtir un système, et c'est encore le cas avec le Pro Tour, qui repose uniquement sur des arguments économiques et absolument pas sur des arguments sportifs. C'est une des raisons majeures de la crise actuelle. On peut tout construire, mais si l'on garde la colonne vertébrale d'un sport. Je veux croire que Pat McQuaid est différent de son prédécesseur (NDLR: Hein Verbruggen) et que lui ne méritera pas l'Autruche d'or».

Amoureux d'un cyclisme «romantique», Christian Prudhomme estime qu'il est par essence un sport spectacle, sans besoin du dopage. «Quand on voit le visage de Thomas Voeckler au Plateau de Beille il y a trois ans, tordu par la douleur, qui tout d'un coup s'irradie, s'illumine en un sourire magnifique, cela fait plus pour la légende du Tour que maintes victoires, l'index vengeur dressé sur la ligne d'arrivée sans la moindre goutte de sueur», dit-il.

«J'en ai assez des premières semaines de course où il ne se passe plus rien. C'est le cas depuis 1991», dit-il, laissant entendre que depuis l'ère Miguel Indurain, le cyclisme est entré dans une ère robotisée. «Il doit toujours pouvoir se passer quelque chose, un rebondissement, une défaillance, comme quand gamin je suivais le Tour».

Dans l'attente de la condamnation définitive de Floyd Landis, jugé aux Etats-Unis pour son contrôle positif à la testostérone l'an dernier après son succès sur les Champs-Elysées, Christian Prudhomme estime que les grands événements font les champions et non l'inverse.

«Oui, il y a eu trahison (de Landis) l'an dernier. Mais peut-être ce qui c'était passé à Strasbourg n'avait pas suffi pour que certains comprennent», dit-il. «Il y a ceux qui par conviction et éthique luttent, ceux qui se rangent derrière nous car ils ont peur, et d'autres irréductibles. Il y a une vraie bagarre, mais je ne suis pas pessimiste sur l'issue. J'ai ressenti à Charleroi, à la sortie d'une réunion où nous avions invité les équipes à la veille de la Flèche wallonne, que la peur a changé de camp». (ap)

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