Actualisé 19.03.2013 à 15:22

Affaire du caillou turcChristian Varone ne sera pas exclu du PLR

Le commandant de la police valaisanne, Christian Varone, a été condamné mardi par le Tribunal d'Antalya à 1 an et 15 jours de prison, mais la peine ne sera activée qu'en cas de récidive.

Conformément à une disposition juridique turque inconnue du droit suisse, les juges ont ajourné le prononcé du jugement rendu après trois reports. Cette mesure signifie qu'il n'a pas d'effet sur le condamné et ne figurera pas au casier judiciaire suisse. Il restera dans un registre interne destiné à la seule justice turque et ne sera activé qu'en cas de récidive dans les cinq ans. Cette disposition s'applique également à l'amende de 500 livres turques (environ 260 francs).

L'avocate en Turquie de M. Varone, Yasemin Mataraci, avait estimé récemment que son client devait «être purement et simplement acquitté». Après l'audience de mardi matin, elle a expliqué à «20 minutes» qu'elle était «satisfaite de ce verdict». Elle n'envisage pas de faire appel.

«Je suis très heureux et soulagé pour M. Varone, affirme l'avocat Léonard Bender, candidat PLR malheureux au 2e tour de l'élection au Conseil d'Etat valaisan. Cette décision de justice ne sera pas inscrite au casier judiciaire: cette particularité du droit turc ne pouvait être mise en oeuvre que si les juges étaient convaincus que M. Varone n'avait pas d'intention délictueuse. Ce simple avertissement n'est possible que lorsque la personne est de bonne foi et qu'elle n'a pas varié dans ses déclarations. Je n'ai jamais douté que M. Varone est un honnête homme qui n'a jamais eu l'intention de porter atteinte au patrimoine culturel turc. Il s'est excusé pour son acte: aujourd'hui, la justice turque reconnaît sa bonne foi et lui fait confiance.» D'après Léonard Bender, «l'amende est calculée sur la base de la valeur marchande de l'objet, c'est un multiple. Les 260 francs d'amende indiquent que la Cour elle-même considère que cette pierre n'avait pas de valeur marchande.»

Le PLR Valais est également soulagé: «Ce sont de bonnes nouvelles. Nous sommes contents que M. Varone s'en tire avec une peine si légère», a affirmé son président Georges Tavernier. «Comme le verdict n'est pas mis en oeuvre et que Varone n'aura pas d'annotation dans son casier judiciaire, nous n'avons aucune raison de l'exclure du parti. C'est dommage qu'il n'ait pas été élu.»

Jugement favorable

Par la voix de Philippe Loretan, son avocat valaisan, Christian Varone s'est dit «très soulagé et satisfait de cette décision». Il ne fera pas appel. L'avocate turque de M. Varone, Yasemin Mataraci, s'est félicitée après l'audience du verdict annoncé. «C'est ce que nous attendions, nous sommes satisfaits», a-t-elle dit à un journaliste de l'ats sur place.

M. Loretan ne cache pas que ce jugement est le plus favorable qui pouvait être rendu en relation avec ce qui s'est passé, même si un acquittement eut été préférable. Mais selon la loi turque, Christian Varone risquait jusqu'à 10 ans de prison.

Lors de l'audience de mardi, un autre avocat turc de M. Varone, Zafer Köken, avait demandé aux magistrats d'acquitter le Valaisan. «La pierre ramassée par mon client n'avait aucune valeur historique», avait-il une nouvelle fois répété.

Ce verdict arrive aussi au terme d'une campagne pour l'élection au Conseil d'Etat valaisan qui s'est achevée dimanche. M. Varone avait été candidat du PLR au premier tour.

Le président du PLR valaisan Georges Tavernier est content que cette histoire se termine bien. «Si il avait été élu au Conseil d'Etat, il aurait pu rester en poste», estime-t-il.

Avenir incertain

Le Conseil d'Etat valaisan indique mardi qu'il traitera cette affaire après analyse du jugement. La conseillère d'Etat Esther Waeber-Kalbermatten a cependant demandé ce jour à Christian Varone de se déterminer sur ce jugement et de prendre position sur ses conséquences quant à son avenir professionnel.

L'avenir de M. Varone, 49 ans, à la tête de la police cantonale valaisanne reste néanmoins incertain. Il est en congé jusqu'à la fin du mois, une mesure accordée par le Conseil d'Etat afin qu'il puisse mener campagne. Le gouvernement valaisan pourrait évoquer l'affaire Varone lors de sa séance hebdomadaire de mercredi.

Christian Varone n'a de son côté pas caché qu'il pourrait rebondir dans le privé. Il avait évoqué cette possibilité il y a deux semaines lorsqu'il a renoncé à maintenir sa candidature pour le second tour de l'élection. Il avait alors précisé que certaines opportunités s'étaient présentées et qu'il voulait prendre le temps de les analyser. (20 minutes/ats)

Cas similaire en France

En 2009, Domanick Murugan, un Français de 40 ans, père de famille a passé plus de trois mois en détention après la découverte par les douaniers d'une pierre archéologique dans ses bagages. Le Français avait acheté la pierre pour vingt euros à un vendeur d'Antalya et s'est fait pincer alors qu'il rentrait de vacances balnéaires avec sa femme et ses enfants.

En août 2009, la justice turque a reconnu Domanick Murugan coupable de recel d'antiquités et l'a condamné à un an et quinze jours de prison, ainsi qu'à 3300 livres turques d'amende (envion 1700 fr.), avec mise à l'épreuve pendant cinq ans. A l'époque, l'avocat de Dominik Murugan expliquait que les détentions de vacanciers étrangers étaient généralement beaucoup plus courtes, 3 à 4 semaines.

Avec ses quelques jours de détention et son jugement, Christian Varone a, semble-t-il eu plus de chance.

Rappel des faits

Le commandant de la police cantonale valaisanne avait été arrêté par la police turque le 27 juillet à l'aéroport d'Antalya avec, dans ses bagages, une pierre considérée comme un vestige archéologique.

Inculpé pour tentative de vol de bien culturel, il avait passé quelques jours en détention avant d'être remis en liberté et de regagner la Suisse. Le Saviésan avait affirmé avoir ramassé ce «caillou» comme un simple souvenir de vacances.

Plusieurs expertises ont été effectuées sur la valeur archéologique de cette pierre. Après deux premiers rapports contradictoires, un troisième a conclu que la pierre était le fragment d'une colonne datant de l'époque romaine et qu'elle constituait un vestige archéologique de valeur.

Candidat malheureux à l'élection au Conseil d'Etat, Christian Varone a bénéficié d'un congé octroyé par le gouvernement depuis le 23 novembre pour faire campagne. Il a décidé de prendre quelques jours de plus pour analyser diverses opportunités professionnelles.

Correctif

Contrairement à ce que nous vous annoncions en début de matinée, la peine n'est pas ferme et la justice turque ne parle pas non plus de sursis, mais de condamnation avec ajournement de peine.

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