Crise de la dette: Chypre annonce un plan B après un ultimatum
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Crise de la detteChypre annonce un plan B après un ultimatum

Paralysée par la crise financière, Chypre cherchait jeudi, sous la pression d'un ultimatum européen, à éviter coûte que coûte la ruine et la faillite de ses banques.

Les Chypriotes font encore et toujours la queue devant les distributeurs de billets.

Les Chypriotes font encore et toujours la queue devant les distributeurs de billets.

Un conseil des ministres a débuté vers 17h00 au palais présidentiel en fin d'après-midi à Nicosie pour adopter ce plan, dont aucun détail n'a filtré. Les chefs des partis de l'île sont arrivés un peu plus tard au palais.

Seule certitude, les autorités chypriotes ont renoncé à taxer les dépôts bancaires au profit d'un fonds de solidarité, mais sans préciser comment ce fonds serait financé et à quelle hauteur.

Vote reporté

Le Parlement chypriote a reporté à vendredi le vote sur des projets de loi instituant un fonds de solidarité et imposant une limitation des mouvements de capitaux pour éviter les retraits massifs à la réouverture des banques prévue mardi.

Les députés ont dit avoir besoin de plus de temps pour examiner cette législation, un point clé du «plan B» que les autorités chypriotes ont jusqu'à lundi pour présenter à l'Eurogroupe en vue de sauver les banques et l'île de la faillite.

Prêts à discuter

La zone euro s'est dite prête jeudi soir à discuter avec les autorités chypriotes d'une proposition alternative à la taxe des dépôts prévue dans le plan de sauvetage et qui a provoqué un tollé dans le pays (plan B).

«L'Eurogroupe se tient prêt à discuter avec les autorités chypriotes d'une nouvelle proposition qu'elles doivent lui soumettre le plus rapidement possible», indique le président de ce forum, Jeroen Dijsselbloem, dans un communiqué publié à l'issue d'une conférence téléphonique des ministres des Finances de la zone euro.

La zone euro est toujours disposée à venir en aide à Chypre, au bord de la faillite, «à condition que les paramètres définis au préalable soit respectés», affirme M. Dijsselbloem.

Les bailleurs de fonds potentiels de Nicosie -- UE et FMI-- refusent notamment de lui prêter plus de 10 milliards d'euros et tiennent à ce que sa dette n'aille pas au-delà de 100% du PIB en 2020.

Le temps presse

L'annonce samedi matin à Bruxelles d'un plan de sauvetage comprenant une taxe sur les dépôts bancaires au-dessus de 100'000 euros (122'000 francs) avait provoqué un tollé dans l'île. L'UE et le FMI souhaitent en outre que le pays mette en place une taxe sur les dépôts bancaires qui s'appliquerait uniquement aux dépôts au-dessus de 100'000 euros.

De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) a lancé le compte à rebours jeudi matin en annonçant qu'elle coupera lundi le robinet des liquidités aux banques chypriotes, à moins d'un accord acceptable entre Chypre et ses bailleurs de fonds. Les versements de ces liquidités «ne pourront être envisagées que si un programme UE/FMI est en place qui assure la solvabilité des banques concernées».

Files d'attentes

L'ultimatum de la BCE est venu s'ajouter à une tension déjà forte dans l'île mais aussi à Bruxelles et à Moscou. Jeudi, les files d'attentes se sont allongées à Nicosie devant les distributeurs automatique de la Laiki Bank, les clients craignant une fermeture définitive de la deuxième banque de Chypre. Plusieurs craignent de tout perdre aussi en cas de fusion avec la Bank of Cyprus.

La crise à Chypre pose un «risque systémique» pour la zone euro, a dit M. Dijsselbloem devant le Parlement européen. «Nous devons travailler à un programme qui mettra fin à ce risque».

Nicosie s'est aussi tournée vers Moscou, partenaire économique de premier plan et avec lequel les liens culturels sont très forts, pour demander de l'aide. Le ministre chypriote des Finances, Michalis Sarris, est en Russie depuis mardi pour essayer d'obtenir une extension du crédit de 2,5 milliards d'euros accordé à Nicosie en 2011 et qui arrive à terme en 2016.

Tension avec la Russie

La crise chypriote a provoqué une forte tension entre la Russie et l'Union européenne, les Russes ayant protesté contre les projets de taxer les dépôts des sociétés et ressortissants russes à Chypre qui dépasseraient, selon plusieurs estimations, les 20 milliards d'euros. Le premier ministre russe Dmitri Medvedev a ainsi tempêté contre la solution «absurde» envisagée par les Européens.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui se trouvait jeudi à Moscou, a assuré être «conscient des intérêts de la Russie». Mais il a aussi souligné se soucier «des conséquences (de la crise) pour les citoyens de Chypre».

Le «plan B» doit permettre à l'île, touchée de plein fouet par la crise grecque et la récession, de se sortir de la paralysie tout en garantissant la viabilité à long terme de son économie. Celle-ci repose essentiellement sur le tourisme et les placements étrangers, compte tenu du régime fiscal favorable aux entreprises. (ats/afp)

Standard and Poor's abaisse sa note d'un cran

Standard and Poor's (SP) a annoncé jeudi avoir abaissé d'un cran la note de la dette de Chypre, qui passe à CCC, et mis en garde contre une faillite du pays à l'heure où Nicosie négocie un nouveau plan d'aide avec ses créanciers de l'Union européenne et du FMI.

«Tout plan d'aide risque d'être impopulaire et difficile à appliquer dans un contexte de long et profond repli de l'économie (...). En conséquence, nous pensons que les risques d'un défaut sur la dette sont en train d'augmenter», écrit l'agence de notation dans un communiqué.

Refonte du système bancaire examinée

La Banque centrale chypriote a proposé une restructuration du secteur bancaire de l'île, plombé par son exposition à la dette grecque et menacé de banqueroute dans les prochains jours, a annoncé jeudi soir son gouverneur Panicos Demetriades.

La Banque centrale «a recommandé la présentation en urgence au Parlement et l'application immédiate d'un cadre législatif sur la réorganisation et la relance du système bancaire chypriote», a déclaré M. Demetriades avant d'entrer au palais présidentiel, où étaient réunis les responsables politiques du pays.

«Cette procédure de consolidation va parer au risque de faillite de banque et protéger dans leur intégralité tous les dépôts assurés jusqu'à un montant de 100'000 euros», a-t-il ajouté. «Elle met aussi en place les conditions d'une reprise du secteur bancaire et garantit les emplois», a-t-il ajouté.

«Cela sauverait la Popular Bank»

Une restructuration de la Popular Bank (Laiki en grec) de Chypre en mauvaises et bonnes banques la «sauverait de la faillite», a déclaré jeudi soir Averof Neophytou, le chef en exercice du parti Disy (droite) du président Nicos Anastasiades.

«Je pense que nous éviterons la faillite de la Popular Bank et les 8000 emplois seront maintenus», a déclaré M. Neophytou aux journalistes après une réunion des chefs des partis politiques à Nicosie.

Selon lui, cette restructuration fournirait une protection à 100% aux 361'000 des 379'000 comptes à la banque, le reste n'ayant pas de protection garantie dans la mesure où ils dépassent le seuil de 100'000 euros fixé pour les dépôts garantis.

La Popular Bank, très menacée, limite les retraits d'espèces

La Popular Bank, deuxième banque de Chypre et l'une des plus menacées de faillite dans les prochains jours en raison de son exposition à la dette grecque, a annoncé jeudi soir une limitation à 260 euros par jour à ses guichets automatiques.

L'ensemble des banques du pays sont fermées depuis le 16 mars, dans l'attente d'un plan de sauvetage de l'île au bord de la banqueroute, et les files d'attente se sont particulièrement allongées jeudi aux distributeurs de la Popular Bank, sur fond de rumeurs de fermeture ou de fusion.

Alors que les responsables politiques du pays étaient encore réunis au palais présidentiel pour examiner un plan B, quelque 200 personnes manifestaient devant le Parlement.

«Ne touchez pas à Laiki», «Maintenant la Laiki Bank, et quoi ensuite ?» scandaient les manifestants, parmi lesquels beaucoup de femmes, alors qu'un important dispositif policier bloquait tout accès au bâtiment.

Beaucoup de manifestants ont crié leur colère contre l'Allemagne et sa chancelière Angela Merkel, estimant leur devoir les conditions imposées en échange du plan de sauvetage pour l'île et ses banques au bord de la faillite. «Nous ne serons pas les esclaves de l'Allemagne», proclamait une pancarte.

La première banque du pays, Bank of Cyprus, a exhorté jeudi les responsables politiques de l'île à parvenir d'urgence à un accord avec l'Eurogroupe sur un plan d'aide pour éviter la ruine de l'île.

«L'économie de Chypre est au bord (de la ruine) et dans un état fragile», affirme la banque dans un communiqué. «La prochaine étape pourrait marquer son salut ou sa destruction,», a-t-elle ajouté.

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