Chypre: Chypre évite la banqueroute
Actualisé

ChypreChypre évite la banqueroute

Le président chypriote Nicos Anastasiades a reconnu lundi soir que l'accord conclu avec l'UE et le FMI sur le sauvetage de Chypre était «douloureux» mais a estimé que l'île méditerranéenne s'en remettrait, dans un discours télévisé.

Chypre a évité la banqueroute grâce à un plan de sauvetage de dernière minute. Ses deux principales banques en paieront néanmoins le prix, de même que la zone Euro qui ne sort pas indemne d'une semaine de fortes tensions.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est dit lundi «très satisfaite» du plan qui «évite la banqueroute» de l'île méditerranéenne, membre de l'Union européenne (UE) depuis 2004 et de la zone Euro depuis 2008.

Le plan «se concentre sur les deux banques qui posent problème et la protection entière des dépôts dans toutes les banques», a relevé la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde.

Mais le prix à payer par Nicosie est très élevé. La deuxième banque du pays, la Laïki Bank (Popular Bank en anglais), sera mise en faillite de manière ordonnée. Elle sera scindée entre une «bad bank», entité résiduelle amenée à disparaître progressivement, et une «good bank», où seront regroupés les dépôts inférieurs à 100'000 euros (122'251 francs), qui bénéficient d'une garantie publique dans l'UE.

Restructuration drastique

Cette mesure va diminuer considérablement la taille du secteur bancaire chypriote, jugé surdimensionné par rapport à l'économie de l'île puisqu'il représente environ huit fois son produit intérieur brut (PIB).

La première banque du pays, la Bank of Cyprus, reprendra à terme les dépôts garantis de Laïki Bank, ainsi que les dettes de celle-ci envers la Banque centrale européenne (BCE). Ces dernières s'élèvent à 9 milliards d'euros.

Les titulaires de comptes dépassant 100'000 euros auprès de la Bank of Cyprus vont subir une ponction de l'ordre de 30% de leurs avoirs, a indiqué le porte-parole du gouvernement chypriote Christos Stylianides.

Initialement favorablement accueilli par les marchés, ce plan semblait toutefois moins les convaincre en fin de journée lundi. L'Euro tombait sous la barre des 1,29 dollar et les Bourses mondiales se sont retournées après une ouverture positive.

Réformes structurelles

Outre la restructuration du secteur bancaire, les autorités chypriotes vont également signer dans les prochaines semaines avec la troïka (UE, BCE, FMI) un protocole d'accord prévoyant des réformes structurelles, des privatisations et une hausse de l'impôt sur les sociétés qui passera de 10 à 12,5%.

Parmi les efforts demandés figurera la lutte contre le blanchiment d'argent, en fonction des résultats d'un audit imminent. En échange, une aide allant jusqu'à 10 milliards d'euros sera fournie essentiellement par le pare-feu de la zone Euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES), mais comprendra un apport du Fonds monétaire international (FMI) qui reste à chiffrer.

Cas spécifique

Se voulant rassurant, le président des ministres des Finances de la zone Euro, Jeroen Dijsselbloem, a assuré lundi que Chypre était un cas spécifique. Le plan de sauvetage ne saurait servir de modèle pour régler d'autres problèmes à l'avenir. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a appelé à l'application «le plus vite possible» de l'accord.

Le parti communiste chypriote Akel, au pouvoir jusqu'en février, a dénoncé l'accord qui, selon lui, ne servira qu'à aggraver la crise, entraînant plus de chômage et la fermeture de nombreuses petites entreprises. Le chef de la puissante Eglise orthodoxe de Chypre, Chrysostomos II, a jugé que l'accord était meilleur que le précédent.

Le président chypriote Nicos Anastasiades a reconnu lundi soir dans un discours télévisé que l'accord était «douloureux» mais a estimé que l'île s'en remettrait.

Les autorités chypriotes n'auront pas besoin de repasser devant le Parlement pour adopter le nouveau plan de sauvetage. Mais celui-ci doit encore être approuvé d'ici mi-avril par plusieurs Parlements de pays de la zone Euro, dont l'Allemagne. Le premier versement de l'aide devrait avoir lieu début mai.

Appui de la Russie

Le président russe Vladimir Poutine a demandé au gouvernement d'étudier «les conditions d'une restructuration» du prêt de 2,5 milliards d'euros accordé par Moscou à Chypre en 2011, comme le demandait Nicosie. «Compte tenu des décisions prises par l'Eurogroupe, M. Poutine estime possible de soutenir les efforts du président de Chypre et de la Commission européenne pour résoudre la crise», a déclaré le porte-parole du Kremlin.

Nicosie va toutefois restreindre les mouvements de capitaux pour éviter leur fuite. La plupart des banques du pays, fermées depuis le 16 mars rouvriront jeudi, a indiqué tard lundi soir le ministre des finances Michalis Sarris. (afp)

Ton opinion