Cinq ans de prison pour le chauffeur de Ben Laden
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Cinq ans de prison pour le chauffeur de Ben Laden

Le chauffeur d'Oussama Ben Laden, Salim Hamdan, a été condamné à cinq ans et demi de prison pour «soutien matériel au terrorisme». L'accusation avait requis «au moins trente ans» de prison.

La peine a été annoncée par les six jurés qui l'avaient reconnu coupable mercredi cans le cadre de la juridiction d'exception mise en place sur la base américaine de Guantanamo. Les jurés n'avaient toutefois pas retenu l'inculpation de «complot» contre ce Yéménite d'une quarantaine d'années.

Salim Hamdan, qui a déjà passé plus de six ans à Guantanamo, n'aurait plus à purger que quelques mois depuis la date où il a été inculpé. Mais le Pentagone a déjà rappelé qu'il ne devrait pas être libéré. Il reste en effet pour les Etats-Unis un «combattant ennemi», ce qui leur permet de le garder détenu indéfiniment.

Excuses

Lors de l'audience de jeudi, l'accusé avait pris la parole pour la première depuis le début de son procès, le 21 juillet. «C'était quelque chose de triste et de désolant de voir ces gens innocents tués», a-t-il déclaré. «Je leur présente mes excuses personnelles si quoi que ce soit que j'aie fait a pu leur faire du mal», a-t-il ajouté, s'exprimant en arabe.

Il a évoqué le cas d'un ressortissant australien, David Hicks qui avait plaidé coupable des mêmes charges en mars 2007 et avait obtenu une réduction de sa peine à neuf mois de prison - comprises les années déjà effectuées à Guantanamo - et un retour dans son pays.

«Ils l'ont condamné à neuf mois et il a fini de purger sa peine dans son pays. Il est libre avec sa famille, maintenant, avec ses enfants», a-t-il argumenté avec calme.

«Mauvaises décisions»

La défense avait pour sa part demandé une peine inférieure à 45 mois de prison. «Il a pris une série de mauvaises décisions», a argumenté un de ses avocats Charles Swift pour qui, aujourd'hui il ne représente plus aucun danger.

Il a aussi rappelé que son client s'était montré très coopératif avec les forces américaines après son arrestation, les guidant notamment vers plusieurs sites d'Al Qaïda.

La défense a cité mercredi une psychiatre qui a eu de multiples entretiens avec le détenu. Elle a dressé le portrait d'un homme «reconnaissant» à son employeur Oussama ben Laden de l'avoir traité avec respect et bien payé, mais peu intéressé par l'idéologie d'Al- Qaïda, une affirmation mise en doute par l'accusation.

30 ans requis

Le procureur John Murphy avait pour sa part requis une peine de prison qui ne soit «pas inférieure à trente ans». Il a demandé au jury de faire «justice à toutes les victimes du soutien matériel au terrorisme» et d'envisager la prison à vie.

«Quand vous examinez les faits dans cette affaire, vous devriez considérer (de le) condamner à la prison à vie», a-t-il plaidé. Une sentence sévère aura «un effet si bénéfique que les autres y repenseront à deux fois avant de s'allier avec Oussama ben Laden ou le prochain Oussama ben Laden», a-t-il ajouté.

Procès-test

Salim Hamdan était jugé par un tribunal militaire d'exception, une première depuis la Seconde guerre mondiale, mis en place par les Etats-Unis pour juger les détenus de Guantanamo pour «crimes de guerre» dans le cadre de «la guerre contre le terrorisme».

«Hamdan n'était qu'un très petit poisson dans la mare d'Al- Qaïda», explique Jonathan Drimmer, un professeur de droit spécialisé dans le crime de guerre. Pour lui, M. Hamdan a «de manière évidente été choisi pour le premier procès-test afin de dénouer les noeuds de ce nouveau système juridique et que l'accusation puisse se préparer à des affaires plus ardues». (ats)

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