Hong Kong - Cinq dirigeants du journal prodémocratie Apple Daily arrêtés
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Hong KongCinq dirigeants du journal prodémocratie Apple Daily arrêtés

Ces arrestations constituent la dernière opération policière en date visant le journal, qui a apporté un soutien sans faille au mouvement prodémocratie.

La plupart des responsables du journal, tels que le rédacteur en chef d’Apple Daily Ryan Law, ont été arrêtés à leurs domiciles avant d’être emmenés au journal.

La plupart des responsables du journal, tels que le rédacteur en chef d’Apple Daily Ryan Law, ont été arrêtés à leurs domiciles avant d’être emmenés au journal.

AFP

La police de Hong Kong a arrêté jeudi cinq responsables du journal prodémocratie Apple Daily, dont son rédacteur en chef, lors de la seconde perquisition en moins d’un an de la salle de rédaction de ce quotidien dans le viseur des autorités. Ces arrestations au nom de la drastique loi sur la sécurité nationale sont l’ultime coup porté contre le tabloïd du magnat Jimmy Lai, actuellement en détention pour avoir participé en 2019 à certaines manifestations prodémocratie.

Plus de 500 policiers ont pris part, jeudi au petit matin, à cette opération en lien avec des articles publiés par l’Apple Daily «appelant à des sanctions» contre Hong Kong et les dirigeants chinois, selon la police. Les cinq dirigeants ont été arrêtés «pour collusion avec un pays étranger ou avec des éléments externes visant à mettre en danger la sécurité nationale». «Tous sont des dirigeants d’Apple Daily. Ils connaissent donc très bien les activités quotidiennes de l’entreprise», a affirmé à la presse le commissaire principal Steve Li. Selon lui, leurs fonctions font qu’ils sont «responsables du contenu, du style et des règles en matière de reportage».

Le rédacteur en chef d’Apple Daily, Ryan Law, le 13 mai 2021, dans les bureaux du journal.

Le rédacteur en chef d’Apple Daily, Ryan Law, le 13 mai 2021, dans les bureaux du journal.

AFP

La police a également annoncé que dix-huit millions de dollars de Hong Kong (2 millions d’euros) d’actifs détenus par Apple Daily avaient été gelés en vertu de la loi sur la sécurité nationale imposée en 2020 par Pékin. Il s’agit de la première saisie d’actifs réalisée à Hong Kong visant une entreprise de presse. Le journal a diffusé en direct sur Facebook des vidéos montrant la descente de police. Sur ces images, des policiers apparaissent en train d’installer un périmètre de sécurité, de pénétrer dans le bâtiment, de perquisitionner la salle de rédaction et de s’intéresser de près aux ordinateurs des journalistes.

La liberté de la presse «ne tient plus qu’à un fil»

Le journal prodémocratie Apple Daily a estimé jeudi que la liberté de la presse à Hong Kong ne tient «qu’à un fil» quelques heures après l’arrestation de cinq de ses dirigeants et une perquisition au sein de sa salle de rédaction. «Apple Daily subit une répression ciblée de la part du régime», a affirmé à ses lecteurs le journal dans un message écrit sur son application. «La protection de la liberté de la presse à Hong Kong ne tient qu’à un fil. Tous les membres d’Apple Daily resteront debout et déterminés».

Mains attachées

Les policiers, venus en nombre, «sont arrivés vers 7h00 (23h00 GMT mercredi) ce matin, notre immeuble est assiégé», a indiqué un journaliste non identifié, entendu sur l’une des vidéos. «Les policiers nous empêchent d’utiliser une grande quantité de nos équipements. Mais nous pouvons encore conserver cette caméra qui diffuse en direct et notre site Internet sera mis à jour», a poursuivi le journaliste.

Des policiers quittent les bureaux du journal Apple Daily à Hong Kong. Plus de 500 policiers ont pris part à cette opération. 

Des policiers quittent les bureaux du journal Apple Daily à Hong Kong. Plus de 500 policiers ont pris part à cette opération.

AFP

La plupart des responsables du journal ont été arrêtés à leurs domiciles avant d’être emmenés au journal. Le rédacteur en chef Ryan Law et le PDG Cheung Kim-hung ont été conduits dans le bâtiment avec les mains attachées dans le dos. Le média prodémocratie en ligne Stand News a publié des photos de la porte défoncée du domicile de Chan Pui-man, adjoint de Ryan Law. La Bourse de Hong Kong a annoncé dans la foulée la suspension des échanges d’actions de Next Digital, le groupe de médias de Jimmy Lai.

En un an, le climat politique s’est considérablement dégradé dans l’ancienne colonie britannique avec la répression implacable du mouvement prodémocratie qui a mobilisé massivement dans les rues en 2019 la population contre les ingérences de Pékin. L’instrument de cette reprise en main consiste en une loi draconienne sur la sécurité nationale imposée par Pékin ainsi qu’une réforme visant à s’assurer que seuls «des patriotes gouvernent Hong Kong». Cette loi, qui prévoit des peines de prison à vie, s’attaque aux infractions relevant de la sécession, de la subversion, du terrorisme et de la collusion avec les forces étrangères. Dans les faits, sa formulation très floue a permis de réprimer toute voix dissidente.

Soutien indéfectible

Le milliardaire Jimmy Lai, propriétaire du journal qu’il a créé en 1995, a été accusé de collusion après le raid mené en août. L’homme de 73 ans est actuellement emprisonné en vertu de plusieurs condamnations pour avoir participé à certaines manifestations prodémocratie. L’Apple Daily a apporté un soutien indéfectible à ce mouvement depuis 2019, des manifestations d’envergure qui ont parfois dégénéré en violences.

Pékin n’a jamais caché son désir de faire entrer ce journal dans le rang, ou au moins d’étouffer sa voix. Les médias officiels accusent régulièrement Jimmy Lai d’être un «traître» et d’être l’instigateur de l’immense mouvement de contestation. Et de hauts responsables du Parti communiste le considèrent comme coupable de crimes envers la sécurité nationale.

La police a justifié par cette loi le gel en mai des comptes bancaires de Jimmy Lai et de sa participation majoritaire dans le capital de Next Digital. C’était la première fois que cette législation était utilisée pour geler la participation d’un actionnaire majoritaire d’une société cotée en Bourse. De nombreuses puissances occidentales estiment que la reprise en main de Hong Kong par Pékin a mis fin au principe «Un pays, deux systèmes» qui avait présidé à la rétrocession de l’ex-colonie britannique par Londres en 1997. Il devait garantir au territoire une très large autonomie jusqu’en 2047.

Le rédacteur en chef de l’Apple Daily avait reconnu en mai à l’AFP que le journal était «en crise» depuis l’emprisonnement de son patron, assurant néanmoins que les journalistes étaient déterminés à continuer la publication. Au cours d’une récente discussion publique, des employés lui ont demandé que faire s’il était arrêté. «Diffusez-le en direct», avait-il répondu.

(AFP)

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