Actualisé 16.07.2019 à 10:02

Lausanne

Citer la nationalité, est-ce appeler un chat un chat?

La police lausannoise a déclaré lundi qu'elle continuera à mentionner la nationalité des personnes interpellées. Dans une résolution, la gauche avait demandé que cette indication ne soit plus systématique.

de
apn/ats

Pourquoi indiquer de manière systématique la nationalité des personnes interpellées par la police municipale lausannoise? La résolution de l'élue socialiste Thanh-My Tran-Nhu a été traitée par l'exécutif de la capitale vaudoise. Dans un communiqué daté du 11 juillet dont 24 heures.ch s'est fait l'écho, le syndic Grégoire Junod a indiqué qu'il n'y aurait pas de changement par rapport à la pratique actuelle. En effet, après concertations avec le Ministère public vaudois et des communicants de la police, Lausanne a décidé de ne pas s'écarter de la position de la Conférence des commandants des polices cantonales de Suisse, qui préconise d'indiquer la nationalité des personnes interpellées.

Mentionner l'origine ou pas?

Le débat sur l'évocation de la nationalité est d'actualité depuis que la police municipale de Zurich a décidé, en 2017, de ne plus mentionner de manière systématique l'origine des personnes ayant maille à partir avec les forces de l'ordre. Le mois dernier, l'UDC zurichoise est revenue à la charge. Un postulat exigeait que l'origine soit divulguée. «Ne pas nommer les nationalités des délinquants est une farce et une censure», selon l'UDC. Le postulat a été balayé par le parlement communal zurichois: 100 voix contre et 17 pour.

Attiser la xénophobie ou faire preuve de transparence

Si pour certains, mentionner la nationalité des délinquants présumés contribue à attiser la xénophobie, notamment sur les réseaux sociaux, pour d'autres, l'égalité de traitement doit être la règle. Roger Schneeberger, secrétaire général de la Conférence des directeurs cantonaux de justice et police, lie la pratique actuelle à un besoin de transparence: «Il ne faut pas cacher des informations à la population, au risque de renforcer les ressentiments.»

Une position qui change en fonction des cantons

La pratique diffère selon les cantons. La police vaudoise divulgue «systématiquement l'âge, l'origine et le domicile des auteurs ou victimes présumés, qu'ils soient Suisses ou étrangers», avait indiqué un porte-parole de la police vaudoise au «Temps».

Dans le canton de Zurich, l'UDC a déposé une initiative obligeant la police a préciser aux médias la nationalité, l'âge et le sexe des auteurs présumés de délits et des victimes. Et sur demande encore, si l'auteur ou la victime sont issus de la migration.

La police genevoise, elle, module ses communiqués en fonction des différents canaux. «Sur Facebook, nous omettons systématiquement la nationalité pour ne pas susciter de commentaires», indique Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police genevoise. A Neuchâtel, la police indique la nationalité des auteurs et des victimes «seulement s'il y a un intérêt prépondérant pour la compréhension du contexte ou de l'affaire».

A Soleure, les citoyens ont accepté en 2012 une initiative de l'UDC obligeant la police et la justice à donner la nationalité des délinquants. Idem à Saint-Gall depuis 2010, après un texte des Jeunes UDC.

De la responsabilité du journaliste

Qu'en pense le Conseil suisse de la presse? «La décision de mentionner ou non la nationalité des auteurs de délits fait partie de la responsabilité de chaque journaliste. Dans un cas concret, la mention de la nationalité peut apporter un élément d'information important. Ne jamais mentionner la nationalité peut ouvrir le champ aux rumeurs, par exemple par rapport à la statistique d'auteurs de délits et à leur nationalité», a déclaré Ursina Wey, la directrice cette instance, à Keystone-ATS.

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