Suisse: Classes d'intégration: les performances critiquées
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SuisseClasses d'intégration: les performances critiquées

Une étude pilote a permis de démontrer que les classes d'intégration n'atteignent pas certains minimaux requis.

par
Pascal Schmuck
Zurich
Les classes d'intégration remplissent leur rôle, mais suscitent des interrogations en termes de performances.

Les classes d'intégration remplissent leur rôle, mais suscitent des interrogations en termes de performances.

Keystone

Une étude pilote s'est penchée pour la première fois sur les classes d'intégration destinées aux enfants dont le niveau ne leur permet pas de suivre un enseignement normal. Ont été notamment évalués l'intégration et le comportement des élèves mais également leur performance. Et c'est sur ce dernier point que l'étude met à jour de grandes lacunes, explique le Tages-Anzeiger dans son édition du 22 novembre.

La Haute Ecole Intercantonale en pédagogie curative a mené l'enquête en 2016 dans 27 classes de niveau intermédiaire dans les cantons de Zurich, Saint-Gall et Schwyz. Comme l'inscription était volontaire, les résultats ne sont pas considérés comme représentatifs. Outre les 429 élèves, l'étude s'est également intéressée au corps enseignant, aux pédagogues et aux parents.

Différence de perception

Elle a ainsi permis de mettre en lumière que deux tiers des élèves nécessitant un soutien n'atteignaient même pas le niveau minimal en mathématiques et en allemand.

L'enquête a également souligné la différence de perception entre l'encadrement scolaire et les enfants. Le corps enseignant juge l'intégration des élèves en termes de sociabilité et de performance «nettement plus problématique que leurs propres écoliers».

La directrice de l'étude Simona Altmeyer recommande donc que les maîtres d'école suivent une formation continue afin de les sensibiliser à la question, car ce sont eux qui sont décisifs pour le parcours scolaire des enfants.

Manque de ressources décrié

Franziska Peterhans, de l'association faîtière des enseignants alémaniques (LCH), s'élève contre ces conclusions. «Il est cynique de faire porter la responsabilité sur les professeurs. Ils doivent remplir des tâches très exigeantes avec des moyens nettement insuffisants.» Et de rappeler que les enseignants ne sont soutenus qu'à certaines heures par les pédagogues pour des enfants aux besoins spécifiques.

Le problème de la formation est également évoqué, ces responsables de classe n'ayant souvent pas le diplôme requis. Il s'agit parfois d'assistants sans formation pédagogique. La situation ne devrait pas s'améliorer puisque les cantons réduisent toujours plus les budgets dévolus à la formation. «Dans ces conditions, je suis donc pessimiste pour le succès de ces classes», prédit Franziska Peterhans.

Le problème a été relevé par l'étude, qui indique que deux tiers des 80 enseignants et pédagogues interrogés déplorent le manque de ressources pour un soutien approprié des enfants.

La performance ou l'intégration

Bernard Gertsch, président de l'association des directeurs d'établissements, met en garde contre des attentes trop élevées. «La formation continue des professeurs n'y changera rien. Pour que l'intégration fonctionne, il faut un engagement social clair ainsi que des ressources humaines et techniques suffisantes.»

Il estime également que l'étude pilote a été faussée par le manque de motivation des écoliers. «Quand il n'y pas de note, de nombreux élèves ne se sentent pas obligés de se surpasser.» A son avis, le problème est ailleurs. «L'école a pour mission d'encourager mais aussi de sélectionner, ce qui intervient au détriment de l'intégration. Il faut donc choisir: la performance ou l'intégration.»

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