Actualisé 18.01.2007 à 21:03

Claude Nobs est l'«homme de l'année» pour le MIDEM

LAUSANNE – Lundi, le Marché international de la musique, le MIDEM, couronnera Claude Nobs «Personnalité de l'année».

– Comment accueillez-vous ce titre?

– Cela me touche beaucoup. Surtout en regardant mes prédescesseurs: Bruce Lundvall, Quincy Jones, Ertegun... Des personnes très importantes! Et il y a peu d'Européens qui ont reçu cette distinction. Je crois que je suis le seul patron de festival qui a reçu ce titre.

– Vous vous en doutiez?

– Pas du tout! J'avais reçu une distinction il y a quelques années avec d'autres personnes. Je ne sais plus quoi, mais ça n'a rien à voir avec ça. C'est prestigieux et cela n'arrive qu'à une personne dans l'année! (Rires.) Et c'est aussi la première fois que cela arrive hors de l'industrie du disque.

– Votre passé chez Warner a peut-être joué...

– Peut-être. Je n'ai pas eu une carrière à proprement parler. Même si j'ai été directeur, je faisais plus de relationnel avec les artistes. C'est ma spécialité – et ça l'est encore.

– Ce serait alors pour votre amour de la musique?

– Peut-être le fait que cela sera ma 41e année au MIDEM. J'ai aussi beaucoup travaillé avec eux sur le côté artistique car ils n'avaient pas de live. J'ai amené George Benson, Bette Midler, des musiciens brésiliens... J'ai participé au début du live du MIDEM, quoi.

– Vous vous sentez comme chez vous là-bas, non?

– Je vais toujours dans le même hôtel et je commence à connaître tout le monde, c'est vrai. Je vais dîner avec les copains, les gens des maisons de disques, les artistes...

– Si un jeune artiste inconnu vous aborde dans la rue, que lui dites-vous?

– On est toute une équipe à descendre, donc on s'entraide. Car c'est clair que je ne peux pas passer une heure avec chaque artiste. On rassemble les vidéos, les albums, et on écoute ensuite. Et parfois on découvre la perle rare, comme Paolo Noutini, qui fait un triomphe maintenant.

– Courez-vous plus au MIDEM qu'à Montreux?

– Non, je n'ai qu'à traverser la rue pour aller au Centre des Congrès, c'est tout. Et les rendez-vous se font à l'hôtel.

– Vous profitez souvent de ce marché pour annoncer les surprises de Montreux. Cette année, ce sera quoi?

– On n'a qu'un ou deux noms pour l'instant. Mais je peux vous dire que Van Morrison viendra pour trois soirées spéciales.

– Et l'affiche? Est-elle prête?

– L'affiche vient d'être terminée et je la présenterai la semaine prochaine. Elle est rigolote et étonnante! L'artiste s'appelle Katrine Pedurstdottir. Elle est islandaise et habite à Hongkong. Elle fait des trucs drôles. Faudra pas être choqué!

– Des artistes ont-ils déjà refusé de venir à Montreux pour cause d'ego surdimensionné?

– Non. Le problème viendrait plutôt de la production. Si un artiste fait une tournée avec quinze semi-remorques, c'est difficile. C'était le cas pour REM. Mais il a quand même réussi à venir avec un seul camion. Il a même refusé d'autres festivals qui lui offraient pourtant plus d'argent. Il y a un côté humain, on sort du business pur et dur. J'adore ça!

– Vous reconnaît-on dans des endroits à dix mille lieues de Montreux?

– Quand je vais au Blue Note à Tokyo et que je m'assieds dans mon coin, c'est vrai qu'il y a toujours un artiste qui va me saluer sur scène, ou le patron qui m'annonce. Alors ils se lèvent tous pour s'incliner. (Rires.) C'est très sympa.

– Quelle récompense vous comblerait le plus?

– Pas une récompense personnelle. J'ai toujours lutté contre la piraterie. Et il faut trouver des solutions qui contentent les artistes comme le public. Il faudrait que l'accès soit suffisamment bon marché pour que l'artiste gagne sa vie et que le public puisse acheter l'album.

– Enfin, que dites-vous aux petites associations qui tentent de survivre?

– Je pense d'abord qu'il y a un danger dans la multiplication des festivals. Ce n'est pas par égoïsme, mais on les a compté l'été dernier: il y en avait 250! C'est trop! Ils se cassent la figure. C'est même dangereux pour les autres car il y a une sorte de cannibalisme. Ils doivent trouver un autre créneau. Si c'est pour aligner trois noms et gagner quatre sous, ce n'est pas bien. Nous-mêmes, nous tentons des trucs nouveaux alors que nous pourrions ronronner dans notre coin. Il faut des nouveaux concepts!

Elsa Duperray

Christian Zacharias, Directeur artistique de l'Orchestre de chambre de Lausanne a été élu artiste de l’année aux MIDEM Classical Awards 2007

Ton opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!