Actualisé 18.12.2013 à 15:05

Alimentation

Clones interdits, leur descendance autorisée

Pour ne pas indisposer ses partenaires commerciaux, la Commission européenne a renoncé à bannir la vente de viande ou de lait des descendants des animaux clonés.

La Commission européenne a proposé mercredi d'interdire le clonage animal à but alimentaire dans l'UE. Mais elle a renoncé à bannir la vente de viande ou de lait des descendants des animaux clonés pour ne pas indisposer ses partenaires commerciaux, notamment américains. «La Commission propose d'interdire la technique du clonage pour les animaux d'élevage et d'interdire l'importation d'animaux clonés vers l'UE», a annoncé le commissaire européen chargé de la Santé, Tonio Borg, au cours d'une conférence de presse.

Interdire la technique

«Nous proposons d'interdire la technique du clonage à des fins alimentaires et les importations d'animaux clonés», a-t-il insisté. «Mais nous ne faisons pas de proposition sur l'étiquetage» pour la viande de bovins descendants d'animaux clonés, a-t-il ajouté. «Cela ne veut pas dire que nous n'en avons pas parlé pendant la réunion» de la Commission. «Nous avons discuté de toutes les possibilités, y compris de l'étiquetage de la viande de bovins descendants d'animaux clones, et jugé qu'il fallait procéder à une analyse approfondie», a dit M. Borg.

Jusqu'à 500'000 tonnes importées par an

Au sein de l'Union européenne, le clonage animal à but alimentaire ne se pratique qu'au Danemark. La viande de clones ne se mange pas en raison du prix très élevé de ces spécimens. Mais leurs embryons et semences sont commercialisés et exportés, et leurs descendants sont élevés en particulier aux Etats-Unis, en Argentine, au Brésil et en Uruguay. L'UE importe chaque année entre 300'000 et 500'000 tonnes de viande bovine des Etats-Unis et d'Argentine, pays qui ont autorisé le clonage à des fins commerciales, mais n'ont aucun système de traçabilité.

En porte-à-faux avec le Parlement

La Commission, le Parlement européen et les gouvernements avaient échoué une première fois en 2011 à s'entendre sur un encadrement, après trois ans de négociations infructueuses, les Etats jugeant exagérées les exigences de traçabilité des eurodéputés. Le Parlement exigeait une traçabilité très poussée pour informer les consommateurs de toute trace de viande issue de bête clonée en remontant à plusieurs générations. Cela aurait imposé aux Etats-Unis et à l'Argentine de mener des contrôles qu'ils ne veulent pas réaliser. L'Union européenne aurait été obligée de bloquer les importations, au risque d'une nouvelle guerre commerciale similaire à celle provoquée jadis par l'interdiction du boeuf américain aux hormones. L'UE négocie avec les Etats-Unis un accord de libre-échange qui porte notamment sur les normes.

Pas de viande clonée en Suisse

En Suisse, les denrées alimentaires issues d'animaux clonés ne sont pas disponibles sur le marché, selon l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Aucun animal n«a encore fait l«objet de cette technologie et aucun clone n«a été importé, écrit-il sur son site internet. Des descendants de clones vivent toutefois en Suisse. On y trouve quelques centaines de boeufs de deuxième ou troisième génération dont les ancêtres étaient des clones, a précisé à l'ats une porte-parole de l'OFSP, Sabina Helfer. L'Office fédéral précise qu'il n'y a aucun risque à consommer de la viande d'animaux clonés, mais que les objections sont plutôt d'ordre éthique. Il suit le développement international de ce dossier, notamment au sein de l'UE, et évalue la nécessité d'adapter et de préciser les bases légales en conséquence, précise Mme Helfer. Le projet de révision totale de la loi sur les denrées alimentaires prévoit déjà une base légale pour prendre d'éventuelles mesures. Une des dispositions permet au Conseil fédéral de limiter, voire d«interdire, certaines méthodes d«élevage, comme le clonage. Les Chambres fédérales discutent actuellement de ce projet. (ats)

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