Environnement - Cointrin: les Verts veulent bannir les vols court-courriers
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EnvironnementCointrin: les Verts veulent bannir les vols court-courriers

Une ONG a étudié cinq scénarios de reprise post-Covid pour Genève aéroport. Un seul respecte les engagements climatiques du Canton.

par
Maria Pineiro
Les compagnies low cost ont contribué à l’essor rapide du nombre de passagers à Cointrin.

Les compagnies low cost ont contribué à l’essor rapide du nombre de passagers à Cointrin.

Lucien Fortunati/TDG

Vous pensiez que la diminution du nombre de vols en 2020 à Cointrin suffisait pour répondre à l’urgence climatique? Raté, selon le bureau d’ingénieur Noé21, qui a étudié cinq scénarios de sortie de crise et leurs conséquences en termes d’émissions de CO2. «Alors que la reprise s’amorce, c’est le bon moment pour réfléchir à l’avenir de la plateforme, a avancé Delphine Klopfenstein-Broggini, présidente des Verts genevois, commanditaires du document. Nous voulons ouvrir le débat sur le modèle à suivre.»

Cinq scénarios

Sous la loupe: l’augmentation à 25 millions de passagers annuels prévue par le Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique, le maintien de la situation de 2020 (soit une baisse de près 60% de l’activité), ou la stabilisation à la fréquentation pré-Covid, avec 19 millions de clients. Ces deux derniers scénarios sont également analysés si l’on envisage un transfert modal en train quand cela est réaliste en matière de durée. Les taux de transfert envisagés sont de 100% pour des destinations dont le trajet en train dure moins de quatre heures, de 50%, si le voyage s’étend de 4 à 6 heures, de 30% entre 6 et 12 heures. Au-delà d’une demi-journée de déplacement, l’alternative par le train n’entre pas en ligne de compte. Parmi les destinations qui pourraient être concernées, Paris, Bruxelles ou encore Zurich. Les Verts sont conscients que les connexions entre les villes devront être améliorées et les tarifs rendus plus attractifs qu’ils ne le sont actuellement. Aujourd’hui, ont-ils illustré, pour se rendre à Bruxelles par le rail, il faut encore passer par Paris. Pour les trajets de durée moyenne, la possibilité de voyager en trains de nuit est mise en avant.

La crise sanitaire n’a pas suffi

Parmi les cinq modèles de reprise, quatre ne permettront pas d’atteindre les objectifs de réduction de CO2 fixés par le Canton, à savoir une baisse de 60% à l’horizon 2030, par rapport à 1990. L’année 2020, malgré une chute drastique de l’activité aérienne a vu la pollution s’établir au-dessus du seuil de 400’000 tonnes de gaz carbonique émis. En 2019, c’est 1,3 million de tonnes qui était parti dans l’atmosphère. «La surprise, c’est que seul le scénario qui maintient l'activité de 2020 et introduit un transfert vers le rail respecte les engagements climatiques du Conseil d’État, a souligné Jérôme Strobel, auteur de l’étude. C’est vertigineux! Cela montre à quel point il va falloir faire baisser ces chiffres rapidement et vigoureusement.»

La Confédération aux manettes

Cointrin n’a pas souhaité s’exprimer sur cette étude. La direction rappelle que l’aéroport «opère sur la base d’une concession fédérale qui impose une mission légale à accomplir, un service à offrir». Elle précise que le cadre de développement est guidé par la Confédération, en collaboration avec le Canton. «C’est à la Confédération, ou à Genève, de se prononcer si un changement du Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique doit être envisagé.»

Faire des choix

Pour autant, les Verts n’entendent pas fermer l’aéroport de Genève, qu’ils estiment nécessaire au canton, à la région et à la Genève internationale. Néanmoins, avec beaucoup moins de vols, il faudra faire des choix, guidés par les intérêts économiques des entreprises locales, des communautés ou des organisations établies au bout du lac. Ainsi, une liaison avec Lisbonne ou Porto pourrait être maintenue, tout comme un Genève-New York. Pour les Verts, ce sera aux politiques de réfléchir à une mise en œuvre. «Il faut redéfinir les priorités de l’aéroport pour qu’il serve l’intérêt de la collectivité et pas celui des compagnies, a conclu la conseillère aux États Lisa Mazzone. L’intérêt public, ce n’est pas d’aller à Nice pour le prix d’un billet de cinéma.» 

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