Allemagne: Collection Gurlitt: de très lentes avancées
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AllemagneCollection Gurlitt: de très lentes avancées

Sur cinq cents pièces litigieuses, seules cinq oeuvres ont été formellement identifiées comme ayant été volées par les nazis.

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Le Musée des Beaux-Arts de Berne va vendre deux biens immobiliers issus de l'héritage Gurlitt, dont un appartement à Munich et une maison à Salzbourg. La vente doit couvrir les coûts engendrés par le legs. (Mardi 6 juin 2017)

Le Musée des Beaux-Arts de Berne va vendre deux biens immobiliers issus de l'héritage Gurlitt, dont un appartement à Munich et une maison à Salzbourg. La vente doit couvrir les coûts engendrés par le legs. (Mardi 6 juin 2017)

Keystone
Le Musée des Beaux-Arts de Berne devrait recevoir les premières oeuvres de la collection Gurlitt au mois de juin. (Mercredi 26 avril 2017)

Le Musée des Beaux-Arts de Berne devrait recevoir les premières oeuvres de la collection Gurlitt au mois de juin. (Mercredi 26 avril 2017)

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Une vue de la maison de Cornelius Gurlitt, dont la cousine pense qu'elle héritera des tableaux volés au détriment du Musée des Beaux-Arts de Berne. (Dimanche 20 mars 2016)

Une vue de la maison de Cornelius Gurlitt, dont la cousine pense qu'elle héritera des tableaux volés au détriment du Musée des Beaux-Arts de Berne. (Dimanche 20 mars 2016)

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Une commission allemande enquêtant sur l'impressionnant stock doeuvres d'art cachées par le défunt Cornelius Gurlitt a expliqué jeudi n'avoir identifié avec certitude que cinq pièces volées par les nazis sur 500 litigieuses, arguant de la difficulté des travaux.

Selon les conclusions de la commission d'experts formée fin 2013 pour enquêter sur le trésor de Gurlitt, dont le père fût un marchand d'art sous le IIIe Reich, outre ces cinq pièces, des soupçons plus ou moins lourds pèsent sur quelque 150 oeuvres, tandis que l'origine d'environ 350 pièces reste à déterminer.

Un «dilemme»

«Je peux comprendre l'impatience des héritiers» des personnes ayant été spoliées par les nazis, a expliqué la ministre de la Culture, Monika Gruetters, répondant aux critiques jugeant l'action de l'Allemagne dans ce dossier lente et opaque.

Elle a évoqué un «dilemme» entre «rigueur scientifique» et «l'intérêt des victimes», alors qu'une deuxième commission doit prendre le relais pour poursuivre le travail.

Difficulté

La ministre et la chef du comité d'experts internationaux Ingeborg Bergreen-Merkel ont souligné la difficulté de retracer l'origine des oeuvres fautes de documentation et d'archives suffisantes du fait des pertes et des destructions de la seconde guerre mondiale.

«Cela reste toujours un devoir envers les victimes des crimes commis durant la période nazie», a souligné Mme Bergreen-Merkel qui a travaillé avec des experts de France, d'Israël, d'Autriche, de Pologne, de Hongrie, des Etats-Unis et d'Allemagne.

Il avait été établi précédemment que 507 pièces n'appartenaient pas au butin nazi. La commission a aussi reçu plus de 200 demandes d'informations ou de restitution.

Découvert en 2012

Le trésor de Cornelius Gurlitt --quelque 1500 pièces au total-- avait été découvert en 2012, stocké dans de mauvaises conditions, lors d'une descente de la douane dans son appartement de Munich (sud de l'Allemagne) puis dans un autre logement, à Salzbourg en Autriche.

Il s'agit notamment de tableaux et dessins d'artistes comme Matisse, Picasso, Renoir, Toulouse-Lautrec, Cézanne, Beckmann, Holbein, Delacroix ou Munch. Nombre d'entre eux sont soupçonnés d'être issus de la spoliation des familles juives déportées et assassinées par les nazis. Gurlitt semblait atteint de syllogomanie, trouble obsessionnel qui pousse à une accumulation compulsive d'objets divers.

Manque de transparence

L'affaire a été révélée en 2013 par le magazine allemand Focus, un an après les faits, si bien que les autorités allemandes ont été critiquées pour leur manque de transparence.

Décédé en mai 2014 à 81 ans, Cornelius Gurlitt a désigné le Musée d'arts de Berne comme l'héritier de sa collection. Les 500 pièces, dont l'origine était jugée litigieuse, ont été conservées en Allemagne en attendant que la lumière soit faite sur leur provenance et une éventuelle restitution.

Il a fallu attendre mars 2015 que pour la première fois une oeuvre de la collection Gurlitt, un Matisse, soit remise à son propriétaire légitime, la famille du collectionneur d'art juif français Paul Rosenberg, grand-père de la journaliste Anne Sinclair.

Accord de restitution

Un accord sur la restitution d'un Pissarro a pu être trouvé le mois suivant, tandis qu'en juin 2015 le tableau de Max Liebermann, «Deux cavaliers à la plage», a été vendu aux enchères à Londres pour 2,61 millions d'euros.

Les deux autres oeuvres identifiées comme volées sont celles des artistes allemands Carl Spitzweg et Adolph Menzel.

La collection, outre les oeuvres volées aux familles juives dépossédées de leurs biens par les nazis, compte aussi environ 480 oeuvres d'«art dégénéré» qui avaient été retirées des musées allemands par le régime d'Adolf Hitler.

Cornelius avait hérité de la collection de son père Hildebrand Gurlitt, un marchand d'art mort en 1956. Menacé dans un premier temps, notamment parce qu'il avait une grand-mère juive, Hildebrand Gurlitt avait ensuite servi le régime hitlérien en écoulant à l'étranger des oeuvres volées ou saisies. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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