10.09.2020 à 21:19

Amérique latineLes heurts post-bavure reprennent en Colombie

Les violentes manifestations ont repris jeudi après la mort d’un homme victime de décharges électriques administrées par la police. Les heurts ont déjà fait 10 morts.

Le bilan des personnes décédées, majoritairement mortellement blessées par arme à feu à Bogotá, a été réévalué à dix jeudi, alors qu’en soirée les affrontements avec la police ont repris de la part de protestataires révoltés par une bavure policière.

Sept personnes dont la plupart étaient «très jeunes» sont mortes à Bogotá, tuées par balles, a déclaré la maire de la capitale, Claudia Lopez, lors d’une conférence de presse annonçant jeudi le décès sur son lit d’hôpital d’une jeune fille de 19 ans. Les autorités de Soacha, dans la banlieue de Bogotá, ont indiqué à l’AFP que trois autres décès avaient été enregistrés dans la ville.

Jeudi à la tombée de la nuit, les affrontements avec la police avaient repris à Bogotá, selon les journalistes de l’AFP sur place, des rassemblements s’étant reformés durant la journée dans plusieurs quartiers de la ville. Le gouvernement a annoncé l’envoi en renforts de 1600 policiers et de 300 militaires supplémentaires.

Des bus ont été brûlés à Bogotá. (10 septembre 2020)

Des bus ont été brûlés à Bogotá. (10 septembre 2020)

AFP

La maire de la capitale a par ailleurs précisé que 175 personnes ont été blessées, dont 66 par arme à feu et 12 par arme blanche, «pourtant nous ne sommes pas sur un champ de bataille», s’est-elle indignée. «Il existe des preuves solides d’une utilisation indiscriminée des armes à feu par les policiers (…) Quel type de formation reçoivent-ils pour avoir cette réponse absolument disproportionnée à une manifestation?», avait-elle déclaré auparavant.

Selon le gouvernement, 56 postes de police ont été «vandalisés» et 70 personnes interpellées pour «violence contre les forces de l’ordre». «Nous sommes face à des actes de violence massifs», a dénoncé le ministre de la Défense, Carlos Holmes Trujillo.

«Policiers assassins»

Mercredi après-midi, des centaines de personnes s’étaient rassemblées pour protester devant le poste de police où Javier Ordoñez avait été conduit lors de sa violente arrestation dans la nuit de mardi à mercredi. Cet avocat de 43 ans est décédé quelques heures après à l’hôpital.

Des heurts ont éclaté puis se sont étendus dans plusieurs quartiers de la capitale ainsi que dans d’autres grandes villes, comme Medellín (nord-ouest), Cali (ouest) ou Barranquilla (nord).

Parmi les blessés, Frankpierre Charry, 23 ans, désormais hospitalisé entre la vie et la mort. «Il allait à un pâté de maisons, il s’est retrouvé en face de deux policiers qui se cachaient et qui lui ont tiré dessus», dans le sud de la capitale, a raconté à l’AFP sa mère Blanca Clavijo. «Les médecins disent qu’il a reçu une balle dans le dos, à très courte distance, qui a touché son estomac et endommagé ses intestins, son côlon», relate-t-elle, désespérée, demandant que «justice soit faite pour les policiers assassins».

Dans des vidéos partagées sur les réseaux sociaux, on peut voir des gens terrifiés qui fuient au milieu de coups de feu. Un homme crie: «Il a été touché! Il a été touché!», tandis qu’un autre, ensanglanté, allongé sur le sol, est traîné par les manifestants.

Vidéo virale

La colère pour dénoncer les violences policières a éclaté après la diffusion sur les réseaux sociaux de la violente interpellation de Javier Ordoñez, les policiers lui administrant à plusieurs reprises de longues décharges avec leurs pistolets à impulsions électriques. «S’il vous plaît, arrêtez», entend-on répéter à plusieurs reprises l’homme au sol, père de deux enfants.

Selon le chef de la police de Bogotá, le colonel Necton Borja, la victime «a été soumise à une arme non létale» avant d’être transportée au poste de police où elle a présenté des «complications médicales». L’enquête et l’autopsie en cours devront permettre de déterminer si la victime a été frappée au poste de police, comme le dénonce sa famille. Selon la police, les agents avaient été dépêchés après un désordre causé par des «personnes alcoolisées» et Javier Ordoñez a essayé «de frapper les policiers».

Les deux agents ont été suspendus, a annoncé le ministre de la Défense. Jeudi, le président Iván Duque a de nouveau promis une enquête «avec une rigueur totale afin d’avoir une certitude absolue sur les faits».

(AFP/NXP)

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