Actualisé 03.03.2008 à 15:58

Colombie: escalade de tension entre Bogota et ses voisins

L'élimination par l'armée colombienne du n°2 de la guérilla marxiste des FARC, Raul Reyes, a provoqué une escalade de tension entre la Colombie et ses voisins, le Venezuela et l'Equateur.

Bogota a reproché lundi à ces deux pays de violer les prescriptions du Conseil de sécurité.

Après l'incursion samedi de l'armée colombienne en territoire équatorien afin de détruire un camp provisoire des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), l'Equateur et le Venezuela ont massé des troupes sur leur frontière avec la Colombie. Les deux Etats ont pratiquement rompu leurs relations diplomatiques avec Bogota.

Le président équatorien Rafael Correa, qui a envoyé une délégation ministérielle enquêter sur les lieux où Raul Reyes a péri, a qualifié de «mensonge» la version donnée par le président colombien Alvaro Uribe.

M. Correa a présenté l'opération, lors de laquelle 17 guerilleros ont péri au total, comme une action de représailles à chaud. Il a accusé les militaires colombiens «d'assassinats», précisant que son pays ne laisserait pas ces faits impunis.

«Compromis» avec les FARC

En réponse, Bogota a accusé Rafael Correa d'avoir passé un «compromis» avec les FARC, afin de jouer un rôle de médiateur dans les échanges d'otages colombiens contre des prisonniers guérilleros.

Selon le directeur de la police colombienne, le général Oscar Naranjo, la saisie par l'armée colombienne des ordinateurs de Raul Reyes «suscite des interrogations sur l'état des relations du gouvernement équatorien avec le groupe terroriste des FARC».

Conseil des droits humains

A l'ONU à Genève, le vice-président colombien Francisco Santos Calderon a rappelé lundi que la résolution 1373 du Conseil de sécurité stipule que les Etats doivent «refuser de donner refuge à ceux qui financent, planifient ou commettent des actes de terrorisme» et doivent aussi veiller à ce que leur territoire ne soit pas utilisé pour des actions terroristes contre d'autres Etats.

«Sur notre continent, il y a des gouvernements qui violent délibérément cette prescription impérative», a-t-il ajouté, sans nommer ces pays. Il a appelé les pays voisins de la Colombie à ne pas permettre aux guérilleros de trouver refuge sur leur territoire.

M. Calderon a demandé au Conseil des droits de l'homme de «condamner les enlèvements comme un délit contre l'humanité». Il a également exigé la libération sans conditions de tous les otages.

Le vice-président colombien a en outre discuté avec la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey de l'application de l'accord humanitaire devant aboutir à la libération des otages, dont la Franco-colombienne Ingrid Betancourt.

Appel à la retenue

A Paris, le ministère français des affaires étrangères a lancé «un appel à la retenue». «Cette situation montre à quel point il est urgent de trouver une solution négociée qui passe nécessairement par le règlement de la douloureuse question des otages détenus par les FARC», a ajouté le ministère.

De son côté, la Maison Blanche s'est étonnée de «l'étrange» conduite non du président colombien mais de Hugo Chavez, bête noire des Etats-Unis en Amérique latine.

Raul Reyes a été tué après la libération par les FARC de six otages, depuis le début de l'année, grâce à la médiation de Hugo Chavez. Mais son élimination risque de rendre plus difficiles de futures libérations.

Selon le gouvernement vénézuélien, les FARC ont toutefois publié un communiqué où ils estiment que la mort d'un de leurs dirigeants ne doit pas affecter les initiatives en faveur des captifs. (ats)

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