18.06.2018 à 11:11

Football – MondialComment devenir une star à Moscou grâce à Zuber

Se promener avec un maillot de la Nati dans la capitale russe dimanche soir, après le nul 1-1 des Suisses contre le Brésil, a été une magnifique expérience. A renouveler.

von
Robin Carrel
Moscou
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Dans le nord-est de Moscou, notre envoyé spécial a trouvé un établissement diffusant la rencontre opposant Brésiliens et Suisses, à la Coupe du monde.

Dans le nord-est de Moscou, notre envoyé spécial a trouvé un établissement diffusant la rencontre opposant Brésiliens et Suisses, à la Coupe du monde.

Ce bar coréen ne paie pas de mine, mais des écrans diffusent tout de même leurs images sur le trottoir, pour contenter les fumeurs.

Ce bar coréen ne paie pas de mine, mais des écrans diffusent tout de même leurs images sur le trottoir, pour contenter les fumeurs.

L'endroit spécialise dans le karaoké. Il a fallu s'y mettre à la fin du match qui a permis à la Suisse de prendre un point au Brésil.

L'endroit spécialise dans le karaoké. Il a fallu s'y mettre à la fin du match qui a permis à la Suisse de prendre un point au Brésil.

Dans les bas fonds de Moscou, après être allé vibrer (et travailler) lors de la victoire mexicaine contre l'Allemagne (1-0) au Luzhniki, il a fallu s'accrocher la moindre pour trouver un écran en état de marche afin de voir Valon Behrami et compagnie affronter les quintuples champions du monde pour leur entrée en lice dans la Coupe du monde. Et quand on y est enfin arrivé, on est tombé sur un bar un peu louche et de rares personnes intéressées par la partie: deux Chinois, cinq Péruviens et deux spectateurs locaux, forcément fans de Neymar. On soupçonne d'ailleurs l'un d'entre eux de s'être inspiré des spécialités capillaires de la star brésilienne. Le reste pensait plus à s'éclaircir la voix, on y reviendra. Beau début de soirée...

En nous voyant arriver avec un maillot de la Nati pour le moins seyant, le serveur nous a forcément demandé qui étaient ces types en rouge dans sa télé et s'ils ne seraient pas par hasard Suédois. Le légitime temps de vexation passé – histoire de se dire que ce n'est vraiment pas davantage gagné avec les Russes qu'avec les Américains, pour différencier ces deux contrées – on lui dit «Shveytsariya» (ndlr: suisse en russe) et il a tout de suite eu l'air très honoré de notre présence. Sauf que deux secondes plus tard, Coutinho a enroulé sa frappe dans la lucarne et provoquant directement l'hilarité à mon encontre dans le bar entier.

Karaoké russo-vietnamien

La soirée a avancé, le score n'a pas bougé, mais on s'est tout de même dit qu'un «pub» - qui, après enquête, s'est finalement révélé être un karaoké russo-vietnamien - où on n'avait pas hésité à coller un autocollant du Mondial sur un grand verre de bière pour faire comme si, ne pouvait être qu'un endroit exceptionnel. Dommage que les patrons n'aient pas pensé que l'artifice allait souffrir dès le premier passage dudit verre au lave-vaisselle et que le son de gens chantant du Céline Dion avec l'accent moscovite pouvait déstabiliser quelque peu les téléspectateurs, alors qu'Akanji s'escrimait à repousser les assauts adverses, mais passons...

Parce qu'ils étaient vraiment sympas, dans le Quartet Bar, du nord-est de la capitale russe. Au moins trois employés sont venus me serrer la main sur l'égalisation de Zuber. Après, la fin de la rencontre a été assez dure à supporter. Neymar tombait sans cesse et, comme dans un intéressant signe du destin, la partie s'est terminée lorsqu'une cliente a entonné fort à propos «We are the Champions». Fatalement, il a fallu la rejoindre sur scène, dans l'hilarité générale.

Encore!

La fin de la soirée a été à l'avenant. Les quelques personnes dans la rue et les bars suivants voulaient absolument faire un selfie avec ce type bizarre, venu de l'ouest, au maillot rouge et blanc et qui tentait tant bien que mal de s'exprimer dans la langue du pays. Les nombreux «Ya ne ponimayu» (ndlr: Je ne comprends pas) n'y ont rien fait, les locaux continuaient de me flatter et certaines, clairement éméchées, ont même osé quelques «Ty mily» bien improbables et certainement dus à la prestation envoûtante de la Nati quelques heures plus tôt.

C'était donc pour moi un rare quart d'heure de célébrité qu'un certain Andy Warhol n'aurait certainement pas renié, même si la majorité des discussions dans un mélange de russe, de chinois et d'espagnol portait surtout sur la coupe spaghetti de Neymar. Espérons que ce genre de moments se reproduise dès le vendredi 22 juin contre la Serbie, parce que c'était vraiment sympa de se prendre pour une star. Vers minuit, j'étais persuadé d'avoir moi-même fait match nul contre le Brésil. D'ailleurs, lundi matin, j'avais aussi des courbatures, allez savoir pourquoi.

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