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«M»Comment dire «Je t'aime» quand les mots font défaut

L'actrice Sara Forestier a mis sept ans pour écrire «M», le premier film qu'elle réalise. Le jeu en valait la chandelle.

par
Catherine Magnin

Lila (Sara Forestier) est bègue, ce qui lui vaut d'être régulièrement humiliée, même par les membres de sa famille. Alors tout en préparant son bac, elle écrit, dans sa tête, sur des cahiers, des poèmes de toute beauté que ses professeurs ­finissent par remarquer. Mo (Redouanne Harjane), lui, vit de petites combines où il risque parfois sa peau. Il fait de son mieux avec son handicap à lui, qui pourrait passer inaperçu: il est illettré. Les mots de Lila sont autant de maux pour lui.

Mais ils s'aiment, ces deux-là, les yeux dans les yeux. Ceux de Lila, énormes, bleu océan, les émotions toujours à deux doigts d'en déborder. Ceux de Mo, tantôt doux, tantôt noirs, presque menaçants, mais dans lesquels le spectateur, placé en position de complice, perçoit toute la souffrance du personnage.

Un enjeu social sous la romance

Il n'y a pas à dire: le premier long métrage de Sara Forestier n'est pas parfait, mais il a des audaces remarquables. Celle de construire un couple fulgurant et complexe. La fragilité inavouée de Mo lui donne, par réaction, des allures de géant dangereux, dans les bras de qui Lila s'abandonne entièrement, magnifiquement. Audace aussi de confier le premier rôle masculin à Redouanne Harjane, humoriste plus connu pour son passage dans le Jamel Comedy Club, et qui se révèle bouleversant de subtilité. Sara Forestier réussit ainsi à transformer un drame à enjeu social, qui met le doigt sur un handicap mal connu, en histoire d'amour mémorable. Cela va sans dire, mais ça va mieux en l'écrivant: «M», on aime.

«M»

De et avec Sara Forestier. Avec Redouanne Harjane, Jean-Pierre Léaud.

Sortie le 29 novembre 2017.

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