Actualisé 21.09.2015 à 09:20

Crise migratoire

Comment expliquer l'afflux vertigineux de réfugiés?

Plusieurs experts ont analysé les raisons qui poussent de plus en plus de personnes à migrer vers l'Europe.

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12.08 La «Jungle» de Calais, où affluent régulièrement des migrants espérant passer en Angleterre, accueille aujourd'hui plus de 9000 personnes, soit 2000 de plus qu'en juillet.

12.08 La «Jungle» de Calais, où affluent régulièrement des migrants espérant passer en Angleterre, accueille aujourd'hui plus de 9000 personnes, soit 2000 de plus qu'en juillet.

AFP/Philippe Huguen
Parmi ces 9106 personnes recensées dans les différentes zones du bidonville par les associations l'Auberge des Migrants et Help Refugees, on compte 865 mineurs, dont 676 non accompagnés, ont précisé vendredi deux ONG actives dans le bidonville.

Parmi ces 9106 personnes recensées dans les différentes zones du bidonville par les associations l'Auberge des Migrants et Help Refugees, on compte 865 mineurs, dont 676 non accompagnés, ont précisé vendredi deux ONG actives dans le bidonville.

AFP/Philippe Huguen
24.07.2016 L'île grecque de Lesbos se trouve vidée de ses touristes alors que plus de 800'000 réfugiés sont passés par là en 2015.

24.07.2016 L'île grecque de Lesbos se trouve vidée de ses touristes alors que plus de 800'000 réfugiés sont passés par là en 2015.

AFP/Louisa Gouliamaki

Surpopulation et conditions difficiles dans les camps expliquent notamment l'afflux vertigineux actuel des réfugiés vers l'Europe, alors que la guerre a éclaté il y a quatre ans en Syrie. Recrudescence de la violence dans la région, agenda électoral en Turquie et explosion du business des passeurs sont d'autres raisons, selon plusieurs experts.

Les conditions dans les camps de réfugiés dans les pays voisins de la Syrie sont «épouvantables», observe Vincent Chetail, directeur du Centre des migrations globales à l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève.

Une part importante des réfugiés dans les pays voisins ne supporte plus ces conditions et décide de se déplacer encore une fois, ajoute Robin Stunzi, doctorant au Centre de droit des migrations de l'Université de Neuchâtel. «Ce sont souvent ceux qui ont les moyens financiers, mais aussi le capital culturel et social.»

Moins d'argent

Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale des migrations, invoque pour sa part les réductions budgétaires d'assistance internationale. «Il y a eu des insuffisances importantes, qui ont dégradé les conditions de vie. Ça pousse au départ.»

La guerre en Syrie, qui perdure, explique aussi ces départs massifs, alors que la population avait dans un premier temps gardé espoir que la situation s'améliore. Plus particulièrement, «le pourrissement de la situation (...) et le durcissement des politiques des Etats voisins», selon Vincent Chetail.

La majorité des réfugiés se trouve au Liban, en Jordanie et en Turquie. Mais, depuis janvier, le contrôle aux frontières a été renforcé, des réfugiés ont été refoulés, explique-t-il.

Crise partie pour durer

Cet afflux n'est pas une surprise pour François Gemenne, chercheur en sciences politiques à l'Université de Liège. «Nous avons laissé le pays à l'abandon. Sur les 4 millions de réfugiés syriens, l'Europe n'en a pas accueilli assez», ajoute l'expert en migrations, alors que plus de la moitié de la population syrienne est déplacée actuellement, pas seulement à l'extérieur des frontières.

L'arrivée massive de réfugiés n'est «pas quelque chose qui va s'arrêter demain. Beaucoup de migrants sont prêts à tenter la traversée» de la Méditerranée, ajoute François Gemenne. Pourtant, pas de bouleversements à prévoir en Europe. «Cela représente 1 réfugié pour 1000 habitants», précise-t-il. «Ce sont des questions symboliques et nationalistes», qui reposent sur la peur des citoyens.

Pour Antoine Basbous, politologue et directeur de l'Observatoire des pays arabes, le rôle de la Turquie peut expliquer l'afflux de réfugiés. Il évoque même une stratégie liée aux législatives anticipées du 1er novembre. Le président turc Erdogan ayant perdu des voix aux dernières législatives dans ces régions frontière, il a cherché à instrumentaliser la question des réfugiés.

En cherchant à «soulager les électeurs dans le sud-ouest en leur disant: «Vous avez peiné sous le poids des réfugiés, je vous en ai débarrassé», M. Erdogan a ouvert les vannes, analyse Antoine Basbous. «D'ici au 1er novembre, Erdogan aura vidé une partie des camps et montré à la population qu'il peut emmerder» le monde, ajoute-t-il.

Un message qui s'adresse à l'Europe et aux Etats-Unis qu'il accuse de ne pas avoir suffisamment soutenu son pays en l'aidant à instaurer une zone d'exclusion aérienne en Syrie dans laquelle l'aviation de Bachar el-Assad ne pourra pas bombarder les réfugiés.

Business des passeurs

Les passeurs ont affiché toutes les informations sur les réseaux sociaux, avec leurs numéros turcs, explique M. Basbous. «C'est: premier arrivé, premier servi.» Ainsi, ils se précipitent.

Pour François Gemenne, le pouvoir est actuellement entre les mains des passeurs et trafiquants. Leur business explose. «Ce sont eux qui décident où et quand arrivent les migrants», indique-t-il. (nxp/ats)

(NewsXpress)
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