Allemagne: Comment la montagne des «bad banks» a accouché d'une souris
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AllemagneComment la montagne des «bad banks» a accouché d'une souris

Présenté comme la réponse ultime aux problèmes des banques allemandes, notamment ceux des établissements régionaux, le plan fédéral des «bad banks» est largement boudé quatre mois après son entrée en vigueur, au grand dam de Berlin.

La nouvelle coalition gouvernementale de centre-droit, inquiète de voir se rouiller la machine du crédit, envisage des modifications du plan fédéral d'aide aux banques au premier semestre 2010, dont le texte consacré aux «bad banks», selon des sources concordantes.

Le président de la Bundesbank - la banque centrale allemande - Axel Weber s'est rangé lundi aux côtés du gouvernement en exhortant notamment les Landesbanken (banques régionales) à saisir l'offre du fonds fédéral d'aide au secteur bancaire (Soffin), afin de renforcer rapidement leurs fonds propres pour mieux se consacrer à l'allocation du crédit aux entreprises.

Les appels du pied fusent, mais la loi des «bad banks», mise en place depuis juillet pour aider les banques à nettoyer leur bilan, ressemble fort à un échec. Seule la banque - désormais nationalisée - Hypo Real Estate ainsi que l'institut régional WestLB s'apprêtent à en faire usage.

Peu de chance de fonctionner

Pourtant entre 400 et 500 milliards d'euros d'actifs pollueraient encore les bilans des banques allemandes, en particulier régionales, selon une source gouvernementale. Ces établissements, comme LBBW, BayernLB ou HSH Nordbank, préfèrent néanmoins tenter de s'en débarrasser par leurs propres moyens, alors que le système fédéral s'adressait surtout à eux.

Le danger d'une évacuation incomplète des positions à risque des banques est réel, selon le dernier rapport des «Cinq Sages», un groupe d'économistes influents qui conseillent le gouvernement. Et pour eux, le dispositif a peu de chances de fonctionner, car il repose sur la bonne volonté des banques à y faire appel.

Selon la loi, les établissements peuvent fonder des sociétés de défaisance externes - appelées bad banks - pour délester leurs bilans d'actifs «toxiques», dont la valeur de marché est fortement dépréciée, ou «non stratégiques» après le remaniement de leurs modèles d'activités.

La banque recourt à des garanties publiques pour couvrir le transfert des actifs et passe des provisions sur une éventuelle dépréciation à leur échéance. Le Soffin peut aussi entrer au capital de la banque si nécessaire.

Question de salaires aussi

Le plan fédéral «n'est pas une solution bon marché», estime un porte-parole de la fédération des banques publiques (VÖB). Certains soupçonnent aussi les dirigeants des banques de refuser l'aide de l'Etat en raison du plafonnement prescrit de leurs salaires.

«Il est inacceptable qu'une banque malade refuse le médicament de l'Etat, non pas parce qu'il est mauvais, mais parce qu'elle y voit des inconvénients personnels», s'indigne ainsi Albert Rupprecht, membre de l'organe parlementaire de contrôle du Soffin et député du parti bavarois chrétien-démocrate (CSU).

Michael Grote, professeur à la Frankfurt School of Finance, préfère dédramatiser en rappelant que la loi sur les bad banks avait été préparée ce printemps, lorsque la conjoncture était au plus bas.

«Le marché des produits structurés s'était effondré. Mais il a repris depuis quelques mois, les prix ont nettement augmenté. C'est pourquoi il y a moins de dépréciations d'actifs, leur évacuation d'urgence des bilans n'est plus nécessaire en ce moment», explique-t- il.

Par conséquent M. Grote interprète comme un «bon signe» le fait que la plupart des établissements n'utilisent pas le système fédéral. Pour lui, les les bad banks «servent à éteindre le feu, pas à fertiliser le jardin».

(ats)

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