Elections municipales 2020: Communes mises au défi de faire voter les étrangers

Actualisé

Elections municipales 2020Communes mises au défi de faire voter les étrangers

Quinze ans après le droit de vote municipal accordé à certains étrangers, leur taux de participation reste faible. Les autorités se mobilisent.

par
David Ramseyer
Keystone/Salvatore di Nolfi

C'était en 2005: les Genevois accordaient le droit de vote aux étrangers sur le plan communal, pour autant que ceux-ci soient établis depuis huit ans sur territoire helvétique. Mais seuls 27% des 84'000 électeurs concernés s'étaient déplacés aux urnes, lors des dernières élections municipales, en 2015. Pour désigner les futurs conseillers municipaux et administratifs, le printemps prochain, «notre ambition est de faire grimper ce taux au même niveau - voire plus - que celui des Suisses, soit plus de 40%, a lancé ce jeudi le conseiller d'Etat Thierry Apothéloz, chargé de la cohésion sociale. La participation au processus démocratique est un outil essentiel à l'intégration».

Pour le président de l'association des communes genevoises (ACG) et maire de Plan-les-Ouates, Xavier Magnin, «certes, la démocratie ne se meurt pas. Mais il faut tout de même être à son chevet», au vu de la participation souvent peu élevée aux scrutins, ces dernières années.

Défis, vidéos et ambassadeurs

En vue du 15e anniversaire du droit de vote accordé aux étrangers, le Canton et les communes entament dès aujourd'hui une vaste campagne de mobilisation. Elle passera notamment par des «défis citoyens». En clair, un appel à projets est lancé aux municipalités, aux maisons de quartiers et aux associations d'habitants, pour imaginer d'ici mi-décembre des initiatives concrètes qui incitent à aller voter. «On peut imaginer des capsules vidéos sur les réseaux sociaux ou la nomination d'ambassadeurs dans les communautés», a listé Xavier Magnin. «On a déjà organisé des simulations de scrutins, pour que les gens sachent quoi faire», a ajouté Albana Krasniqi, directrice de l'université populaire albanaise. L'objectif n'est évidemment pas de dire pour qui voter, mais comment exprimer son vote.

Pour expliquer l'abstentionnisme de l'électorat étranger, autorités et associations pointent du doigt son manque de connaissance du système politique helvétique, souvent jugé très complexe. Mais aussi la difficulté à remplir un bulletin en fonction des listes de partis, parfois très nombreuses. «Sans oublier qu'une élection communale est pour certains une première démocratique, a rappelé Albana Krasniqi, car ils proviennent de pays où le droit de vote n'existe pas.» Enfin, l'information semble faire défaut: de nombreuses personnes d'origine étrangère ne savent pas qu'elles ont le droit de s'exprimer dans les urnes, ont relevé le Canton et l'ACG.

La campagne de mobilisation se fera aussi, dès le début d'année prochaine, via des affiches et des flyers en plusieurs langues (italien, portugais, espagnol, albanais et anglais), dans la rue ou encore dans les transports publics. Des courriers seront aussi envoyés aux électeurs étrangers.

Les femmes plus assidues

Les deux tiers des votants étrangers dans le canton sont originaires de France, d'Italie, d'Espagne et du Portugal. Parmi eux, les Français sont les plus assidus à se rendre aux urnes, tandis que les Lusitaniens figurent en bas de classement. Contrairement à l'électorat suisse, majoritairement masculin, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à user de leur droit démocratique, au sein du corps électoral étranger.

Romands pas tous au diapason

Les étrangers disposent du droit de vote communal dans toute la Suisse romande, sauf en Valais; seuls le Jura et Neuchâtel l'ont accordé au plan cantonal. Partout, ce droit dépend du nombre d'années de résidence sur territoire helvétique. Le droit d'éligibilité, lui, est plus restreint pour cette frange de la population. Un étrangers peut ainsi être élu dans les communes vaudoises, fribourgeoises, neuchâteloises et jurassiennes, mais pas à Genève. Le droit d'éligibilité des étrangers n'existe nulle part au niveau cantonal.

Ton opinion