Après six ans de procès...: Condamnations pour pédophilie
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Après six ans de procès...Condamnations pour pédophilie

Après presque six ans d'un procès qui a choqué le Portugal, six hommes et une femme ont été reconnus coupables vendredi par la justice portugaise d'abus sexuels sur des enfants d'une institution de Lisbonne dans les années 90.

Six des sept accusés du procès du scandale pédophile de la Casa Pia ont été reconnus coupables d'abus sexuels sur mineurs par le tribunal de première instance de Lisbonne qui les a condamnés vendredi à des peines de prison allant de cinq ans et neuf mois à 18 ans. Au terme d'un procès en cours depuis novembre 2004, le plus long de l'histoire judiciaire du Portugal, la justice a tranché en faveur des 32 victimes, à l'époque des faits de jeunes garçons confiés à la Casa Pia, une institution publique accueillant des enfants en difficulté.

Un ancien chauffeur et jardinier de la Casa Pia, principal accusé d'un procès-fleuve devenu le symbole des défaillances du système judicaire portugais, a été condamné à une peine cumulée de 18 ans de prison, le tribunal le considérant coupable de plus d'une centaine de crimes d'abus sexuels sur mineur et incitation à la prostitution.

Les autres accusés, parmi lesquels un ancien présentateur vedette de la télévision portugaise, un ancien responsable de la Casa Pia, un ex-ambassadeur, un avocat et un médecin, ont été condamnés à des peines de prison allant de cinq ans et neuf mois à sept ans. Ils devront par ailleurs verser à certaines victimes des indemnisations de 15.000 à 25.000 euros.

Seule la propriétaire d'une maison du Sud-Est du Portugal où, selon les victimes, avaient lieu des «orgies» a été acquittée.

Lorsque les peines ont été prononcées par la juge présidente devant une salle d'audience comble, les six victimes présentes ont exulté, échangeant de larges sourires et levant le poing en signe de victoire.

«Nous sommes tous heureux», a déclaré l'un d'entre eux, Bernardo Teixeira, à la sortie du tribunal. «Nous pouvons enfin dire que les pédophiles ont été condamnés».

«C'est une ignominie. Nous ferons entendre notre voix pour combattre l'énorme erreur judiciaire qui a été commise aujourd'hui», s'est insurgé de son côté Ricardo Sa Fernandes, avocat de l'ancien présentateur vedette de la télévision portugaise Carlos Cruz, condamné à sept ans pour trois crimes d'abus sexuels.

Le représentant du principal accusé, le seul à avoir reconnu les faits, a considéré que la peine prononcée par le tribunal était «trop sévère», et a annoncé son intention de faire appel.

Les sept accusés comparaissaient libres et ne seront pas incarcérés immédiatement. Selon la loi portugaise, l'exécution des peines est suspendue pendant les procédures d'appel.

Le scandale de la Casa Pia a éclaté fin 2002, lorsqu'un interne de cette institution bicentenaire a affirmé à la presse avoir été violé par un employé.

La loi du silence brisée, des dizaines d'autres pensionnaires et anciens élèves de la Casa Pia ont dénoncé l'existence d'un réseau pédophile impliquant plusieurs personnalités médiatiques et politiques, dont certaines ont été blanchies depuis.

Le plus important scandale pédophile que le Portugal ait jamais connu avait ensuite débouché sur un procès hors normes, au cours duquel plus de 1.000 témoins et experts ont été entendus, au fil de 462 séances consignées dans un dossier de plus de 66.000 pages.

En mars 2006, sans attendre la fin de la procédure judiciaire, un tribunal d'arbitrage avait condamné l'Etat portugais à verser deux millions d'euros d'indemnités à 44 anciens pensionnaires de la Casa Pia, estimant qu'il avait «failli» dans sa mission de protéger les enfants.

«La Casa Pia a sa part de responsabilité dans ce qui s'est passé», ont également conclu vendredi les juges du tribunal de Lisbonne, estimant que l'institution avait «sous-évalué les risques que couraient ses élèves».

(ap)

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