Actualisé 21.09.2017 à 17:23

Vevey (VD)«Condamnez-moi mais épargnez mon fils»

Le procès du drame familial de Villeneuve, en 2014, se poursuit au tribunal de Vevey. Jeudi, les deux prévenus ont été entendus. Avant le réquisitoire du procureur et les plaidoiries de la défense.

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Le corps sans vie d'un octogénaire avait été retrouvé dans la soirée de mercredi 5 novembre 2014 devant sa maison, à Villeneuve, dans le canton de Vaud. Le procès des deux auteurs du crime s'est déroulé fin septembre.

Le corps sans vie d'un octogénaire avait été retrouvé dans la soirée de mercredi 5 novembre 2014 devant sa maison, à Villeneuve, dans le canton de Vaud. Le procès des deux auteurs du crime s'est déroulé fin septembre.

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Le tribunal a reconnu mère et fils coupables d'assassinat du grand-père, le lundi 2 octobre 2017. La mère a écopé de 16 ans de prison, le fils de 10 ans.

Le tribunal a reconnu mère et fils coupables d'assassinat du grand-père, le lundi 2 octobre 2017. La mère a écopé de 16 ans de prison, le fils de 10 ans.

Keystone
Petit à petit l'enquête s'est orientée vers un drame familial.

Petit à petit l'enquête s'est orientée vers un drame familial.

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Tout comme la salle d'audience qui affiche complet, l'émotion est à son comble jeudi matin. Le jeune homme de 23 ans qui a tué son grand-père avec la participation active de sa mère, instigatrice des faits en 2014 à Villeneuve, a fait un témoignage poignant. En larmes, il s'est confié au Tribunal de Vevey. «Chaque seconde en prison me fait penser à mon grand-papa. J'ai 23 ans et j'ai tué mon grand-père. J'assume ce que j'ai fait, mais je m'en veux», a-t-il déclaré. Il a rendu hommage à l'homme qu'il a tué.

Pour ce grand-papa qui l'attendait à la sortie de l'école et qui s'est occupé de lui tous les week-ends de ses 6 ans à ses 14 ans, il a entamé des cours de comptabilité. «Pour lui, j'ai décroché ma maturité en prison. Pour lui, je veux avancer dans la vie. J'ai une haine gigantesque envers ma mère. J'ai coupé les ponts avec elle. Maintenant, je réfléchis par moi-même: mon grand-père n'était pas un salaud», a soutenu le prévenu.

L'auteure du parricide, à son tour, a fait part de ses regrets d'avoir «commis un acte horrible». Elle a évoqué sa souffrance de femme délaissée par un mari bisexuel qui a fini par se suicider dans un hôpital psychiatrique, et a admis avoir été une mère blessante et violente. «Je souhaite à mon fils d'avoir une vie meilleure que ce que son père et moi avons connu, une vie autre que celle des parents de son père et celle de sa grand-mère et de son grand-père», a conclu la quinquagénaire effondrée.

Peine de 14 ans requise pour le petit-fils tueur

Le soufflé émotionnel est retombé avec le réquisitoire du procureur Hervé Nicod. Pour le magistrat, la quinquagénaire et son fils ont agi de «manière réfléchie, organisée et planifiée en ayant le mépris de la vie d'autrui». Il a requis la prison à vie pour la mère, coauteure et instigatrice de l'assassinat de son père. Après avoir relevé les efforts scolaires fournis par l'accusé en détention préventive et ses regrets après le geste fatal, il a proposé 14 ans de prison.

Pour la défense, la victime était un monstre

Avocat du jeune homme qui a paru abattu après le réquisitoire du procureur, Me Patrick Michod a demandé au tribunal d'écarter l'assassinat et de retenir le meurtre. Il estime que dans son for intérieur, du procureur aux juges, tout un chacun est convaincu que le jeune homme n'est pas un assassin mais un fils sous l'emprise de sa mère. «En ces circonstances exceptionnelles, je vous demande une peine exceptionnellement basse. La justice doit comprendre et aider ceux qui le méritent», a-t-il conclu sous les applaudissements du public.

Me Valérie Pache Havel a décrit le contexte familial malsain dans lequel aurait évolué sa cliente, sous le joug d'un père millionnaire, pervers, sans pudeur, incestueux, infidèle et tyrannique. Un père pour qui l'argent était une arme pour «dominer et imposer la soumission».

Second avocat de la prévenue, Me Stefan Disch a demandé au tribunal de ne pas retenir un mobile lié à l'argent. Il a rappelé que tous les experts psys ont trouvé crédibles les déclarations de la quinquagénaire qui aurait été victime d'abus sexuels de son père durant son enfance. Selon lui, pour comprendre le crime, il faut plonger dans ce passé traumatique. Après avoir invoqué deux arrêts du Tribunal fédéral, Me Disch a demandé au Tribunal de rendre «un verdict juste, loin de la peine requise par le procureur». L'accusée a imploré la clémence de la Cour. «Infligez-moi la pire peine mais épargnez mon fils. C'est la principale victime.»

Verdict lundi à 17h30.

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