19.11.2020 à 07:13

GrèceConditions de rétention «inhumaines» pour les migrants

Des observateurs de l’UE ont fortement critiqué l’accueil réservé aux migrants en Grèce. Notamment pour les jeunes enfants et les nouveau-nés.

Le comité anti-torture du Conseil de l’Europe demande aux autorités grecques de «prendre des mesures» (photo prétexte).

Le comité anti-torture du Conseil de l’Europe demande aux autorités grecques de «prendre des mesures» (photo prétexte).

AFP

Des conditions «inhumaines»: le comité anti-torture du Conseil de l’Europe (CPT) a vivement dénoncé, dans un rapport au vitriol publié jeudi, le sort réservé aux migrants placés en rétention en Grèce.

Le CPT prend la précaution de souligner que le grand nombre de migrants entrant dans le pays pose des «défis importants» aux autorités grecques, et nécessite une «approche européenne coordonnée».

Mais il estime que cela «ne peut dispenser l’Etat grec de ses obligations en matière de droits de l’homme», et regrette «l’approche punitive» des autorités grecques.

Bébés et jeunes enfants

«L’idée selon laquelle des conditions difficiles dissuaderont les migrants d’arriver en Grèce semble subsister, sans tenir compte des facteurs incitant ces gens à risquer leur vie pour entrer dans le pays», déplorent les auteurs du rapport.

Les observateurs ont effectué une visite en mars en Grèce, peu après l’annonce de l’ouverture des frontières turques vers l’Europe par le président Recep Tayyip Erdogan, qui avait provoqué un afflux massif de migrants.

Ils dénoncent les conditions de rétention, tout particulièrement dans la région du fleuve Evros, qui marque la frontière terrestre avec la Turquie, et sur l’île de Samos, séparée de la Turquie par le détroit de Mycale, large de seulement 1,6 km.

«Le CPT ne comprend pas comment les autorités grecques peuvent maintenir en rétention des bébés et jeunes enfants dans des conditions aussi traumatisantes pendant des périodes allant jusqu’à un mois, voire plus», affirme le rapport.

Au port de Samos, les observateurs ont visité deux cellules de 42 et 32 mètres carrés, accueillant respectivement 43 et 50 migrants, sans chauffage, sans éclairage et sans lits.

Les toilettes, bouchées, n’étaient pas séparées du reste de la cellule, et dégageaient «une puanteur nauséabonde». Au moment de la visite, les migrants n’avaient pas eu accès à une douche «depuis plus de deux semaines».

Refoulements à la frontière

Ces migrants s’étaient aussi vus confisquer leurs téléphones portables et n’avaient «aucune possibilité de contact avec le monde extérieur».

«Ces conditions constituent clairement un traitement inhumain et dégradant», conclut le CPT, qui demande aux autorités grecques de «prendre des mesures». Il alerte également sur le «risque sur la santé publique», après avoir constaté un cas de gale dans un autre centre.

Dans une réponse écrite, le gouvernement grec a expliqué que la situation à Samos était liée à la saturation des centres de rétention et a assuré que les migrants avaient été examinés par un médecin de manière préventive.

Les auteurs déplorent également que la justice grecque poursuive au pénal de nombreux migrants pour «entrée illégale» sur le territoire, et leur inflige des peines pouvant atteindre 4 ans de prison et 10’000 euros d’amende.

Enfin, le CPT a indiqué «avoir de nouveau reçu des allégations cohérentes et crédibles de migrants refoulés vers la Turquie». Il s’est dit «inquiet des actes commis par les garde-côtes grecs pour empêcher les bateaux transportant des migrants d’atteindre les îles grecques», tout en s’interrogeant «sur le rôle et l’implication de (l’agence européenne) Frontex dans de telles opérations».

La police grecque soutient de son côté que «la pratique alléguée de refoulement à la frontière (est) sans fondement est totalement erronée».

Première porte d’entrée de demandeurs d’asile en Europe en 2019, la Grèce avait vu près de 45’000 migrants originaires d’Afghanistan, de Syrie, d’Irak ou encore du Pakistan arriver sur ses îles en 2019.

Ce nombre a fortement chuté sur les neuf premiers mois de 2020 à près de 13’000 en raison des restrictions liées à l’épidémie de Covid-19 et du renforcement de la sécurité des frontières par Frontex et le gouvernement grec.

(ats/nxp)

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