Actualisé 24.03.2016 à 08:43

SuisseConducteur en colère: «La police m'a tendu un piège»

Un Bâlois s'est fait retirer son permis de conduire pendant un an pour avoir «trop collé» un véhicule de police en 2012. Débouté par trois tribunaux, il ne lâche pas l'affaire.

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lha/ofu

Même trois ans et demi après les faits, Carlo Toresan est toujours vert de rage. Le 19 septembre 2012, le Bâlois se rendait en voiture à Lausanne pour rendre visite à un ancien camarade d'école, l'ex-juge du Tribunal fédéral (TF) Roland Schneider. Mais ce trajet s'était terminé en retrait de permis d'un an pour Carlo Toresan.

Ce jour-là, le menuisier roulait sur l'A1 lorsqu'une VW Passat l'a dépassé avant de se rabattre devant lui et de ralentir. Carlo Toresan avait alors décidé de dépasser à son tour l'auto. Mais quelques minutes plus tard, la scène s'était répétée: «La Passat m'a doublé une deuxième fois et a ralenti. Je me suis retrouvé coincé derrière une camionnette.» Carlo Toresan s'est alors engagé sur la voie de dépassement et a collé la VW, qui était conduite par des agents de police en civil. Ceux-ci l'avaient ensuite fait sortir de l'autoroute quatre kilomètres plus tard.

«La vidéo le prouve!»

Interrogés le 7 octobre 2013 par le Tribunal régional de Berne-Mittelland, les agents avaient assuré aux juges qu'ils suivaient une autre voiture, mais qu'ils avaient finalement décidé de laisser tomber. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'ils auraient remarqué Carlo Toresan, qui les suivait de trop près. «C'est un mensonge», estime cependant le Bâlois qui croit dur comme fer que la police lui a tendu un piège avec les dépassements incessants qui ont précédé: «La vidéo le prouve!» Le hic: si la police a bel est bien tout filmé grâce à sa caméra embarquée (lire encadré), elle a effacé la partie qui montre les différents dépassements. Selon les forces de l'ordre, qui n'ont gardé que les images montrant Carlo Toresan coller la voiture de police, la partie effacée n'était pas importante pour l'affaire.

Une décision difficile à avaler pour le menuisier qui tonne: «C'est aux tribunaux de décider quelles preuves sont importantes pour une affaire ou pas.» Un avis partagé par l'ancien juge du TF, Roland Schneider, qui avait fait parvenir une lettre au Tribunal fédéral après que Carlo Toresan avait été débouté par le Tribunal cantonal bernois. Mais l'intervention de son ami n'avait servi à rien. La plus haute instance de Suisse avait fini par rejeter la plainte de Carlo Toresan l'an dernier .

L'affaire n'est pas encore terminée

Mais le Bâlois ne compte pas se laisser faire. Il compte déposer une plainte citoyenne auprès de la Direction de la police et des affaires militaires du canton de Berne. Il s'agit d'un mécanisme de recours informel, le plus souvent non réglé par la loi, permettant à tout individu de dénoncer auprès de la police une violence ou un acte illégal perpétré par un policier/une policière, explique le site humanrights.ch. Cet instrument permet d'une part à la police de s'apercevoir de ses erreurs et d'autre part de gérer de manière simple et informelle les disputes entre la police et la population.

L'arme secrète de la police bernoise

Plusieurs véhicules des forces de l'ordre du canton de Berne sont équipés du système ViDistA, qui permet de calculer exactement la distance entre les véhicules et leur vitesse. Ces observations sont enregistrées sur vidéo.

Pour des raisons de sécurité, la loi stipule qu'un conducteur doit maintenir une distance suffisante entre son véhicule et celui qui le précède, de manière à pouvoir s'arrêter même en cas de freinage brusque. Théoriquement, il faut compter deux secondes entre deux voitures. Lancées à 120 km/h, cela représente 67,2 m. En ville, la distance est de 28 m, freinage et temps de réaction du conducteur compris.

Le système n'est utilisé que dans les cantons de Berne et de Zoug.

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