Conférence de Munich: passe d'armes entre la Russie et les Etats-Unis
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Conférence de Munich: passe d'armes entre la Russie et les Etats-Unis

Munich - Le président russe Vladimir Poutine a provoqué ce week-end à Munich des remous dans les relations russo-américaines.

Il s'en est pris devant la conférence sur la sécurité aux Etats-Unis et à l'OTAN, mais Washington a tenu à minimiser ces propos.

Samedi, M. Poutine a prononcé devant la 43e conférence sur la sécurité, cénacle très atlantiste, un véritable réquisitoire contre les Etats-Unis et l'OTAN.

La mauvaise humeur de Moscou s'explique par un sentiment d'encerclement par l'OTAN, pour lui tête de pont des Etats-Unis: projet de bouclier anti-missiles en République tchèque et en Pologne, candidature à l'OTAN de la Géorgie, attitude très pro-américaine des nouveaux pays membres de l'OTAN aux frontières de la Russie.

«Les Etats-Unis sortent de leurs frontières nationales dans tous les domaines et cela est très dangereux», a affirmé le chef de l'Etat russe. Devant le gratin des experts civils et militaires, dont le conseiller fédéral Samuel Schmid et le chef de l'armée suisse Christophe Keckeis, il s'en est pris aussi à l'OTAN, qui viole, selon lui, les accords de réduction des forces conventionnelles en Europe.

Pas de dramatisation de Gates

Le maître du Kremlin a encore accusé Washington. Après la fin de la Guerre froide, le «monde unipolaire» dirigé par les Etats-Unis n'a jamais vraiment réussi, sauf à «déstabiliser» davantage le monde, a-t-il dit.

Dimanche, le secrétaire américain à la défense Robert Gates a choisi de répondre avec une ferme courtoisie, sans dramatisation. Rappelant d'emblée qu'il était comme M. Poutine un «vieux guerrier de la Guerre froide» et un ancien «espion», habitué à ce titre «à parler d'une manière tranchée», M. Gates a estimé avec le sourire qu'»une Guerre froide avait largement suffi».

Pour bien signifier que la hache de guerre, du point de vue de Washington, n'était pas déterrée, il a annoncé qu'il avait été invité cette semaine à se rendre à Moscou «à la fois» par M. Poutine et par son collègue russe Sergueï Ivanov.

«Ami» de Bush

«Le monde réel dans lequel nous vivons est très différent et beaucoup plus complexe que celui d'il y a 20 ou 30 ans. Nous faisons tous face à des problèmes et des défis que nous devons affronter en partenariat avec d'autres pays, y compris la Russie», a-t-il ajouté. Il a également lancé un appel aux alliés de l'OTAN à mobiliser des troupes et moyens suffisants en Afghanistan.

Présent à Munich, le sénateur républicain John McCain, l'un des candidats possibles à la présidence en 2008, a lui répliqué sèchement au discours de M. Poutine que le monde est «multipolaire» et que «les Etats-Unis n'avaient pas gagné tout seuls la Guerre froide».

M. Poutine a pourtant tenu à assurer que les Etats-Unis et la Russie «ne seront jamais ennemis». «Le président des Etats-Unis, qui est mon ami (...), est un homme honnête», a-t-il concédé, faisant la différence avec la politique américaine.

Parmi les griefs, il a accusé l'OTAN de stationner des milliers de soldats en Roumanie et en Bulgarie, au mépris des accords de désarmement passés. Quant à l'extension du bouclier anti-missiles américain en Pologne et en République tchèque, c'est selon lui un projet qui «n'a rien à voir avec les menaces actuelles dans le monde».

Critiques de Téhéran

M. Ivanov avait prévenu vendredi que son pays allait renforcer en réponse son système de missiles intercontinentaux.

Dernier contentieux, la Russie a souligné qu'elle n'accepterait aucune décision sur le Kosovo qui ne soit admise par ses alliés serbes.

D'autres intervenants ont attaqué Washington à Munich. «La politique (américaine) de rejet, d'isolement, d'aventurisme, de sanctions ne peut qu'aggraver l'instabilité dans notre région», a déclaré le chef des négociateurs iraniens sur le nucléaire, Ali Larijani.

La chancelière allemande Angela Merkel, présidente actuellement de l'UE et du G8, a elle évoqué la nécessité d'une «responsabilité globale». Elle a parlé des enjeux du réchauffement climatique.

(ats)

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