Actualisé 19.03.2011 à 07:55

Séisme au JaponConnexion électrique à Fukushima

L'opérateur japonais Tokyo Electric Power Co (Tepco) a annoncé vendredi qu'il a réussi à relier un câble électrique à la centrale nucléaire de Fukushima.

L'opérateur japonais Tokyo Electric Power Co (Tepco) a annoncé vendredi qu'il a réussi à relier un câble électrique à la centrale nucléaire de Fukushima, gravement endommagée à la suite du séisme et du tsunami du 11 mars. L'électricité peut donc y être rétablie pour relancer les circuits de refroidissement.

Dans un communiqué reçu à New York, Tepco précise vouloir rétablir le courant «d'abord dans l'unité 2, puis l'unité 1, la 3 et la 4 (...) car l'unité 2 devrait être la moins endommagée».

Après avoir vérifié si les pompes ainsi que les autres équipements sont en état de marche, Tepco ajoute que sa priorité sera d'envoyer de l'eau pour refroidir les réacteurs.

Une semaine après le séisme de magnitude 9.0 qui a dévasté le nord-est de l'île d'Honshu, les experts de Tepco s'étaient concentrés toute la journée sur le rétablissement de l'électricité dans les unités de la centrale.

L'électricité pourrait cependant n'être rétablie que dimanche dans le réacteur no3, le plus inquiétant en raison de la présence de plutonium.

Le gouvernement reconnaît avoir été dépassé

Le gouvernement japonais a reconnu avoir été dépassé par l'ampleur du séisme et du tsunami, et a relevé de 4 à 5 le niveau de l'accident à la centrale de Fukushima.

Le Premier ministre Naoto Kan a évoqué une crise nucléaire «très grave» et appelé ses concitoyens à s'unir pour «reconstruire» le pays.

Une semaine après le séisme de magnitude 9 et le tsunami qui ont dévasté le 11 mars le nord-est du Japon, les survivants du raz-de-marée ont observé vendredi une minute de silence. Un nouveau bilan annoncé par la police fait état de 6.911 morts et 10.754 disparus dans la double catastrophe.

L'agence de sûreté nucléaire japonaise a relevé de 4 à 5 le niveau de l'accident de Fukushima sur l'échelle internationale INES des risques nucléaires, graduée de un à sept. Les experts estimaient depuis des jours que Tokyo sous-estimait la gravité de la situation. L'Echelle internationale des événements nucléaires (INES) définit un incident de niveau 4 comme ayant des conséquences locales, alors qu'au niveau 5, les répercussions sont plus larges.

Hidehiko Nishiyama, de l'agence japonaise de sûreté nucléaire, précise que le niveau de l'accident a été relevé car au moins 3% du combustible dans trois réacteurs ont été gravement endommagés, suggérant une fonte partielle du coeur de ces réacteurs et le rejet de radioactivité dans l'environnement.

«L'ampleur sans précédent du séisme et du tsunami qui ont frappé le Japon (...) font partie des nombreuses choses qui se sont passées qui n'avaient pas été anticipées par nos plans d'urgence de gestion des catastrophe», a reconnu le porte-parole du gouvernement Yukio Edano. «Nous aurions pu aller un peu plus vite pour évaluer la situation et coordonner toutes ces informations.»

Le Premier ministre Naoto Kan a jugé la crise à Fukushima «très grave», mais a affirmé que les Japonais «reconstruiront» leur pays. «Nous devons tous partager cette détermination», a-t-il déclaré dans un discours télévisé.

Naoto Kan a exhorté ses concitoyens à ne pas se décourager et à travailler dur, comme ils l'ont déjà fait pour reconstruire le Japon dans le passé. Il a ajouté que le séisme, le tsunami et la crise nucléaire constituaient une «grande épreuve pour le peuple japonais».

La crise nucléaire reste grave

Une semaine après le séisme le plus violent de son histoire, le Japon luttait toujours vendredi pour éviter une catastrophe nucléaire. Tandis que le Japon tente de secourir au mieux des centaines de milliers de sinistrés après le séisme de la semaine dernière, la solution d'un sarcophage à la Tchernobyl a pour la première fois été évoquée.

«Il n'est pas impossible de recouvrir les réacteurs de béton mais notre priorité actuellement est d'essayer de les refroidir», a déclaré un responsable de Tepco, l'opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima.

La «solution Tchernobyl», du nom de la catastrophe en Ukraine en 1986 où des sacs de sable avaient été déversés sur les réacteurs, semble désormais faire partie des options pour régler la situation à Fukushima. «Nous l'avons à l'esprit», a confirmé le porte-parole de l'agence japonaise de sûreté nucléaire.

Dans la nuit de vendredi à samedi un nouveau groupe de camions de pompiers de Tokyo, dépêchés spécialement à Fukushima, est entré en action pour projeter de l'eau sur le réacteur 3 d'où risquent de s'échapper des substances radioactives.

Dans la journée, 304 «ouvriers de l'ombre», restés dans la centrale malgré le niveau élevé de radioactivité s'étaient livrés aux mêmes activités avec des camions citernes. Entamées jeudi, ces opérations sont destinées à empêcher les barres de combustible d'entrer en fusion et à éviter ainsi un accident nucléaire majeur.

«C'est une course contre la montre», a déclaré à Tokyo Yukiya Amano, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). La situation sur place s'est stabilisée depuis jeudi mais reste très grave, a-t-il déclaré. Le premier ministre Naoto Kan a reconnu dans un discours télévisé que les difficultés étaient «énormes».

Course au refroidissement

Dans le réacteur 3, dont la structure externe a été détruite par une explosion d'hydrogène, la piscine de stockage du combustible usagé, située hors de l'enceinte de confinement, a été endommagée. Les opérations visent aussi à refroidir les réacteurs 1, 2 et 4 ainsi que la piscine de stockage de ce dernier.

Les efforts pour rétablir le courant électrique de la centrale, qui permettrait de remettre en route les pompes des circuits de refroidissement «progressent mais l'électricité n'a pas encore été rétablie», a assuré le gouvernement nippon.

Des experts internationaux ont toutefois prévenu que le rétablissement de l'électricité n'aura probablement pas d'effet miracle car il n'est pas certain que le matériel soit toujours en état de fonctionner.

Particules radioactives libérées

La perte du système de refroidissement a d'ores et déjà entraîné des dommages sur le coeur du réacteur. «Des particules radioactives continuent à être libérées dans l'environnement», selon l'agence de sûreté nucléaire japonaise.

La propagation des rejets radioactifs reste toutefois localisée et ne constitue pas un danger immédiat pour la santé, a estimé l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les Etats-Unis ont déclaré tenir à disposition du Japon 450 militaires spécialistes du nucléaire. Electricité de France (EDF), le groupe nucléaire Areva et le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) vont envoyer ce week-end au Japon 130 tonnes de matériel spécialisé, dont des robots.

La Russie a pour sa part offert d'accueillir une partie de la population japonaise dans des zones dépeuplées de Sibérie et d'Extrême-Orient.

Près de 7'000 morts

Le bilan humain du séisme et du raz de marée dans le nord-est a désormais dépassé celui du tremblement de terre de Kobe de 1995, avec 6911 morts confirmés. Il devrait continuer à s'aggraver puisque plus de 10'000 personnes étaient officiellement portées disparues.

Une minute de silence a été observée par les survivants et les sauveteurs à 14H46, heure exacte où la première secousse a été ressentie vendredi dernier. Malgré une mobilisation sans précédent de 80'000 soldats et secouristes, les espoirs de retrouver des survivants se sont quasiment évanouis, d'autant qu'une vague de froid affecte la zone dévastée.

L'activité s'est nettement réduite depuis le début de la semaine à Tokyo, où ont lieu des restrictions d'électricité. Aucune panique n'a cependant saisi les Tokyoïtes, qui ont stocké des vivres au cas où ils devraient être confinés chez eux.

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