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LesothoContesté et menacé, le dirigeant mobilise l'armée

Les militaires ont été déployés dans les rues du petit royaume en pleine crise depuis la mise en cause du Premier ministre dans le meurtre de son ex-femme.

Thomas Thabane et son épouse actuelle Maesaiah Thabane, formellement accusée en février du meurtre de sa rivale.

Thomas Thabane et son épouse actuelle Maesaiah Thabane, formellement accusée en février du meurtre de sa rivale.

Keystone

Le Premier ministre contesté du Lesotho Thomas Thabane a fait descendre samedi l'armée dans les rues du petit royaume pour «restaurer l'ordre». Cette décision constitue un nouvel épisode de la crise politique causée par son implication dans le meurtre de son ex-épouse.

Soupçonné par la police et la justice d'avoir ordonné cet assassinat, Thomas Thabane, 80 ans, résiste depuis des semaines aux appels à la démission lancés par son propre parti et par l'opposition. Il a repris l'initiative samedi en annonçant avoir «déployé l'armée pour reprendre le contrôle de la situation (...) et restaurer l'ordre et la paix».

Dans un discours prononcé à la radio et à la télévision nationales, il a accusé, sans les citer, «certaines personnes et institutions» de «s'en prendre aux principes et à l'autorité qui assurent la stabilité et la démocratie». Des soldats équipés de casques et de gilets pare-balles patrouillaient samedi à pied ou à bord de véhicules blindés les rues de la capitale Maseru.

Chefs de la police arrêtés

Le commandant en chef de la police Holomo Molibeli, son adjoint et un autre officier supérieur ont été arrêtés par l'armée, a indiqué sous couvert d'anonymat à l'AFP une source gouvernementale. «Ils sont pour l'instant détenus à la caserne de Makoanyane», a-t-elle ajouté.

L'intervention des militaires intervient au lendemain d'une décision de la Cour constitutionnelle qui a annulé la suspension des travaux du Parlement ordonnée par le Premier ministre.

Le chef de l'opposition, Mathibeli Mokhothu, a vivement dénoncé ce «recours abusif aux forces de sécurité». Il a accusé le Premier ministrede «menacer l'indépendance de la justice» et de «mettre en péril la paix au Lesotho».

Bientôt inculpé

La crise qui secoue le royaume a débuté il y a plusieurs mois avec la mise en cause de Thomas Thabane dans l'assassinat, le 14 juin 2017 quelques jours avant son arrivée au pouvoir, de sa femme Lipolelo Thabane, avec laquelle il était en instance de divorce.

Son épouse actuelle Maesaiah Thabane, 43 ans, a été inculpée en février du meurtre de sa rivale et placée en liberté sous caution. Thomas Thabane devait l'être prochainement.

La révélation de l'affaire a suscité une onde de choc politique. Le parti de Thomas Thabane, la Convention de tous les Basotho (ABC), lui a retiré son soutien et exige depuis sa démission. Le chef du gouvernement a promis en février de quitter ses fonctions «d'ici à la fin juillet» en raison de son âge.

Accord avec l'opposition

Pour hâter son départ, l'ABC et plusieurs partis d'opposition ont annoncé le mois dernier être parvenus à un accord pour remplacer l'actuelle équipe ministérielle dès que possible. Thomas Thabane avait alors dénoncé des «actes terroristes» et ordonné aux forces de sécurité d'ouvrir une enquête contre ses rivaux.

Le Parlement a également adopté une loi lui interdisant d'appeler à de nouvelles élections au cas où les députés voteraient une motion de censure contre lui.

En raison de la lutte contre la pandémie de coronavirus, Thomas Thabane a ordonné la suspension pendant trois mois de la représentation nationale. Mais vendredi, la Cour constitutionnelle du pays, saisie par son parti et l'opposition, a annulé cette décision, qu'elle a jugée «nulle et non avenue».

Le Lesotho a été placé sous confinement total jusqu'au 21 avril pour cause de pandémie de coronavirus. Aucun cas ne contamination n'y a jusque-là été rapporté. Ce petit royaume montagneux, enclavé au milieu de l'Afrique du Sud, a connu depuis son indépendance en 1966 une histoire politique instable rythmée de coups d'Etat militaires. (nxp/afp)

(NewsXpress)

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