Actualisé 14.03.2016 à 23:53

Syrie/IrakContraceptifs forcés pour les esclaves du groupe EI

Les esclaves sexuelles qui ont réussi à fuir décrivent les méthodes «modernes» utilisées afin de systématiser les viols.

de
Célia Héron

Trente-sept anciennes esclaves sexuelles du groupe Etat Islamique en Syrie et en Irak ont révélé dans les pages du New York Times l'utilisation répandue de méthodes contraceptives lors de leur captivité, administrées de force aux jeunes filles et aux femmes pour que leurs «propriétaires» puissent abuser d'elles plus souvent.

Le viol, comme la torture, a été et est encore largement utilisé comme arme de guerre en Syrie au sein de plusieurs parties prenantes du conflit qui ravage le pays depuis cinq ans.

A en croire les publications officielles du groupe Etat Islamique, un homme peut «légalement» violer ses esclaves en toutes circonstances - ou presque. La règle veut que les esclaves sexuelles ne soient pas abusées si leur grossesse est en cours, et ne soient pas revendues si elles ont donné naissance. L'introduction de méthodes de contraception «modernes» et d'avortements forcés permet d'éviter ces situations: sur les 700 victimes yézidies recensées après leur fuite ou leur libération dans un centre de soins des Nations Unies, 5% étaient tombées enceintes pendant leur captivité, un taux étonnamment faible.

«Quand j'étais vendue, la boîte venait avec moi»

M., 16 ans, raconte que son tortionnaire lui a donné une boîte de comprimés peu de temps après l'avoir achetée. «Chaque jour, je devais en avaler un devant lui. Il me donnait une boîte par mois. Quand je n'en avais plus, il remplaçait la boîte. Quand j'étais vendue d'un homme à un autre, la boîte venait avec moi.» Celle-ci n'a appris que des mois plus tard qu'elle ingérait des pilules contraceptives. Une autre jeune femme décrit comment l'homme qui l'a achetée lui a administré un contraceptif, le Depo-Provera, à l'aide d'une piqure dans la cuisse.

Le frère d'une victime raconte, lui, que cette dernière a dû prendre devant ses geôliers un médicament censé induire une fausse-couche alors qu'elle entamait son 2e trimestre de grossesse, afin de pouvoir être violée une fois débarrassée de l'enfant. Celle-ci a réussi à faire croire qu'elle avalait les comprimés mais les cachait en réalité sous sa langue. Elle est actuellement hospitalisée, après avoir réussi à fuir.

Des «règles» plus ou moins respectées

Certaines des interviewées racontent qu'elles savaient que leurs tortionnaires allaient les revendre quand on exigeait qu'elles se soumettent à un test de grossesse. «Un résultat positif signifiait qu'elles portaient l'enfant de leur violeur. Un résultat négatif autorisait les membres du groupe EI à continuer à les violer.»

Globalement, les témoignages indiquent que le respect de ces «règles» dépend des cas. La dernière victime citée, âgée de 20 ans, était déjà enceinte au moment où elle a été kidnappée. Elle affirme avoir été violée plusieurs fois par son tortionnaire malgré cela.

«Je lui disais "Tu n'as pas le droit de faire ça". Il avait les yeux injectés de sang. Il agissait comme s'il était drogué.» Après avoir tenté de l'obliger à recourir à un avortement et lui avoir porté plusieurs coups au ventre, elle a réussi a s'échapper. Son garçon est né en lieu sûr, en bonne santé, deux mois plus tard.

Ceux qui les aident

Le quotidien new-yorkais met en avant plusieurs structures d'aide aux victimes de ces atrocités, parmi lesquelles l'association germano-irakienne «Wadi», qui défend et aide les femmes victimes du conflit syrien, et l'organisation yézidie «Yazda», qui comporte une branche américaine et une branche européenne.

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