Suisse romande: Contre les crimes cyber, il faut mieux former les enfants 
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Suisse romandeContre les cybercrimes, il faut mieux former les enfants

Face à l’explosion des escroqueries informatiques, la police plaide pour une prévention dès le plus jeune âge et un accueil personnalisé des victimes.

par
David Ramseyer
Image d’illustration.

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Getty Images/iStockphoto

Il y a d’un côté la chasse aux hackers de toutes espèces, de l’autre la prévention, qu’il faut «marteler» via de nouvelles approches, notamment auprès des jeunes. Alors que la cybercriminalité a explosé l’an passé, ont révélé fin mars les forces de l’ordre, le chef du Centre régional de compétences cyber (RC3), qui regroupe les spécialistes des polices romandes, estime que l’accueil des victimes et l’éducation des internautes doivent encore se perfectionner. Même son de cloche à la Division enquêtes cyber (DEC) vaudoise.

Internet et les éléphants

Premier effort à mener, selon le Genevois Patrick Ghion, patron du RC3: mieux informer les enfants et les ados sur la thématique de la cybercriminalité. D’après lui, le canton du bout du lac pourrait ainsi suivre les exemples neuchâtelois et fribourgeois. «Chaque enfant devrait bénéficier au minimum d’une séance au primaire, puis au cycle d’orientation pour les 12-15 ans. Idem pour les parents.» Il s’agit d’expliquer, de prévenir, en adaptant le message à l’âge de l’auditoire. Le policier cite la Roumanie. «Là-bas en parlant aux petits, ils comparent internet à un éléphant: la mémoire ne s’efface jamais. Il s’agit de faire comprendre aux enfants que des photos ou des informations personnelles laissées sur le web y resteront pour toujours, et peuvent être utilisées contre eux.»

Le Département genevois de l’instruction publique estime que la question est «évidemment importante». Il signale aussi que «des cours informatiques ou sur les médias, au cycle d’orientation, intègrent déjà des questions relatives à la prévention de la cybercriminalité».

Patrick Ghion insiste également sur le besoin d’ajuster précisément les méthodes aux potentielles victimes d’escrocs informatiques, par exemple «dans les EMS ou via des associations de défense des aînés». Pour les petites et moyennes entreprises (PME), cibles souvent fragiles par manque de moyens ou d’informations, il faut une vraie stratégie de protection. «On doit resserrer les liens avec les associations professionnelles.»

Le rôle des victimes

Par ailleurs, le traitement des victimes de cybercriminels et des plaintes exige plus de précision. C’est déjà le cas, avec des policiers romands formés depuis trois ans maintenant et la création d’unités spécialisées. Mais il faut aller encore plus loin, pour poser les bonnes questions aux plaignants. «Ils doivent être informés qu’en venant au poste, s’ils nous donnent leur adresse IP (ndlr: le numéro d’identification de leur ordinateur, portable, tablette, etc.), l’adresse du mail frauduleux, ou encore le numéro IBAN (international bank account number) sur lequel ils ont par exemple effectué un versement douteux, nous serons plus efficaces. Toute information nous est utile.»

Selon nos informations, des dispositifs sont d’ailleurs à l’étude dans le secteur bancaire. Ils permettraient aux établissements de bloquer le paiement de leurs clients lorsque ceux-ci veulent verser de l’argent sans le savoir sur un IBAN identifié comme frauduleux.

Des résultats «concluants»

Avant la création de la Brigade des cyberenquêtes (BCE), le 1er septembre 2021, les plaintes à Genève étaient dispatchées entre différents services de la police (vols, répression du banditisme, etc.). Désormais, tout est centralisé par des agents formés à l’Université de Neuchâtel (le cursus de quatre semaines sur deux ans se focalise sur l’investigation numérique). Du coup, les résultats sont «de plus en plus concluants», selon Patrick Ghion, particulièrement dans la lutte contre les commandes frauduleuses sur les plateformes de vente en ligne. Même constat côté vaudois. Si dans ce cas, les escrocs sont plutôt locaux, interpeller des hackers étrangers reste très difficile, soulignent les forces de l’ordre. L’objectif est plutôt de «perturber leur activité, c’est-à-dire identifier les comptes suspects et les supprimer».

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